Monthly Archives: avril 2015

Les nouvelles technologies au service du futur

Nous n’avons pas besoin de regarder trop loin en arrière pour comprendre la puissance de la technologie à façonner notre monde. En une génération, nous avons vu des stations spatiales se construire, le calcul des vitesses s’accélérer de façon exponentielle, sans parler du boom d’Internet. En fait, les progrès technologiques sont désormais si rapides que notre mode de vie actuel paraîtra sans doute désespérément obsolète dans une autre décennie. Dans cet esprit, il peut être amusant et fascinant de regarder ce que sera  l’avenir et quelles sont les technologies de pointe développées aujourd’hui qui seont d’une totale banalité demain. De quelles manières ces technologies modifieront-elles radicalement notre monde ? Bryan Nelson a écrit un papier dans revmodo.com, à partir duquel UP’ a enquêté sur la faisabilité et la réalité de neuf technologies qui pouraient bientôt faire que notre réalité devienne méconnaissable.

energieatmospheriqueL’énergie atmosphérique

Credit photo : ©gornjak/Shutterstock

La plupart de l’énergie que nous produisons aujourd’hui provient de ressources limitées, à savoir les combustibles fossiles. Mais comme ces ressources sont épuisées et que les conséquences environnementales deviennent une préoccupation croissante, le développement de nouvelles sources d’énergie renouvelables est primordiale. Bien sûr, les industries telles que l’énergie éolienne, solaire et biocarburants sont déjà en plein essor, mais ce ne sont que le dessus de l’iceberg.

Une source renouvelable en plein essor qui a le pouvoir de révolutionner la production d’électricité est l’énergie atmosphérique. Il y a toujours en circulation libre de l’électricité dans l’air. Cela est particulièrement évident dans un orage ou pendant les aurores polaires ou les aurores boréales. La capture et le contrôle de cette électricité peut être un défi, mais nous pourrions puiser directement dans ce champ électrique, en arrachant littérallement l’électricité de l’air. Le potentiel de cette technologie est immense.

Une entreprise travaille déjà sur le développement de l’énergie atmosphérique : SEFE, Inc. Ils ont déjà quatre brevets approuvés, trois en attente, et dix neuf en cours de recherche et développement.

nanotech

– Les nanotechnologies

Crédit photo : ©Paul Fleet/Shutterstock 

Ce sont parfois les petites choses qui font les plus forts impacts. C’est certainement le cas avec ces nanotechnologies qui sont essentiellement des manipulations de matériaux à l’échelle atomique et moléculaire.

Les nombreuses applications de nanotechnologies sont trop nombreuses pour les citer ici. La nanoélectronique a le potentiel de révolutionner l’informatique, non seulement en faisant des vitesses de calcul ultra rapides, mais en réalisant des appareils électroniques plus petits. Des machines de la taille de cellules pourront un jour naviguer à travers notre corps comme un système immunitaire artificiel. Les nanodispositifs pourront un jour être capables de manipuler notre code génétique, ou peut-être même fusionner avec lui. La nanotechnologie nous permettra d’inventer de nouveaux matériaux avec une vaste gamme d’applications : en 2008, plus de 800 produits nanotechnologiques ont déjà été rendus publiques, et de nouveaux produits arrivent sur le marché au rythme de trois à quatre par semaine.

Des scientifiques viennent de mettre au point un système de mesure de la glycémie en utilisant les avancées nanotechnologiques : comment pourraient-elles aider à détecter la glycémie dans les larmes en les intégrant dans des lentilles de contact. Une équipe américaine de l’Université de Purdue vient de mettre au point, toujours grâce aux avancées des nanotechnologies, un système de mesure du glucose qui serait aussi efficace dans le sang que dans la salive, l’urine et les larmes, donc par une mesure non invasive.

Autre exemple, Nanobiotix, société de nanomédecine spécialisée en radiothérapie : les nanotechnologies permettraient de traiter de façon plus sûre et plus efficace toute une variété de cancers via une radiothérapie classique. Pratiquée depuis des décennies, la radiothérapie reste un élément clé de l’arsenal anti-cancer: 60% des patients atteints en bénéficient à un stade ou un autre de leur traitement. Le principe est simple: les rayons X peuvent détruire toute cellule cancéreuse de quelque type qu’elle soit. La seule limite réside dans la dose que peuvent tolérer les tissus sains situés alentour. La technologie «NanoXRay» s’appuie sur des nanoparticules brevetées. Seuls ces éléments de «l’infiniment» petit (50 nanomètres, soit 5 centièmes de micron) sont capables de pénétrer dans les cellules (de taille très variable, les plus petites atteignant tout de même quelques microns). Les nanoparticules cristallines mises au point par Nanobiotix, non toxiques pour l’organisme, ont la propriété de multiplier jusqu’à neuf fois la dose de radiothérapie reçue spécifiquement dans les cellules visées. La promesse du groupe est donc de permettre une bien meilleure efficacité à dose équivalente ou bien de pouvoir traiter par des doses moindres des patients qui ne supporteraient pas une radiothérapie conventionnelle (Source : Le Figaro.fr / 11 oct 2012).

realiteaugmentee6– La réalité Augmentée

Credit photo : ©Max Braun/Flickr

Beaucoup de bruit a été fait récemment autour des lunettes de Google ; mais même si l’invention peut paraître « accessoire », la technologie de réalité augmentée a le potentiel de changer radicalement notre monde et notre façon d’interagir avec elle.

Vous avez entendu parler de la réalité virtuelle, qui est un environnement simulé par ordinateur. La réalité augmentée, elle, est une fusion par ordinateur de données sensorielles avec le monde réel. Plutôt que de créer un monde simulé, la réalité augmentée a le pouvoir de réellement améliorer notre perception du realworld.

La technologie a tout le potentiel pour permettre de contrôler l’information dans le monde en temps réel, un peu comme vous pouvez contrôler l’information à l’aide d’un appareil à écran tactile. Fondamentalement, la réalité augmentée nous rapproche un peu plus près de notre technologie de fusion avec la réalité.

Une des innovations les plus spectaculaires du dernier Mondial de l’automobile de Paris a été certainement la présentation du pare-brise de réalité augmentée. Cette technologie permet l’affichage couleur d’informations liées à la conduite (vitesse, conditions de circulation, GPS, distance avec le véhicule précédent…) sur le pare-brise via un système de projection/surimpression. Une technologie nommée Head-up display (affichage tête haute) déjà commercialisée au Japon (3 000 euros environ) depuis le mois d’août dernier. Le fabricant japonais Pioneer a en effet présenté son pare-brise équipé du système Cyber Navi qui affiche en temps réel un écran interactif de 90 x 30 grâce à un projecteur laser fixé sur le pare-soleil. En cours d’homologation en Europe, ce dispositif devrait être commercialisé en France courant 2013.

Motorola Mobility, filiale de Google, a acquis récemment l’entreprise américaine Viewdle, spécialisée dans les applications de reconnaissance faciale, de reconnaissance d’objets et de gestes. Ses produits permettent par exemple le taggage automatique de photographies sur Internet.

Autre exemple, la société Smartsy : cette start-up française, implantée aux USA, ne se situe pas seulement dans le domaine de la réalité augmentée mais aussi dans celui de la reconnaissance visuelle universelle. Smartsy permet de lier tout objet, document, image, produit de consommation courante, bâtiment ou monument, …à des informations enrichies et partageables. Une plateforme mobile d’informations et de diffusion qui fait donc le lien entre le monde physique et le monde digital.

carburantsolaire– Le carburant solaire

Credit photo : ©Chris Harvey/Shutterstock

Nous le savons tous, le développement des énergies renouvelables est primordial pour entrer dans l’avenir. Les technologies existantes comme l’énergie éolienne, solaire et hydraulique sont d’excellents moyens de production d’électricité renouvelable, mais qu’en est-il de la production réelle de combustible? Les biocarburants sont utiles, mais ils ont aussi beaucoup d’impacts négatifs pour l’espace agricole et notre approvisionnement alimentaire.

Et si nous pouvions convertir directement l’énergie solaire en un carburant liquide ? D’où l’ idée d’un combustible solaire qui pourrait être produit avec une technologie imitant la façon dont les plantes produisent de l’énergie grâce à la photosynthèse. Un combustible solaire qui pourrait également révolutionner la façon dont l’énergie renouvelable est stockée. Cela nous permettrait de garder l’énergie du soleil sous forme liquide.

Une société travaille à rendre cette vision possible au Massachusetts / USA : Joule Unlimited. Leur technologie est capable de créer un carburant en utilisant la lumière du soleil avec du dioxyde de carbone et de l’eau non potable. Ils pensent pouvoir être bientôt en mesure de produire ce carburant à un prix compétitif avec l’essence.

cellulesouche– Les Cellules souches modifiées

Credit photo : ©Andrea Danti/Shutterstock

Peu de technologies ont le pouvoir de transformer la médecine plus que l’ingénierie des cellules souches. Non seulement les cellules souches sont génétiquement programmées pour attaquer les maladies comme le VIH ou le cancer, mais elles sont maintenant utilisées pour générer des tissus vivants.

Le but ultime d’une telle technologie sera de stimuler la repousse des organes. Une fois mis au point, il peut être possible de prolonger indéfiniment la vie humaine. Imaginez si chacun de vos organes pouvait simplement être remplacé, comme une simple pièce de voiture…

La société française de biotechnologie Cellectis vient de décrocher un contrat de 9,5 millions de dollars sur cinq ans auprès du National Institutes of Health (NIH) et de plusieurs organismes gouvernementaux américains pour la fourniture de cellules iPS. Cellectis s’appuie sur la technologie qui a valu le prix Nobel de médecine 2012 à son inventeur, Shinya Yamanaka. 

A l‘Université libre de Bruxelles (ULB), des cellules souches embryonnaires (ES) ont été utilisées pour la première fois pour recréer la thyroïde d’une souris qui n’en avait pas, ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’utilisation thérapeutique de ces puissantes cellules « pluripotentes ».

energiesansfil– Le transfert d’énergie sans fil

Credit photo : ©Fotovika/Shutterstock

Les appareils sans fil sont omniprésents aujourd’hui, relié par un seul fil, rien de plus.  Alors que nous pouvons transmettre des informations sans fil autour de nous, nos appareils électriques doivent toujours, dans l’ensemble, recevoir leurs pouvoirs de connexions câblées. Mais imaginez pouvoir utiliser l’énergie du faisceau d’une source d’alimentation directement dans un appareil, sans la nécessité d’un fil.

La technologie de transfert d’énergie sans fil existe déjà, mais doit encore être perfectionnée. Il s’agit en général d’ un problème d’efficacité : trop d’énergie est perdue quand elle est téléportée.

Comme la technologie évolue, on peut désormais imaginer un monde où rien ne sera plus branché. Plus incroyable, la technologie pourrait révolutionner l’exploration spatiale. Non seulement le pouvoir pourrait être dirigée vers les satellites, les stations spatiales, et des navettes spatiales de la Terre, mais la puissance collectée dans l’espace pourrait être aussi renvoyée à la Terre.

En 2006, Marin Soljačić ainsi que d’autres chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) proposent une nouvelle application de transfert d’énergie sans fil, en se basant sur la théorie de l’électromagnétisme à champ proche, et l’utilisation de « résonateurs couplés »7,8. Le 7 juin 2007 un prototype est réalisé par le MIT : WiTricité permet d’alimenter une ampoule de 60 watts à une distance de 2 mètres, avec un rendement de 40 %. Le principe est basé sur le phénomène d’induction. Une bobine dans laquelle circule un courant électrique génère un champ magnétique qui lui-même génère du courant dans une bobine équivalente placée à proximité.

 

energiesolairenasa– Les bases spatiales d’énergie solaire « Space Based Solar »

Credit photo : © NASA

La grande majorité de l’énergie contenue sur la Terre provient du Soleil. Notre capacité à exploiter cette puissance dépend de l’efficacité que nous pouvons récolter. La technologie solaire demande de capter l’énergie du soleil, mais tous les collecteurs solaires basés sur la Terre sont limités parce que l’atmosphère dévie beaucoup  l’énergie du Soleil. Et si nous pouvions rassembler de vastes ensembles de panneaux solaires dans l’espace ?

Astrium étudie actuellement de nouvelles technologies de transfert d’énergie solaire orbitale vers la Terre. Une telle technologie fournirait ainsi une énergie propre, à partir d’une source inépuisable, et ferait partie d’un ensemble de solutions neutres à long terme et instamment nécessaires pour répondre durablement aux besoins énergétiques effrénés de notre planète.

Baptisé « Space Based Solar Power » (SBSP) – ou énergie solaire spatiale -, ce projet de recherche étudie la possibilité d’utiliser des plates-formes spatiales – essentiellement de grands satellites – pour capter les rayons du Soleil et les rediriger par faisceaux laser, à des longueurs d’onde inoffensives pour l’œil, vers des récepteurs terrestres spécialement équipés. Les lasers de bord transmettraient l’énergie à des puissances comparables au rayonnement solaire normal, et donc totalement sécurisé pour les humains et animaux qui le franchiraient.

Placée de préférence en orbite géostationnaire (GTO), la plate-forme SBSP serait ainsi visible en permanence par les récepteurs terrestres. De là, l’énergie pourrait être dirigée vers des sites implantés sur la partie visible de la surface du globe. Avec les technologies potentiellement disponibles à relatif court terme, un seul satellite permettrait de fournir environ 10 kW à l’utilisateur final, au sol, avec un système de transmission laser. Cette composante de base et les améliorations qui lui seraient apportées pourraient alors servir à fabriquer des systèmes multi-satellites, fournissant de l’énergie aux utilisateurs privés d’accès aux réseaux électriques existants.

Astrium maîtrise déjà et a fourni, pour un certain nombre de programmes, les briques technologiques essentielles pour faire de ces programmes une réalité – satellites de télécommunications haute-puissance, miroirs spatiaux (comme celui développé pour l’observatoire Herschel) et technologie laser.

teleportationquantique– La Téléportation quantique

Credit photo : ©lightpoet/Shutterstock

La téléportation n’est pas seulement de la science-fiction : la téléportation quantique est le transfert instantané d’un état quantique d’un endroit à un autre.

Albert Einstein appelait cela l’intrication quantique, une sorte « d’action fantôme » à distance. Et ce phénomène physique est au cœur de la nouvelle génération à venir d’ordinateurs quantiques ultra-puissants « bits quantiques » de l’information, ainsi que des systèmes de communication immunitaire à interception.

Une équipe internationale de chercheurs, utilisant la station optique au sol de l’ESA dans les îles Canaries, a établi un nouveau record mondial de distance de «téléportation quantique» en séparant sur 143 kms de distance un photon. Financés par l’ESA, des chercheurs autrichiens, canadiens, allemands et norvégiens ont transféré les propriétés physiques d’une particule de lumière – un photon – vers son « double » via la téléportation quantique, sur une distance de 143 km entre le télescope Jacobus Kapteyn de La Palma et la station au sol de l’ESA à Tenerife.

Au-delà de surprendre ou fasciner, la téléportation quantique est amenée à jouer un rôle central dans les communication cryptées du futur. Le problème du cryptage concerne la sécurité de la transmission entre l’émetteur et le récepteur, la clef de décryptage pouvant être interceptée. La téléportation quantique, par ses propriétés intrinsèques basées sur les lois de la mécanique quantique, rend cette interception impossible et la transmission sûre à 100%. Par la méthode qu’ils ont utilisé et les résultats qu’ils ont obtenus, les chercheurs de l’ESA ont démontré la possibilité de réaliser dans la pratique ces communications quantiques. La prochaine étape pour eux : établir une téléportation quantique entre la Terre et un satellite en orbite.

cyborg– L’Intelligence artificielle

Credit photo : © Ociacia/Shutterstock

La première image que l’on a quand on pense « intelligence artificielle » est celle de Terminator, ou peut-être HAL de 2001: A Space Odyssey. Il est vrai que le développement de l’intelligence artificielle pose quelques grandes questions philosophiques et éthiques, mais il y a peu de doute pour que la technologie aboutisse.

La puissance de traitement des ordinateurs continue de croître à un rythme effarant. En conséquence, nous sommes en mesure d’analyser les données à l’aide de modèles informatiques de plus en plus complexes, et à résoudre les problèmes de façons encore plus ingénieuses.

Jusqu’à présent, nous devons encore créer une machine avec une conscience artificielle, ou la conscience de soi. Mais cela, aussi, est probablement inévitable.. Des ingénieurs estiment que la conscience artificielle sortira en 2045.

En attendant, Google a dévoilé un logiciel qui reproduit la manière dont les neurones du cerveau humain communiquent et interagissent entre elles. La firme avait pour cela mis au point une machine, en connectant 16’000 processeurs informatiques, capable de reconnaître des choses dans des vidéos YouTube, tels que des chats, des visages humains ou d’autres objets. Cette technologie d’intelligence artificielle va à présent sortir des murs des laboratoires pour être mise à contribution dans des produits du géant du web, à commencer par le système de reconnaissance vocale de la firme. (Source : 20 minutesonline / 8 oct 2012).

Le test de Turing est une proposition de test d’intelligence artificielle fondée sur la faculté d’imiter la conversation humaine. Décrit par Alan Turing en 1950 dans sa publicationComputing machinery and intelligence,ce test consiste à mettre en confrontation verbale un humain avec un ordinateur et un autre humain à l’aveugle. Si l’homme qui engage les conversations n’est pas capable de dire lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, on peut considérer que le logiciel de l’ordinateur a passé avec succès le test. Cela sous-entend que l’ordinateur et l’homme essaieront d’avoir une apparence sémantique humaine (Source Wikipedia).

Or, le mythe de l’Homme se faisant dépasser par la machine qu’il aurait lui-même créé est en passe de devenir une réalité, ou presque. En effet, lors d’une compétition sponsorisée par 2K Games, le BotPrize, deux équipes de scientifiques, l’une de l’université d’Austin (Texas), et l’autre roumaine, ont réussi à démontrer qu’ils avaient créé un modèle d’intelligence artificielle pour Unreal Tournament 2004 dont le comportement et les réactions en jeu étaient plus « humaines » que celles d’un véritable humain ! Plus concrètement, il s’agissait d’opposer dans un mode compétitif un panel de joueurs composé pour moitié d’humains (des juges) et pour moitié de bots, chaque humain disposant d’une sorte de tagger en plus de ses armes classiques. Ce tagger sert notamment à marquer une cible, pour indiquer si la personne estime qu’il a affaire à un bot ou à un humain. Au bout du compte, le bot le plus taggé remporte la victoire. Dans le cas présent, les modèles vainqueurs, UT^2 et MirrorBot, ont obtenu chacun un indice d’humanité de 52 %, alors que le premier humain arrive loin derrière, avec un indice de seulement 42%.

Le principe de Singularité défend l’émergence d’une société dont les progrès ne seraient plus l’apanage de l’Homme, mais celui d’une intelligence artificielle supérieure. On voit là, qu’au sein de l’université d’Austin, ces scientifiques travaillent à ce que cette théorie devienne plus qu’un mythe…

Quand les générations « s’en-mêlent »

GENERATION Y

De quoi parle-t-on lorsque l’on évoque la génération Y ?

Au sens sociologique du terme, elle désigne la classe d’âge de ceux nés entre la fin des années 70 et la fin des années 90. On les nomme Y, « why » en phonétique anglaise, pour désigner le sens qu’ils cherchent à toute action. Marc PRENSKY les nomme les « digital natives » car ils ont grandi avec le boom du numérique. On peut lire également la « génération Peter Pan » pour repousser certains rites de passage à l’âge adulte.

Cette génération est caractérisée par sa capacité à maitriser les nouvelles technologies, sa créativité, sa promptitude à la remise en cause, à trouver les informations qui fâchent, à bousculer les règles de l’entreprise, à mettre en avant leur droits plus que leurs devoirs, à être plus centrés sur des valeurs individuelles que collectives. Une relation à l’autorité moins soumise, la recherche du plaisir au travail, une moindre frontière entre vie privée et vie professionnelle, la valorisation de l’équité, ou encore le désir d’être autonome rapidement.

Très bien réalisée par Adesias et Voix Off Agency, jetez un oeil à cette vidéo :

Mais peut-on vraiment caractériser cette génération de la sorte ?

Peut-on vraiment dire que le désir d’être autonome n’appartient qu’à la génération Y ? Toutes les générations peuvent se prétendre à l’être, ce qui nous permet donc de relativiser certaines caractéristiques de la génération Y et de regarder l’époque qui l’a vue grandir.

La génération Y, dernière arrivée en date sur le marché du travail, est actuellement en prise avec la génération X (milieu des années 60 – fin des années 70) et celle des Baby Boomers (après-guerre – milieu des années 60). Il y a aussi la vision portée par les générations les unes sur les autres.

De tous temps, les générations plus anciennes ont porté un jugement sur leurs cadets – et réciproquement. A la fin de XIXème siècle, Oscar WILDE écrivait déjà « la nouvelle génération est épouvantable. J’aimerais tellement en faire partie ». La capacité à remettre en cause le système n’est-elle que l’apanage de la génération Y ? Non, bien entendu, chaque génération a souhaité faire sa révolution individuelle ou collective lorsqu’elle en a eu l’opportunité.

S’agissant de la génération Y, il est important de comprendre les composantes du contexte civilisationnel qui l’accueille :

  • Un modèle familial dans un mouvement de décomposition et de recomposition qui s’accélère, provoquant une mutation de la cellule familiale traditionnelle,

  • Un modèle économique capitaliste mondialisé, toujours plus générateur d’inégalités, dont l’accès au travail,

  • Une perte de crédibilité de la part des institutions nationales et supra nationales,

  • Une généralisation des études longues qui retarde l’arrivée des Y sur le marché de l’emploi,

  • L’ouverture des sociétés aux différences autrefois davantage stigmatisées ou tues,

  • L’insécurité quotidienne symbolisée par le racket, les actes d’incivilité,

  • Le développement des NTIC qui favorise une hyper connexion permanente.

Chacun de ces éléments mérite en soi d’être traité en détail, d’exposer des thèses et d’en débattre. Pour autant, en synthèse, on constate un phénomène de mouvement civilisationnel plus intergénérationnel que centré uniquement sur la génération Y, ce que Gary HAMEL appelle la « web génération ». Sous l’influence du contexte actuel et de l’usage massif des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans notre quotidien, il identifie 12 caractéristiques qui émergent chez cette « web génération » intergénérationnelle :

  • Toutes les idées peuvent rivaliser sur un pied d’égalité,

  • La contribution compte plus que les références (titre, âge,…),

  • Les hiérarchies sont naturelles, non prescrites,

  • Les leaders servent plutôt que président (Cf. Robert GREENLEAF, the Servant as a leader),

  • Les tâches sont choisies, non assignées,

  • Les groupes s’auto-définissent et s’auto-organisent,

  • Les ressources, cela s’attire, cela ne s’affecte pas,

  • Le pouvoir s’obtient en partageant non en thésaurisant,

  • Sur le web, les utilisateurs peuvent opposer leur véto à la plupart des décisions,

  • Les récompenses intrinsèques sont celles qui comptent le plus,

  • La médiocrité est toujours révélée au grand jour (notation en ligne),

  • Les contestataires peuvent se coaliser facilement.

Pour Hamel, les valeurs profondes du Web – ouverture d’esprit, méritocratie, flexibilité, collaboration – le rendent extrêmement souple, innovant et attirant. Ces valeurs doivent influencer ou devenir les valeurs des entreprises modernes.

Mais alors, quels sont les défis à relever dans l’entreprise, notamment au niveau managérial ?

Pour faire face à la défiance qui s’empare des individus (par rapport à l’autorité familiale, l’autorité de l’école, l’autorité des institutions…et l’autorité managériale), et pour garantir le futur équilibre encore instable del’écosystème de l’entreprise, il faudra transiter progressivement d’un leadership transactionnel qui s’appuie sur la seule autorité de statut, vers de nouvelles formes de leadership qui s’appuient sur une autorité naturelle, dans lesquels les individus se retrouveront davantage.

Sur quoi une autorité naturelle peut-elle se fonder ? On peut mettre en avant l’autorité de compétence. Ce n’est pas le titre, la fonction ou le nombre de barrettes sur les galons qui fondent la légitimité de l’autorité managériale, mais la maitrise des compétences managériales elles-mêmes (organisation, conduite des rendez-vous individuels et collectifs, connaissances techniques, qualité de l’accompagnement…).

L’autorité charismatique, incarnée par le manager, qui par ses qualités intrinsèques de communicant, sa capacité à donner du sens aux actions aussi simples soient-elles, arrivera à mobiliser l’énergie de ses équipes.

Ou encore l’autorité sapientiale qui lui confère aussi sa légitimité, se fondant sur les valeurs morales et les actions concrètes du manager. Ce type d’autorité met en lumière des valeurs aussi collectivement nécessaires que le courage, la justice, l’équité, la probité, l’altruisme, la tolérance….

On l’aura compris, la génération Y est une forme de symptôme de notre mutation civilisationnelle.

Ce sont les « Baby Boomer » et les « X » qui ont emprunté la terre des « Y », mais les trois générations aujourd’hui dans l’entreprise sont co-responsables de leur sort.

Ensuite, on peut avoir des comportements qualifiés de ceux de la génération Y alors que l’on est un « X » ou un « Baby Boomer ». Des comportements collaboratifs peuvent émerger quelle que soit l’expérience de l’individu. Il convient alors de regarder ces comportements et d’adapter son fonctionnement.

La question du management doit donc avant toute chose s’emparer de ce qui fonde aujourd’hui sa légitimité, et qui ne peut plus s’appuyer uniquement sur un fonctionnement autocrate seul, mais sur des hommes dont les valeurs morales seront aussi les piliers de l’organisation entrepreneuriale.

Ecrit par Olivier SUBE

« le marketing web n’est pas gratuit » !

Oui vous avez bien lu le titre: « le marketing web n’est pas gratuit » !

Je tiens à le souligner parce qu’un phénomène plus ou moins explicable fait en sorte que la majorité des gens au Québec font le saut lorsqu’on leur dit que certains sites web peuvent couter plusieurs milliers de dollars et leur souffle coupe lorsqu’on leur dit que pour avoir des résultats, il faut investir plusieurs milliers de dollars par mois.

Il y a une espèce de pensée magique qui veut que le web puisse régler tous les problèmes d’une entreprise, mais que ça doive seulement couter quelques « peanuts ». Malheureusement, le père Noël n’existe pas…

Dans cet article, je vous ouvre les yeux sur les coûts reliés à l’opération de l’usine du père Noël en vous démontrant pourquoi le marketing web n’est pas gratuit.

Père Noël

Le marketing web nécessite du temps

La première raison pour laquelle le marketing web n’est pas gratuit est parce qu’il demande du temps. BEAUCOUP DE TEMPS! Et comme vous le savez tous: « Le temps c’est de l’argent! »

N’allez pas penser que les experts du web peuvent tout vous régler en 3 clics. C’est faux. Certaines tâches peuvent nécessiter des centaines d’heures, voire même des milliers!

La production de contenu optimisé pour le web en est un très bon exemple. Dans mon plus récent article, je mentionnais quelques statistiques sur le marketing web et les plus intéressantes sont probablement les 2 suivantes:

  1. La longueur moyenne du contenu d’une page web qui se positionne dans le top 10 des résultats de Google pour n’importe quel mot-clé est d’au moins 2000 mots. (QuickSprout).
  2. Les entreprises qui ont un site qui compte entre 401 et 1000 pages obtiennent 6 fois plus de leads que celles qui ont un site qui compte entre 51 et 100 pages (HubSpot Lead Generation Lessons from 4,000 Businesses, 2011).

Donc, si on fait quelques petits calculs rapides, 1000 pages x 2000 mots = 2 000 000 mots.

Une étude (Karat, Halverson, Horn, Karat, 1999) a démontré qu’en composition de texte (et non en transcription) l’humain peut atteindre une vitesse moyenne de rédaction de 19 mots par minutes.

Alors, avec 2 000 000 de mots à rédiger et une vitesse de 19 mots par minutes, cela prendra environ 105 263 minutes, soit 1754 heures de rédaction pour avoir un bon site web. Encore là, il ne s’agit que de la rédaction! Il manque encore tous les temps alloués à la stratégie, au graphisme, à la programmation, à l’automatisation, aux publicités, au marketing par courriel, etc.

Calculez ça comme vous le voulez, mais que vous fassiez affaire avec un équipe interne ou externe les salaires horaires des professionnels du web font en sorte que votre marketing web ne pourra définitivement pas être gratuit!

Le web demande du temps

Le marketing web nécessite des outils

Une deuxième raison qui explique la non-gratuité du web est que pour mener des activités prospères en ligne il faut se munir d’un minimum d’outils qui ont tous un coût plus ou moins élevé.

Il est vrai qu’il existe une panoplie d’outils web gratuits, mais ces outils sont souvent destinés aux très petites entreprises et aux particuliers qui veulent gérer de petites initiatives en ligne.

Pour une PME ou une grande entreprise, les outils gratuits ne suffisent plus. Il faut investir dans des outils professionnels. Pensez-y, tous les professionnels en gestion ont des outils pour exécuter leur travail. Les comptables ont Acomba, Les gens de TI ont SAP… Pourquoi les marketers devraient être les clowns qui se contentent d’Excel?

Il existe maintenant des outils de marketing performant pour vous permettre de planifier, implanter et mesurer vos campagnes marketing. Il y en a de tous les prix et pour tous les besoins. Chose certaine, c’est que votre équipe web ne peut pas s’en passer!

outils web

Le marketing web nécessite des connaissances

La croyance que sur le web tout est gratuit ou coûte très peu cher nous vient du temps ou, dans les années 1990, les projets web des petites entreprises du Québec étaient entrepris par un neveu doué en informatique ou le beau-frère du patron.

Malheureusement, cette époque est révolue. Le web a beaucoup évolué et il constitue un environnement très complexe qui nécessite des connaissances approfondies. Les spécialistes du marketing web ont maintenant des formations universitaires avancées. Par exemple, la totalité des employés de FLY Conseils a une maitrise.

De plus, comme les programmes universitaires en marketing web sont désuets au Québec, les experts du web sont obligés d’être autodidactes et de courir les blogues, les webinaires, les livres et les formations en provenance de nos voisins du sud afin de se tenir à la fine pointe des évolutions du marketing en ligne.

Dans cette optique, puisque le marketing sur internet nécessite une main-d’oeuvre hautement qualifiée cela fait en sorte que les coûts reliés à l’embauche de cette main-d’oeuvre sont élevés, mais elle en vaut la peine!

Le marketing web nécessite une équipe

Tel que mentionné dans le point précédent, le web nécessite beaucoup de connaissances multidisciplinaires. Personne sur terre ne peut tout connaître du web (même pas moi et les autres auteurs de ce blogue :P). En effet, personne ne peut être un expert dans tous les aspects suivants:

  • la publicité display
  • la publicité sur les moteurs de recherche
  • la publicité sur les médias sociaux
  • La gestion de communauté
  • Le SEO
  • Le graphisme
  • La programmation web
  • La gestion de contenu
  • le marketing par courriel
  • l’expérience utilisateur
  • la vente en ligne
  • la génération de prospect
  • le marketing vidéo
  • le marketing mobile
  • le référencement local
  • la planification stratégique
  • la mesure des performances web
  • le marketing par affiliation
  • le remarketing
  • etc.

Donc, qu’elle soit à l’interne ou à l’externe, votre marketing web à besoin d’une équipe.

Équipe marketing

Le marketing web nécessite une stratégie

Un autre point qui fait en sorte que le marketing internet ne peut être gratuit et qu’il faut investir en réflexion stratégique avant d’investir en exécution de tactiques.

Je comprends qu’il peut parfois être frustrant de payer pour des choses non concrètes comme des conseils et des recommandations et difficile de le faire comprendre à son patron. Par contre, ces éléments sont des atouts qui peuvent faire la différence entre investir x $ sur le web pour n’obtenir aucun résultat et investir 1,5x $ et faire croître son entreprise.

Si vous hésitez encore à investir en stratégie web à cause des coûts que cela implique, vous vous rendrez compte un jour que vous perdez encore plus en faisant des erreurs fâcheuses.

Le marketing web nécessite de l’optimisation

Finalement, le dernier élément qui fait en sorte que le marketing sur le web n’est pas gratuit est que vous ne pouvez jamais considérer votre projet web comme terminé. La présence web d’une entreprise est un processus évolutif sans fin. Il y aura toujours quelque chose à améliorer. C’est ce qu’on appelle l’optimisation web.

Étant un outil totalement mesurable, le web nous permet, à l’aide d’analyses des données qu’il génère, de prendre du recul et de poser des actions dans le but d’optimiser les résultats. Rien ne sera jamais parfait et vous devez donc investir des sommes de façon récurrente pour maintenir et améliorer votre présence web.

Investir dans un nouveau site au 4-5 ans et ne rien faire d’autre entre temps n’est décidément pas l’option la plus avantageuse pour votre entreprise si vous voulez vous démarquer sur le web. Vous devez avoir un plan marketing web.

Voilà, j’espère que vous comprenez mieux maintenant pourquoi vous ne vous en sortirez pas sur le web sans investir un budget précis et réaliste. Si vous avez des commentaires ou réactions par rapport à cet article, il me fera plaisir de vous lire dans la section de commentaires au bas de cette page.

Un futur sans emploi

Une chose semble certaine : nous nous préparons à un futur sans emploi. Ou, en tout cas avec beaucoup moins d’emplois tels que nous les connaissons aujourd’hui. Les causes sont à la fois connues et nombreuses.

A commencer par les robots et autres machines intelligentes qui vont demain remplir un nombre croissant d’emplois aujourd’hui tenus par des humains. L’autre dimension vient des nouveaux modèles économiques et nouveaux modèles de travail qu’on qualifie aujourd’hui de digital labor.  Ce dernier prend un grand nombre de formes, du chauffeur Uber au Mechanical Turk d’Amazon, certaines plus enviables que d’autres, mais qui partagent un trait commun : une création massive de richesse d’un coté et une insécurité économique croissante de l’autre. Une « seconde économie » se forme, invisible, digitalisée et avale des emplois que, contrairement aux révolutions précédentes, nous ne verrons plus réapparaitre dans un secteur nouveau remplaçant l’ancien. Quant à l’économie du partage ses impacts en termes d’emploi, d’insécurité et de paupérisation sont relativement « prometteurs » dans certains secteurs.

L’enjeu est la distribution de la prospérité

A l’heure ou le travail devient à la demande, contingent, notre problème – comme dit dans l’article de McKinsey sur la seconde économie – n’est plus de produire de la prospérité mais de la distribuer. Autrement dit à défaut d’emplois nous allons tous avoir des activités contribuant à cette prospérité mais pour autant en toucher nécessairement les fruits.

Partant de là on voit trois attitudes possibles : l’engouement (c’est digital donc c’est le futur et c’est super), la résignation (on y échappera pas) ou la lucidité (ce qui remplacer le capitalisme tel que nous l’avons connuc’est le capitalisme en pire). Certains trouveront amusant que ce qu’on vend très bien sous le terme d’économie du partage, enrobé de bons sentiments, s’avère pire que le modèle qu’il remplace, d’autres beaucoup moins.

Bref la question aujourd’hui est de trouver le bon modèle qui permette d’être en phase avec les nouveaux modes de création de valeur, plus liés à l’activité et au travail qu’à l’emploi. Et si nous ne sommes pas encore prêts à faire face à la déferlante des robots nous sommes encore moins prêts à faire face à l’impact sociétal de ces nouveaux modèles que beaucoup poussent la fleur au fusil.

Le revenu de base ou la forfaitisation de la participation à la création de valeur

Le moindre de nos comportements est exploité et monétisé. Chacune de nos actions en et hors ligne génère de la donnée (et en générera encore plus chaque jour), ces données sont utilisées pour prendre de meilleures décisions, nous proposer de meilleurs services etc et in fine vont générer une valeur folle pour ceux qui les exploitent.

Ce constat a permis de remettre au goût du jour une vieille idée, celle du revenu de base. L’idée, rapidement résumée, est que si chacun contribue à la création de richesse mais que certains sont exclus du processus de partage de cette dernière car ne participent pas au flux financier, il suffit de forfaitiser leur contrepartie et leur retourner sous forme d’un revenu universel. Une idée qui n’a rien de neuf mais s’applique à des situations qui sont de plus en plus dans l’air du temps.

En effet si on reprend objectivement le business model de l’économie des données on trouve celui qui produit la donnée, celui qui la traite, celui qui fait business avec et seul le premier est exclu de l’équation financière finale. Un peu comme si vous aviez une nappe de pétrole sous votre jardin, que certains le forent, d’autres le raffinent et d’autres le vendent (à vous entre autres) et vous soyez le seul à ne pas toucher un centime sur l’opération. La chaine de valeur de la donnée exclut celui qui produit la matière première et si la solution est tout sauf évidente on ne peut s’imaginer que la situation puisse perdurer.

Cette idée peut nous amener à une autre : la valorisation du « patrimoine données ».

Valoriser les données individuelles comme un patrimoine

Après vient l’étape suivante. Si je génère de plus en plus de données et qu’elles servent à générer de plus en plus de valeur pour d’autres, si je pars du principe que j’en génère vraiment beaucoup plus que d’autres – peu importe la raison – ou que j’estime qu’elles ont une valeur particulière – reste à savoir pourquoi – je peux décider de les monétiser directement.

Cher Facebook maintenant j’en ai marre d’être un produit. Je deviens un fournisseur de données et tu paies en fonction.

On voit bien les limites du modèle : le système serait une vraie usine à gaz et il ne faut pas perdre que nos données personnelles ont peu de valeur sans les données des autres. Si on voit certaines entreprises s’aventurer sur cette route encore peu carrossable et à la destination hasardeuse, peut être qu’on verra un un jour des data brokers centraliser les opérations et faire l’intermédiaire entre les particuliers et les grands acteurs.

Aussi folle que cette idée soit, je vous laisse juste imaginer qu’un jour on assiste à une grève générale du « like », du « share » et de toute forme de contribution en ligne, que tout le monde navigue de manière privée…. Je vous laisse juste imaginer l’impact sur certains business models et les cours de bourse.

Mais pourquoi pas à long terme. De manière générale c’est la valorisation par chacun de son capital savoir et données…après tout on ne peut pas dire d’un coté qu’on est dans l’économie du savoir et des données et refuser à ceux qui les détiennent et les produisent en premier lieu de les valoriser et les monétiser pour réserver ce droit à des intermédiaire. Aujourd’hui le partage gratuit du savoir est devenu un instrument de valorisation de la marque personnelle dans un monde où il existe encore des emplois, qu’en sera-t-il lorsque l’emploi sera rare et qu’on aura plus un travail rémunérateur à coté de nos activités (gratuites) en ligne ?

Désintermédier et remplacer l’économie du partage par l’économie coopérative

Il y a un paradoxe dans l’économie du partage, proposée comme une alternative humaine – voire humaniste – non forcément au capitalisme en général mais au capitalisme financiarisé comme on l’entend aujourd’hui. Soit disant portée par les valeurs du web, on met en avant son coté désintermédié alors que le plus souvent elle ne l’est pas. Les vieux monopoles ont été remplacés par de nouveaux monopoles qui ont compris qu’il y avait plus fort que la désintermédiation : l’effet de levier. La différence entre G7 et Uber n’est pas flagrante sauf que le second a sorti sa plateforme avant l’autre et utilise le digital pour avoir un effet de levier plus important : plus de volume, moins de coûts. Avec toutes les critiques qu’on peut entendre sur le modèle en termes d’emploi.

Certains voient une alternative plus respectueuse des individus que cette forme d’économie du partage : les plateformes coopératives. De l’extérieur rien ne change, de l’intérieur tout est différent puisque la promesse de désintermediation faite par le web est enfin tenue. L’utilisation des leviers digitaux au service d’un vrai modèle desintermédié où la disparition de l’intermédiaire accroit la valeur partagée entre le client et les acteurs.

Parlant de ça, je vous invite à réfléchir deux minutes au caractère inéluctable et insurmontable du succès des Ubers and co. Par définition un intermédiaire est fragile et remplacer un intermédiaire par un autre ne change pas la nature du modèle. On est pas au bout du vrai changement, de la vraie économie collaborative, et les choses vont encore bouger de ce coté. L’option présentée ici est une option parmi d’autres mais elle n’est pas moins crédible qu’une autre.

Travailler moins pour faire face à la pénurie d’emplois

C’est une autre option proposée par de plus en plus en monde. Si les résultats de la dernière expérience de partage du travail mise en œuvre en France avec les 35h ressemble davantage à une énorme farce, l’idée revient et pas portée par n’importe qui puisqu’un des derniers à l’avoir évoqué est Larry Page de Google. Mais d’autres l’avaient déjà dit avant.

Là je suis plus sceptique. Si on a besoin de moins travailler individuellement pour produire autant cela ne signifie pas pour autant que le partage du travail va remettre du monde au travail. Il y a en effet le double enjeu de l’emploi et du revenu. Travailler moins pour moins de revenu ne fonctionne pas et maintenir le revenu est suicidaire vu de l’entreprise. Ce que vous dit Page c’est qu’on va pouvoir moins travailler, pas comment adresser les conséquences du fait qu’on travaille moins.

Et tous les remplois ne sont pas partageable. Les tâches routinières oui, les travaux intellectuels et créatifs beaucoup moins.

Mettre en place un modèle social de partage de risques

Les nouveaux modèles économiques partagent l’activité (beaucoup), le revenu (peu) et pas du tout les risques leur étant liés. Pour certains ces modèles n’arriveront à maturité que lorsqu’on y arrivera. Si l’entreprise abdique une partie de son rôle social en tant que partie prenante c’est à la société d’imposer de nouvelles règles.

Bref on a trois sujets à adresser conjointement :

• L’emploi : il y aura moins d’emplois et ils seront de plus en plus fragile

• Le risque économique et social : sera réparti sur la partie la plus fragile de la population

• Le revenu : va exclure une grande partie de ceux qui contribuent à le créer.

Je ne pense pas qu’on y arrive en prenant en compte un seul facteur à la fois, on risque de finir avec un système aussi bancal que celui qu’on veut remplacer.

Pleins de choses se disent et s’écrivent sur le sujet et je n’ai fait qu’en survoler une partie. Qu’est ce qui va fonctionner ? Je n’en ai pas la moindre idée. Mais il y a urgence à avancer vite.

On peut aussi dire « tant pis, c’est la victoire des entrepreneurs et de l’économie digitale ». Mais quand personne ne pourra plus acheter leur produits et services le serpent se mordra la queue.

« Les terres rares sont le pétrole du XXIe siècle »

Une chercheuse japonaise présente un échantillon de terres rares prélevées au fond des océans.

Investir dans les terres rares comme on parie sur des actions ?  Alors que les prix des métaux industriels continuent de baisser, des sociétés financières proposent aux particuliers d’investir dans les « terres rares », ces métaux confidentiels et coûteux qui entrent dans les fabrications de haute technologie et dont la Chine assure plus de 95 % de la production. Grégory Gautier, président du Groupe MTL Index, explique pourquoi il croit à ce placement, mais à long terme.

Pourquoi proposez-vous d’acheter des « terres rares » ?

Grégory Gautier, président de MTL Index

Parce qu’elles sont présentes dans les batteries des voitures électriques, les puces de nos portables et les composants de nos ampoules LED. Leur demande ne peut que croître et leurs prix aussi. Par exemple, de 2004 à 2013, le cours du dysprosium a explosé de 2 694 %.

Pourquoi ?

Il est très coûteux d’entretenir un parc marin d’éoliennes et moins elles tombent en panne, mieux c’est. Or leurs aimants « permanents » à haute performance contenant du dysprosium ne doivent être réparés en moyenne que toutes les huit mille heures de fonctionnement, alors que ceux qui sont fabriqués avec du néodyme défaillent au bout de six mille heures.

Mais est-ce bien raisonnable d’acheter une « terre rare » comme le dysprosium, produit à moins de 500 tonnes par an dans le monde ?

Aujourd’hui tout le monde est réticent à investir. La Bourse est aléatoire ; l’immobilier aussi ; l’or ne tient pas ses promesses. Il faut diversifier son portefeuille. Comment mieux le faire sinon en investissant dans un stock physique, donc sûr, qui répondra aux besoins croissants des industriels ? De plus, il s’agit d’un investissement de niche où l’on trouve peu de concurrents.

MTL Index revend donc ces métaux aux investisseurs ?

Non, nous leur fournissons des informations sur chacun des métaux qui nous semblent promis à un brillant avenir, parce que nous connaissons l’offre et que nous discutons avec les industriels pour connaître leurs besoins. Ce sont nos clients qui choisissent d’acheter de l’yttrium, utilisé pour la fabrication des pots catalytiques et des cartes à mémoire, ou de l’europium, dont la puissance d’éclairage sert aux tubes cathodiques et aux lampes à basse consommation.

Depuis un an, notre millier de clients placent leurs achats dans un entrepôt sous douane que gère la société Metlock à Francfort. Ils peuvent vendre leur stock quand ils le veulent et sans nous. Toutefois, nous leur conseillons de conserver leurs métaux entre trois et cinq ans. En fait, nous agissons comme des conseils en gestion de patrimoine.

Les cours des métaux rares baissent depuis 2012. N’est-ce pas décourageant ?

Au contraire, c’est le moment d’acheter, car nous savons que leurs cours vont remonter. La demande potentielle est gigantesque : ces métaux mineurs sont consubstantiels de la miniaturisation et de l’amélioration des performances des ordinateurs, des smartphones et des tablettes dont nous ne pouvons plus nous passer.

En regard, leur offre est peu élastique, car leur processus de production est long, complexe et concentré dans une poignée de pays, au premier rang desquels la Chine, qui assure plus de 95 % de la production mondiale.Voilà pourquoi nous disons que ces métaux sont le pétrole du XXIe siècle.

Planification des RH : 4 gisements de performance pour le SiRH et in fine l’entreprise


La planification des RH relève d’un processus de gestion des emplois du temps (horaires et tâches) complexe car il nécessite de concilier les intérêts de l’Entreprise, de ses Salariés et de ses Clients (Lire Planification Stratégique – Carnet d’Expériences : « Rentabilité d’entreprise, épanouissement des employés, qualité de service : un équilibre vertueux est-il atteignable au quotidien ? ».)

Le SiRH et l’ensemble de ses outils doivent ainsi intervenir pour faciliter et optimiser le pilotage de l’organisation. Mais comment ? Quels sont les leviers pour atteindre l’équilibre entre les attentes de toutes les parties prenantes ? Zoom sur la planification RH placée au cœur du SiRH.

Holy-Dis propose une offre complète de fonctionnalités articulées autour de la gestion des emplois du temps : Administration du personnel, Prévision d’activités, Planification optimisée des RH, Annualisation / Modulation du temps de travail, Présences et Absences, Gestion des temps, Pilotage en temps réel des effectifs, Suivi des performances, Portail Collaborateurs…

Depuis plus de 30 ans, Holy-Dis accompagne ses clients dans cette recherche d’excellence opérationnelle par le biais des emplois du temps et propose les solutions adaptées à leurs secteurs et métiers – Stéphane Chambareau, responsable Marketing de Holy-Dis, développe pour nous 4 axes d’optimisation réalisés grâce à l’intégration de la planification optimisée des RH :

1. Aligner les ressources sur les besoins : l’automatisation du calcul sous contraintes

Partir d’une problématique terrain et non pas RH, tel est le postulat de Holy-Dis. « Données d’encaissement pour la grande distribution, volumes d’appels et durée moyenne de communication pour les centres de contacts, nombre de repas pour la restauration, nombre de colis pour la logistique, nombre de commandes pour le E-commerce… autant d’exemples de données que les solutions Holy-Dis agrègent pour établir une prévision d’activités, analyser une productivité et de calculer le dimensionnement RH associé », Stéphane Chambareau.

Les solutions de Holy-Dis compilent toutes ces données pour calculer les plannings les mieux adaptés à la courbe prévisionnelle d’activité en fonction des ressources disponibles.

ROI : L’assurance de positionner « La bonne Personne, avec la bonne Compétence, au bon Moment, au bon Endroit » et maîtriser les coûts de personnel malgré une activité fluctuante.

2. Respecter et aussi exploiter le réglementaire : simuler des organisations nouvelles !

Tous les états connaissent des évolutions sociales conséquentes (dernièrement la loi Macron et le travail du dimanche). Les législations ont beaucoup changé et les pratiques de consommation également. En tant que consommateur, l’individu est devenu le moteur de ces évolutions « clients » tandis que le collaborateur défend son aménagement de temps/conditions de travail.

« Les entreprises doivent faire preuve de réactivité et de flexibilité pour évoluer rapidement.» Par exemple, une entreprise en sous-effectif chronique, ayant trop souvent recours aux heures supplémentaires, pourra comparer l’efficacité de différents contrats pour ses futurs recrutements grâce aux outils de planification RH de Holy-Dis. « Parfois, 4 contrats temps partiel de 24h feront beaucoup mieux que 3 de 35h ».

Autre exemple, celui d’une entreprise confrontée à une saisonnalité importante de son activité, qui a souvent recours à des intérimaires moins bien formés, plus souvent absents et moins impliqués. Avec les solutions Holy-Dis, il est facile de modéliser le passage de certains contrats à temps plein, accompagné d’un accord de modulation et d’annualisation du temps de travail. Cela peut permettre à l’entreprise de mieux répartir les durées hebdomadaires de présence, tout en créant plus d’engagement et limitant le recours aux intérimaires.

ROI : La planification des RH permet d’éviter les pénuries de compétences mais également la surcapacité qui met en péril la rentabilité ; et cela tout en respectant le cadre légal (droit du travail, conventions collectives…) et l’agilité qu’il peut offrir.

3. Améliorer l’engagement des collaborateurs, acteurs de leur planification 

Génération Y, nouvelles technologies, équilibre vie professionnelle / vie privée, évolution des organisations (télétravail, horaires adaptés, mobilité…), nouveaux usages (covoiturage par exemple), amélioration globale des niveaux de qualification sont autant de points qui nécessitent de repenser le rapport au temps et au travail. Mobiliser et fédérer les collaborateurs est devenu un axe stratégique de développement pour les entreprises.

« Quoi de plus naturel que d’offrir à chaque collaborateur la possibilité de participer à la construction de son planning ? ». Il est désormais possible d’impliquer chaque acteur de l’entreprise dans ce processus socialement critique qu’est la planification. De fait, la gestion des emplois du temps évolue vers une dimension plus collaborative car les employés eux-mêmes ont envie d’accéder à des solutions qui leur permettent de maîtriser davantage leur planning, leurs absences, leurs congés et même d’échanger leur planning avec un collègue à distance.

ROI : Le portail RH autorise chaque employé à être acteur de son planning tout en le responsabilisant et le sensibilisant davantage à son rôle clef pour la performance de l’entreprise.

4. Industrialiser les processus 

Pour gérer les problématiques de Planification des RH et de Gestion des Temps, il existe rarement un poste unique dédié dans l’entreprise, cette mission est souvent partagée entre les managers, le référent RH ou les responsables d’équipes…

« Grâce aux solutions intégrées telles que celles de Holy-Dis, dans 90% des cas, il est possible de partager une méthodologie, de rationaliser les actions de chacun, de mettre en évidence les objectifs divergents des services internes (Marketing, Finances, Commerce, Production) pour mieux les coordonner » conclut Stéphane.

ROI : Au final, l’implémentation d’une solution globale de gestion des emplois du temps permet une meilleure communication, une automatisation accrue, la dématérialisation de nombreux workflows et un gain de temps incontestable dans la réalisation des plannings prévisionnels et de l’ensemble des processus de Gestion des Temps.

Le paradoxe du poisson rouge pour réussir

Le paradoxe du poisson rouge

Paradoxe« Le paradoxe du poisson rouge : Une voie chinoise pour réussir », par Hesna Cailliau (Editions Saint Simon)

Dans cet ouvrage agréable à lire, l’auteur nous invite à nous ouvrir à la philosophie asiatique pour voir le monde autrement.

En Chine, la sagesse se transmet par des paradoxes.
Dans notre tradition gréco-biblique, nous avons été éduqués dans la séparation Esprit/ Comportement/ Nature. Nous envisageons le monde sous un angle manichéen (bien/mal), un monde dans lequel l’Homme, coupé de la nature, n’entend plus les signes de celle-ci et cherche à la dominer.

Or, dans un monde incertain, la pensée rationnelle montre ses limites ; il peut donc être intéressant de s’intéresser à d’autres modes de pensée.

Les Chinois sont imprégnés de confucianisme/taoïsme/bouddhisme. Dans cette pensée en réseau, les contraires coopèrent. L’Homme fait partie intégrante de l’univers, les animaux sont source d’enseignement. Ainsi, la tradition chinoise vénère-t-elle « le poisson rouge » (la carpe koï) dont la couleur rouge symbolise la joie de vivre. Le poisson rouge est une voie à suivre pour réussir : dans la symbolique Ying/Yang représente deux carpes koï imbriquées l’une dans l’autre.

1 – Le poisson rouge ne se fixe pas à un port. L’idée est de ne pas s’attacher à des modèles préconçus, car la vie se transforme constamment. Le danger pour les Chinois : vouloir avoir raison, car on s’enferme et on devient sourd et aveugle à son environnement.

2 – Ne pas avoir de but clair et précis pour réussir. Nous sommes confrontés à deux conceptions du temps différentes. En Chine, le temps est cyclique, il n’y a pas de début ni de fin. Se fixer un but est un inconvénient, car on dilapide son énergie pour l’atteindre, et on risque de manquer des opportunités. Il est en effet important de savoir immédiatement changer de cap, lorsque l’opportunité se présente.

3 – Vivre dans l’instant présent. Une seule réalité : ici et maintenant, le Chinois est totalement ce qu’il est dans ce qu’il fait, ce qui lui permet d’être très attentif à tout ce qui se passe autour de lui. Un dicton : « Qui voit l’invisible est capable de l’impossible ». Chez nous, les médias ont tendances à tout brouiller en s’attachant à faire du bruit autour de quelques faits et en laissent passer beaucoup d’autres.

4 – Éviter la ligne droite. Le meilleur moyen de vaincre un obstacle est de le contourner (art du détour et de l’esquive). Alors que dans notre culture, l’Homme qualifié d’intelligent va droit à l’essentiel, tout ce qui est droit met le Chinois mal à l’aise : « Seuls les démons marchent droit. » ou encore « L’arbre tordu vivra sa vie, l’arbre droit finit en planche ».

5 – Culture du groupe. « On n’est heureux qu’en vivant en groupe », « Personne n’est plus intelligent que nous tous ensemble ». Pour créer cette valeur du groupe, l’éducation vise à renforcer la modestie et les liens entre pairs. Il est important de ne pas étaler ses talents, le vrai leader se met en- dessous, c’est une des raisons pour laquelle il n’y a pas de leader charismatique en Chine.

6 – Le poisson rouge se meut avec aisance. Il n’existe pas de principes gravés dans la pierre. La culture chinoise vit avec l’idée du changement, tandis que nous avons construit notre culture sur des certitudes. Cette manière de voir leur permet de mieux vivre l’échec : « qui n’apprend pas à échouer, échoue à apprendre ».

7 – Être calme et serein. Un esprit inquiet est toujours vaincu par un esprit serein. Dans ce sens, la méditation est une extinction du cogito. La méditation est un moyen de retrouver de l’énergie, pour retrouver nos capacités, pour les exploiter, notre tête a besoin d’arrêter sa mécanique intellectuelle. Tandis que nous exaltons la pensée, Bouddha l’appelle « le singe fou » : toujours agité, jamais satisfait.

8 – Remonter à la source. Ne pas perdre les liens avec la tradition permet de mieux s’enraciner pour mieux s’envoler. Dans le sens de la spiritualité, développer l’œil qui voit les choses, car c’est notre oxygène de vie.

Dans un monde désormais multipolaire et interdépendant, l’heure est venue d’échanger non seulement nos marchandises mais aussi nos sagesses. Une seule grille d’analyse, la nôtre, est insuffisante pour faire face aux immenses défis qui se présentent. Or, il y a chez les Chinois des idées et des façons de penser dont nous pourrions nous inspirer. Il ne s’agit pas de devenir comme eux mais de réveiller le Chinois qui sommeille en nous. Un détour par ce monde à l’envers du nôtre permet en effet de découvrir des chemins oubliés de sa pensée et même des affinités avec une partie ignorée de nous-mêmes.

« Le paradoxe du poisson rouge. Une voie chinoise pour réussir » par Hesna Cailliau – Édition Saint-Simon ; 144 pages ; 16,50€

Le Business model des entreprises libérées

  • Le Business Model entreprises libérées

Les entreprises libérées s’affranchissent largement de la hiérarchie et du contrôle. Leur Business Model s’en trouve profondément modifié.

Les entreprises libérées ont la cote ! Elles ont été ainsi célébrées dans un documentaire de Martin Messonnier sur Arte intitulé « Le bonheur au travail ». Le concept central de ces entreprises, c’est la remise en cause du système hiérarchique et du lien de subordination du salarié.

La remise en cause prend des formes différentes : Groupes de production autogérés dans chez Favi (équipement automobile) ou Leader désigné par les pairs chez Gore (matériaux). Le livre de Getz et Carney (Liberté et Cie, Fayard, 2012) met en avant les bénéfices organisationnels et de cadre de vie pour les salariés : autonomie, estime de soi retrouvée, satisfaction professionnelle, engagement.

Paradoxalement, peu de questions ont été posées sur la durabilité du modèle de l’entreprise libérée. Les grandes expériences passées d’autogestion, notamment l’expérience yougoslave, se sont mal terminées au bout de plusieurs années de mise en œuvre. Une façon de regarder la durabilité de ces entreprises libérées, c’est alors de regarder leur Business Model – modèle d’affaires en français – pour identifier les points originaux en termes de coût et de revenu et d’en apprécier la pérennité.

Les entreprises libérées ont été façonnées en réaction à la hiérarchie et au contrôle qui lui associé. Comme le dit le patron de l’entreprise Favi, Jean-François Zobrist, ici la conviction, c’est que l’homme est bon et responsable et que le contrôle qui structure l’entreprise n’a pas de sens comme modèle d’organisation global. Favi a donc été organisée par groupes de travailleurs autogérés et la hiérarchie totalement supprimée.

Favi a aussi été organisée en supprimant quasiment toutes les fonctions supports, c’est-à-dire les personnes et services qui aident au bon fonctionnement général de l’entreprise (par exemple systèmes d’information, qualité, ressources humaines, encadrement et pilotage de l’entreprise), mais qui ne sont pas directement affectés aux opérations productives.

Ce faisant, le modèle de coût – revenu de l’entreprise s’est fortement transformé. Les entreprises industrielles ont – sur la base d’une étude de 2007 – une structure de coûts répartie à 75 % sur des coûts directs et à 25 % sur des coûts indirects. Favi a donc fait des économies de coût à la fois sur les coûts directs en supprimant la hiérarchie affectée à chaque ligne de production et aussi – surtout – sur les coûts indirects en réduisant très sensiblement les fonctions support.

À côté de ces modifications portées à la structure de coûts, les entreprises libérées se caractérisent aussi par une attention portée à l’innovation. Cette innovation peut-être poussée par des mécanismes d’incentive financier. Mais elle peut-être aussi encouragée par la mise en place d’un cadre de travail qui dégage du temps pour les personnes qui le souhaitent en vue d’innover.

Ce système n’est pas nouveau et il a été développé dans de nombreuses entreprises. Mais il s’applique particulièrement bien dans des entreprises qui comme les entreprises libérées, permettent un croisement des attentes des individus, de leurs compétences et des intérêts de l’entreprise.

C’est par exemple le concept du Sweet Spot de l’entreprise Gore, qui favorise l’alignement des trois variables. Ces mécanismes permettent une innovation produit et/ou service, qui abaisse leur coût unitaire. L’innovation permet aussi une diversification liée dont on sait que c’est la plus rentable et efficace pour l’entreprise. On est en face d’un modèle cohérent qui permet d’amener une pérennité du Business Model et de l’entreprise.

L’entreprise libérée a été plutôt appliquée en milieu industriel. Or l’enjeu en termes de changement de Business Model est sans doute plus fort encore dans les services : l’étude de 2007 parue dans Management Accounting Research et conduite par Al-Omiri et Drury (A survey of factors influencing the choice of product costing system in UK organizations) indiquait que la structure de coût des entreprises de service et de retail était une structure de coûts répartie à 49 % sur des coûts directs et à 51 % sur des coûts indirects. Il y a donc un potentiel de réduction des coûts importants dans de tels secteurs avec le modèle de l’entreprise libérée.


« En période de crise, les dirigeants passent souvent par une phase de déni », explique Daniel Cohen

Extraits d’une interview dans l’usine nouvelle

Daniel Cohen

Président de Zalis, une société spécialisée dans le retournement d’entreprises, Daniel Cohen enseigne aussi la gestion et la maîtrise des risques. Il a publié aux éditions Eyrolles « Comment sauver l’entreprise ? Comprendre, anticiper, agir ». Il revient sur l’importance de la prise de conscience managériale. Ce qui ne va pas de soi. À moins d’avoir considéré que la crise est un risque comme un autre, et qu’il convient de le traiter comme tel.

L’usine Nouvelle : Fort de votre expérience du redressement d’entreprises, quel point commun caractérise le plus fréquemment la situation du management dans les situations de crise ?

Daniel Cohen : En écrivant ce livre, j’ai voulu éclairer les managers sur ce qui peut mener à une crise, afin qu’ils puissent anticiper pour éviter ces moments douloureux. Très souvent, quand la crise survient, l’équipe dirigeante, ou le dirigeant, a le nez dans le guidon. Il est dans un état de déni, où il interprète toutes les informations qui lui parviennent dans le sens qui conforte son point de vue initial.

Quels sont les mécanismes du déni ?

En période de crise, le dirigeant se retrouve dans une posture où les décisions à prendre se multiplient. Il est confronté à un contexte où il doit réagir de plus en plus rapidement à une multiplication des tâches à accomplir. En résumé, le temps s’accélère, ce qui réduit d’autant son champ de vision. C’est un phénomène quasiment physiologique. Chaque fois que des signaux d’alerte apparaissent, le dirigeant ne les voit pas. Sa perception des signaux d’alerte se modifie pour les faire aller dans le sens qui l’arrange le plus dans l’instant T.

De plus, les dirigeants, souvent isolés dans les organisations, ont besoin d’être rassurés sur leur bilan. Tout cela contribue à renforcer le déni.

Y’a-t-il des moyens de réduire cette phase de déni ?

Dans les métiers ou les secteurs, où la formation est importante, où l’organisation des tâches est « processée », où on apprend des erreurs passées, on arrive à réduire la phase de déni. L’exemple ultime de cette situation se trouve dans l’aéronautique, où chaque fois qu’il y a un incident, les équipes doivent travailler sur le sujet pour comprendre ce qui s’est passé. Et pourtant malgré cela, il est connu qu’il y a moins de problèmes quand c’est le copilote qui conduit, car, pour simplifier, il écoute ce que lui dit le pilote, alors que l’inverse, en général, est beaucoup moins vrai. Cela démontre l’importance de savoir gérer le lien hiérarchique pour bien aborder les situations problématiques.

Quand on est loin de ce modèle-là, qu’on n’a pas mis en place de procédures d’alerte, on risque, toute chose égale par ailleurs, d’avoir plus de difficultés. Le maître mot en matière de gestion des risques est l’anticipation.

Jusqu’où peut aller cette phase de déni ? Comment en sort-on ?

Lorsque la crise arrive, va s’installer une période où on ne réagit pas, quel que soit le niveau hiérarchique ou le secteur. Cette période de latence peut durer quelques jours ou quelques mois. La durée est très variable. Une organisation performante qui a anticipé et a appris de ses erreurs, réagira plus vite et en sortira plus vite.

À cette phase de latence succède une phase de chaos où tout le monde critique tout le monde, où on cherche des responsabilités. C’est seulement là qu’arrivent la recherche de solutions et leur implémentation, si on a encore le temps de le faire. Dans les entreprises les plus évoluées sur ces questions vient alors la phase où on débriefe, où on réfléchit sur ce qui s’est passé. Malheureusement, c’est une phase qu’on oublie souvent. On a beau répéter aux managers que cette phase est indispensable, une fois le danger passé, ils repartent dans le quotidien. Savoir apprendre de ses erreurs est une question de culture d’entreprise.

Il faut dire et redire aux dirigeants que prendre du temps pour débriefer n’est pas une perte de temps, mais un moyen d’en gagner pour l’avenir.

Quel est, selon vous, le principal risque auquel est exposé le dirigeant en période de crise ?

Un des principaux dangers est de rester dans le court terme, d’être obnubilé par des questions de court terme, du type « comment vais-je payer les salariés à la fin du mois ? ». Quand je le dis à des managers, ils ont du mal à comprendre. C’est là leur problème. Leur urgence est de trouver une stratégie à un an ou deux, de savoir où ils veulent emmener l’entreprise à l’issue de la crise. Si vous allez voir votre banquier ou des investisseurs en leur demandant de la trésorerie pour payer les salaires, ils vont sûrement hésiter, notamment si vous leur dîtes que vous souhaitez continuer dans la même voie. En revanche, si vous avez un projet, que vous avez la capacité de mobiliser les énergies autour de vous, vous avez plus de chance de convaincre. Paradoxalement, plus on est dans la crise, plus il faut savoir où l’on se projette au moins à horizon un ou deux ans.

Comment mobiliser les salariés dans la phase de redressement ?

Au préalable, j’ai toujours été surpris de constater à quel point les salariés de terrain sont plus au fait de ce qui se passe tandis que leurs dirigeants s’enfoncent dans le déni. Par exemple, quand des produits reviennent de plus en plus souvent, quand il y a de plus en plus d’impayés ou de problèmes de production… Les salariés de terrain sont en première ligne. Ils savent très bien ce qui se passe. Dans les entreprises, l’information circule à grande vitesse.

Ce qui semble évident, c’est qu’ils ont besoin d’une vision stratégique claire, savoir où ils vont. Dans ces situations de crise, j’ai rarement vu une base ou des organisations syndicales figées, et refusant d’entendre la vérité. Bien au contraire, ils sont capables d’une formidable énergie si on leur propose un projet cohérent. Bien entendu, il faut que les efforts soient partagés entre tous. Si ces deux conditions sont réunies – projet stratégique et efforts partagés – on peut parvenir à mobiliser les salariés.

Quelle communication faut-il avoir idéalement ?

Comme je viens de l’expliquer, les salariés sont généralement renseignés par le réseau informel de l’entreprise, mais mieux vaut avoir une communication transparente et claire. La direction de l’entreprise peut prendre deux ou trois jours pour réfléchir à la stratégie à adopter, mais taire pendant plusieurs semaines la situation n’est pas tenable. Je pense à une entreprise où je suis intervenu : le patron était dans une procédure de conciliation au tribunal de commerce et n’avait rien dit aux salariés. Cela durait depuis trois mois, et il m’expliquait qu’il ne voulait rien leur dire afin de « ne pas les démobiliser ». Quand j’ai rencontré les responsables des salariés ils étaient déjà tous au courant. Taire un tel événement, c’est créer une situation de stress épouvantable et de manque de confiance. L’incertitude est quelque chose de vraiment insupportable.

Propos recueillis par Christophe Bys

Quel avenir pour les entrepreneurs en France

Ce désamour se retrouve dans une caractéristique de la France aujourd’hui assez largement connue et admise : la faible propension de ses habitants à entreprendre. Depuis quelques années le GEM (Global Entrepreneurship Monitor), projet de suivi global de l’entrepreneuriat piloté par deux institutions internationales (Babson College et London Business School), publie des études sur le Taux d’Activité Entrepreneuriale (TAE) des pays. Ce TAE est la mesure systématique de l’activité entrepreneuriale en tenant compte de deux indicateurs : le taux d’entreprises émergentes (indiquant les entreprises qui sont sur le point d’être formellement lancées) et le taux d’entreprises nouvelles (indiquant les entreprises effectivement lancées depuis moins de 42 mois). Régulièrement le taux français – 4,8% en 2007 – est un des plus faibles. Non seulement les français créent peu d’entreprises, mais plus grave encore les entreprises créées manquent de vitalité et se développent peu. Comme le rappelle un récent rapport de l’Institut Montaigne, think-tank regroupant des décideurs économiques et politiques, une comparaison des chiffres de l’OCDE montre que, sept ans après leur émergence, les entreprises américaines ont plus que doublé leurs effectifs, alors que les firmes françaises n’ont créé dans le même temps que 7% d’emplois supplémentaires. Cette situation a pour conséquence le non renouvellement de notre tissu industriel : sur les 100 premières capitalisations de la Bourse de Paris, une dizaine d’entreprises seulement ont moins de trente ans d’existence.

Développer en France une plus forte propension à entreprendre est donc aujourd’hui une nécessité et un défi, mais comment relancer dans ce pays la “machine entrepreneuriale” ? Les gouvernements successifs, conscients du problème, multiplient les mesures incitatives. Mais les résultats resteront limités tant que subsisteront en France des problèmes liés à l’ouverture de ce pays aux logiques entrepreneuriales, à des règlements et institutions d’un autre temps et à l’image que la société française a de l’entrepreneur. Nous proposons des idées pour changer les choses à ces trois niveaux, après avoir exposé les raisons du désamour de la France vis-à-vis de ses entrepreneurs.

Les raisons d’un désamour à la “française”

Une part importante des élites françaises a encore une programmation mentale marxiste pour les plus archaïques, et keynésienne pour les plus modernes. Pour s’en convaincre nous nous limiterons à quelques exemples, mais nous pourrions sans difficulté aucune les multiplier : le titre d’un ouvrage de Gisèle Ginsberg “Je hais les patrons” ; Ségolène Royal, alors candidate à la Présidence de la République, déclarant aux deuxième semestre 2006 qu’“il faut effrayer les capitalistes” ; son ex-compagnon François Hollande, secrétaire général du parti socialiste français indiquant “je n’aime pas les riches” ; Jacques Chirac, ancien Président de la France, qui dans sa jeunesse fut membre du Parti Communiste Français, considérant que le libéralisme serait pire pour son pays que le marxisme ; etc. Olivier Blanchard, économiste français enseignant au M.I.T., porte un jugement sévère sur ses compatriotes : “La France se caractérise par une étonnante inculture économique. Le poids de la tradition marxiste, sans doute, et la conséquence d’un enseignement classique où cette discipline tient peu de place. Beaucoup de français croient que l’économie est un jeu à somme nulle : la richesse leur apparaît comme un gâteau de taille fixe que se partageraient patrons et salariés en fonction de leurs rapports de force”.

Les Français dans leur grande majorité n’aiment pas leurs chefs d’entreprise et ceci pour plusieurs raisons. La première nous semble être très profondément ancrée dans notre histoire et dans nos traditions. L’image du chef d’entreprise est liée à ce que valorise notre société et à la conception que nous avons de ce qu’est un homme respectable. Les travaux du sociologue Philippe d’Iribarne nous enseignent qu’en France, un homme respectable est celui qui est traité avec les égards dus à son rang, lequel est déterminé par un titre (un diplôme) qui donne une sorte de droit à occuper une position sociale plus ou moins valorisante et prestigieuse. Si l’on comprend bien la proposition, pour être un chef d’entreprise respectable dans la société française il faut être un ancien élève de l’Ecole Polytechnique ou de l’ENA et diriger EADS, Vivendi, EDF ou la SNCF, ce qui doit représenter moins de 0,1% de la population des chefs d’entreprise. Dans le cas général, la situation de chef d’entreprise n’est pas “noble” et son image est construite sur un type de capital qui n’est pas valorisé par la société française laquelle ne reconnaît que le capital scolaire et le diplôme.

Une deuxième raison est liée à des amalgames de clichés et de représentations qui génèrent des confusions et des ambiguïtés permanentes entre des notions qui ne sont ni équivalentes ni superposables. Un chef d’entreprise n’est pas un entrepreneur et réciproquement tous les chefs d’entreprise ne sont pas assimilables à de grands capitaines d’industrie et réciproquement les entrepreneurs ne peuvent pas être réduits uniquement à des créateurs d’entreprise. L’hyper médiatisation de la notion d’entrepreneur et son utilisation à “toutes les sauces” et à toutes les fins ne fait que renforcer ce sentiment de grande confusion et d’incompréhension. Alors que de nombreux travaux depuis des siècles ont tenté, souvent avec difficulté, de clarifier des notions aussi essentielles que celles d’entreprise, d’entrepreneur et d’agent économique, très peu de connaissances, au fond, ont pénétré l’homme de la rue. Ce niveau d’inculture généralisée à propos de l’économie au sens large et de l’entreprise, d’une manière plus singulière, nous semble être spécifiquement français, comme cela a été souligné par Olivier Blanchard.

Une troisième et dernière raison provient, selon nous, d’une catégorisation des chefs d’entreprise et des entrepreneurs qui sans nuance aucune établit une dichotomie entre des Héros et des Bandits. Les médias et les Français ne veulent parler que des uns ou des autres. Les premiers, les Steve Jobs, Bill Gates ou Richard Branson (très souvent les héros ne sont pas des français !!) apparaissent comme des êtres extraordinaires qui ont réussi des choses hors de portée du commun des mortels. Les bandits (ils sont bien français eux !!), ont parfois eu une première étiquette de héros et sont présentés comme des figures emblématiques incarnant l’ensemble des chefs d’entreprise ou des entrepreneurs, alors qu’au sens strict ils n’en sont plus ou n’en ont jamais été. Peut-être pourraient-ils être qualifiés d’hommes “d’affaires”, en tout cas ils ne constituent pas des exemples à suivre pour la société et pour la jeunesse. Les bandits se font prendre la main dans le sac, ils s’enrichissent indûment, bénéficient de “golden parachute” ou encore n’hésitent pas à licencier des centaines, voire des milliers de personnes, pour améliorer la profitabilité de leur entreprise et augmenter leur niveau de rémunération directe ou indirecte. Les bandits sont très souvent des dirigeants de grandes entreprises dont les comportements déviants vont ternir l’image de tous les chefs d’entreprise. Parfois, plus rarement, ces hommes “d’affaires” apparaissent comme des “Robin des Bois” des temps modernes, des bandits sympathiques, “empruntant aux riches pour donner aux pauvres”, jouant à cache-cache avec les gendarmes et les lois. Ce faisant ils génèrent encore plus d’ambiguïté et contribuent à effacer davantage les repères en démontrant que dans notre société on peut être bandit et héros à la fois.

Dans ces conditions d’absence (ou pour le moins d’insuffisance) de valorisation du statut, de méconnaissance des notions économiques et sociales essentielles et de médiatisation caricaturale des acteurs, la position de chef d’entreprise apparaît largement inaccessible à la majorité des français par impossibilité (normative ou technique) et par rejet.

Ouvrir la France à l’économie de l’entrepreneuriat

Les travaux de l’économiste américain David Audretsch font clairement ressortir l’émergence d’une économie entrepreneuriale et son importance actuelle. Il analyse le dernier demi-siècle comme la succession de trois périodes historiques correspondant à trois visions de l’économie.

La première période peut, de manière schématique, se définir comme étant celle de l’Economie du Capital. Elle a été formalisée par Robert Solow. Elle débute approximativement avec la période de l’après-guerre. C’est l’ère de la production de masse, une ère où les économies d’échelle semblent être le facteur décisif et déterminant de l’efficacité et où chaque institution sociale et économique majeure s’emploie à renforcer la stabilité et la prévisibilité nécessaires à la production de masse. Quant au regard porté sur les nouvelles et petites entreprises il est essentiellement négatif :

  • Elles sont généralement considérées comme étant moins efficaces que les firmes de grande taille.

  • Elles fournissent aux travailleurs des compensations d’un moindre niveau.

  • Elles ne sont que marginalement impliquées dans l’activité d’innovation.

  • Leur importance relative décline avec le temps aussi bien en Amérique du Nord qu’en Europe.

Dans l’économie traditionnelle, capitalistique, correspondant au modèle de Robert Solow de l’après-guerre, les petites firmes et l’entrepreneuriat apparaissent comme un luxe, peut-être nécessaire en Occident afin d’y assurer la décentralisation des décisions, mais un luxe maintenu au prix d’une perte d’efficacité.

Vient ensuite l’Economie de la Connaissance, formalisée par Paul Romer et Robert Lucas. Elle coïncide grosso modo avec la période tardive de l’après-guerre, c’est-à-dire les années 1980. La critique de Romer à l’égard de l’approche de Solow ne porte pas sur le modèle de base de la fonction néoclassique de production, mais plutôt sur ce qu’il estime avoir été omis dans ce modèle : la connaissance. Romer, Lucas et d’autres, expliquent que la connaissance est un facteur important de production à côté des facteurs traditionnellement pris en compte : le travail et le capital. De plus, ce facteur, étant déterminé de façon endogène au travers des externalités et des effets de débordement, apparaît particulièrement important. Dans cette deuxième approche, l’entrepreneuriat, au moins sous la forme de nouvelles firmes, ne semble pas compatible avec l’économie basée sur la connaissance. Au fur et à mesure que le facteur de la connaissance gagne en importance, la plupart des prédictions suggèrent que les nouvelles et les petites firmes joueront seulement un rôle marginal dans la contribution à l’innovation et à la croissance.

Enfin, l’Economie de l’Entrepreneuriat trouve ses racines dans le milieu des années 1970, mais ne connaît réellement son essor que plus tard, dans les années 1990. L’Economie entrepreneuriale qui émerge en Amérique du Nord et en Europe donne en conséquence un nouveau rôle à l’entrepreneur. Plutôt qu’handicaper l’économie sur le plan de l’efficacité, comme cela semblait être le cas dans une économie managériale, l’entrepreneuriat fait fonction de moteur de croissance en procurant un conduit essentiel pour les effets de débordement et la commercialisation de connaissances et de nouvelles idées.

Il peut être utile à ce niveau de préciser ou repréciser les rôles de quelques figures de l’économie que l’on a tendance à confondre en France. Tout d’abord, alors que l’expression “chef d’entreprise” renvoie à l’existence juridique d’un statut et à une catégorie sociale, comme il en existe beaucoup d’autres (ingénieur, ouvrier, journaliste, etc.), force est de reconnaître que celle d’entrepreneur, aujourd’hui, est plutôt assimilable à une manière d’être ou de faire certaines choses. En d’autres termes, si le chef d’entreprise peut être défini par les droits de propriété et/ou les mandats sociaux qu’il détient, l’entrepreneur ne peut l’être, nous semble-t-il, qu’à travers ce qu’il fait (et aussi, où et comment il le fait). Ensuite, et c’est là que s’établit le lien entre les deux notions, un chef ou un dirigeant d’entreprise peut directement ou à travers son organisation activer deux fonctions essentielles à la survie et au développement de toute entreprise. La première est la fonction d’exploration qui consiste à innover et à tirer profit de l’innovation ; à concevoir et à lancer de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouvelles activités ; à conquérir de nouveaux marchés. Dans cette fonction, le chef d’entreprise est un entrepreneur tel que le concevait d’ailleurs Schumpeter. Notons au passage que les héros évoqués précédemment sont tous assimilés à des explorateurs ou à des innovateurs. La seconde fonction est celle d’exploitation. Elle se traduit par l’apport direct, l’acquisition, l’assemblage et l’organisation des ressources humaines, relationnelles, technologiques, physiques et financières qui s’avèrent nécessaires à la concrétisation des avancées découlant de l’exploration. Dans cette fonction, le chef d’entreprise fixe les objectifs et les stratégies pour les atteindre, il est alors gestionnaire ou manager. Relevons comme nous l’avons fait plus avant que les bandits se retrouvent plutôt dans cette fonction, il suffit d’ailleurs de se remémorer à quel point les mots “exploitation”, “exploitant”, “exploiter” sont connotés négativement en France. Celui qui exploite est assez systématiquement suspecté d’intentions non respectables. Il peut abuser d’une position jugée dominante, s’enrichir avec le travail des autres ou détourner à son profit des biens sociaux.

Dans une approche complémentaire, Stevenson et Jarillo définissent l’entrepreneur comme un individu qui poursuit des opportunités (principalement liées à la création de nouveaux produits ou de nouveaux services) sans se préoccuper des ressources directement contrôlées. Deux logiques d’action guident alors les comportements stratégiques et managériaux des individus et des organisations. L’orientation vers les opportunités d’affaires qui s’avère très proche de la fonction exploration et l’orientation vers le contrôle (et l’administration) des ressources qui relève de la fonction gestionnaire.

Avec l’Economie de l’Entrepreneuriat, le rôle des entrepreneurs et des petites firmes entreprenantes redevient central, et par conséquent la nécessité d’entreprendre. Elle est d’autant plus cruciale aujourd’hui que la France a entamé un déclin qui risque de s’accélérer assez rapidement.

En 1980, la France était encore la quatrième puissance économique mondiale, en 2007 elle n’est plus que sixième et en 2030 elle pourrait, selon les prévisionnistes, se situer au huitième rang, menacée par le Brésil. Pour éviter un tel scénario la France doit impérativement inciter ses citoyens à entreprendre.

Dérèglementer et changer les institutions, mais en douceur !

La décision de devenir entrepreneur peut être analysée comme une alternative au travail salarié et de nombreux économistes, dont Mark Casson, ont traité de ce choix. L’entrepreneur potentiel fait une comparaison parfois formalisée, le plus souvent intuitive- entre ses futurs bénéfices d’entrepreneur et ses futurs gains de salarié. La différence de gain espérée est liée au revenu moyen d’une activité entrepreneuriale réussie pondérée par la probabilité de succès et le revenu moyen d’un travail salarié lui-même pondéré par la probabilité de trouver (ou de ne pas perdre) un emploi. L’entrepreneuriat n’est pas un phénomène purement psychologique, même si la dimension psychologique y est importante. Les motivations économiques sont également importantes dans la décision de devenir entrepreneur.

Par conséquent la décision de créer une entreprise peut être décrite par un modèle économique de maximisation d’utilité. Or, en France, le coût d’opportunité du passage du salariat au non-salariat, à l’entrepreneuriat, est particulièrement élevé. Le risque supporté par l’entrepreneur n’est pas indépendant des droits associés au statut de salarié. Plus le salaire est élevé et relié à des droits sociaux futurs, plus il est coûteux de quitter ce statut. Notre système social incite peu à créer une entreprise, et ce d’autant moins qu’on a un diplôme élevé donc des espérances de gain et de statut élevés. Dans un tel contexte, on comprend aisément la faible propension des diplômés de nos grandes écoles à créer des entreprises. Georges Ribeill, un sociologue qui a étudié les comportements entrepreneuriaux des ingénieurs français, fait clairement ressortir cela : la propension des ingénieurs à créer une entreprise est inversement proportionnelle à l’étiquette sociale conférée par la notoriété de leur école.

Le choix de l’entrepreneuriat constitue donc un réel défi pour la France et les français. Que peut-on alors proposer face à la nécessité économique d’encourager l’entrepreneuriat dans un pays ayant développé depuis longtemps un tel ensemble de droits sociaux pour les travailleurs ?

Il y a deux voies, l’une politiquement acceptable et l’autre qui l’est beaucoup moins. La solution difficile à mettre en œuvre sur le plan politique consiste à rapprocher la situation du salarié de celle de l’entrepreneur, c’est-à-dire à augmenter le risque supporté par le salarié pour le rapprocher de celui supporté par l’entrepreneur. En d’autres termes cela revient à déconstruire partiellement notre système de protection sociale. Des mesures comme la mise en place du CNE (Contrat Nouvelle Embauche, permettant aux entreprises de moins de 20 salariés de licencier sans formalité pendant deux ans tout nouvel embauché), puis la proposition de CPE (Contrat Première Embauche) visant à étendre les dispositions du CNE aux jeunes. Le gouvernement dut retirer son texte face aux manifestations d’hostilité vont dans ce sens. La solution plus acceptable consiste à rapprocher la situation de l’entrepreneur de celle du salarié. Par exemple en maintenant temporairement les droits du salarié qui quitte son emploi pour créer son entreprise. Diverses mesures ont déjà été prises en ce sens. Si elles sont plus facilement admissibles politiquement elles ne peuvent être que limitées tant l’acceptation du risque comme l’espérance d’un profit constituent des dimensions centrales de la fonction entrepreneuriale.

Un deuxième point doit être relevé qui constitue également un frein à l’entrepreneuriat : la fiscalité très élevée, la socialisation des profits. En 2006 le taux des prélèvements obligatoires rapportés au PIB (Produit Intérieur Brut) était de 44%, les dépenses publiques consommaient 52,9% du PIB. Un calcul a été fait : le français commence à travailler pour lui le 16 juillet, du 1er janvier au 15 juillet inclus, il travaille pour la collectivité. Un tel contexte encourage-t-il les français à vouloir augmenter leurs gains ? Les gouvernements se succèdent, tantôt d’une couleur politique, tantôt de l’autre, et cet état de fait non seulement perdure mais même s’aggrave d’année en année.

Changer l’image des entrepreneurs

Pour changer les représentations sociales relatives aux entrepreneurs, nous préconisons une implication plus forte des principaux acteurs concernés et une revalorisation de la démarche d’entreprendre. Ces groupes d’acteurs sont les enseignants, les journalistes et les chefs d’entreprise eux-mêmes. Les enseignants et le système éducatif ont une mission cruciale : sensibiliser, préparer et former les esprits à ces situations, à ces catégories sociales et à ces fonctions. Il est essentiel que les enseignements contribuent à diffuser des connaissances sur les valeurs, les attitudes, les motivations des entrepreneurs et des chefs d’entreprise ; sur les situations et les contextes d’action dans lesquels ils opèrent ; sur les outils et les techniques qu’ils mettent en œuvre. Les enseignants et les chercheurs doivent apporter des connaissances sur des questions clés comme : Qui entreprend ? Pourquoi ? Comment ? Dans quels contextes et avec quels résultats ? Les médias constituent un vecteur indispensable et puissant pour relayer l’école et l’université. Ils peuvent toucher un public large, généralement moins averti. Des médias responsables devraient, selon nous, refuser l’amalgame des notions, génératrice de non-sens et la facilité qui consiste à ne parler que de certains types d’entrepreneurs. Les chefs d’entreprise, les dirigeants et les entrepreneurs ont aussi un rôle à jouer, celui de l’exemplarité. Ils sont (ou devraient être) des modèles et des sources d’inspiration pour toute la jeunesse. Ce rôle pourrait être mieux tenu si les acteurs concernés se reconnaissaient le devoir d’aller à la rencontre des collégiens, des lycéens, des étudiants et de leurs enseignants pour témoigner de leurs parcours, de leurs déterminants et des résultats qu’ils ont obtenus, pour montrer toute la symbolique et la force d’expériences de vies “ordinaires”.

Comment revaloriser la démarche entrepreneuriale en France ? Les statistiques officielles nous rappellent régulièrement que de nombreux individus créent ou reprennent des entreprises par nécessité vitale, pour survivre, s’insérer ou se réinsérer dans un monde social dans lequel on est “jeune de plus en plus vieux et vieux de plus en plus jeune”. En effet, les jeunes qui poursuivent des études jusqu’à l’approche de la trentaine sont aujourd’hui monnaie courante. Dans le même temps, on a tendance à vieillir prématurément dans les entreprises et les institutions au point qu’il n’est pas rare, en France, de connaître des problèmes d’employabilité entre 40 et 45 ans.

Des travaux sur les ingénieurs entrepreneurs ont montré, par ailleurs, que de nombreux ingénieurs créent des entreprises par hasard, lorsqu’ils préfèrent changer de statut plutôt qu’abandonner un projet technique ou une recherche qui n’intéresse plus leur laboratoire ou leur entreprise. La dynamique du projet et le lien affectif unissant le sujet à l’objet l’emportent sur la sécurité, parfois toute relative, de leur emploi salarié.

Ces deux modes d’accès à l’entrepreneuriat, par nécessité et par hasard, rendent compte de la faible importance que la société française accorde aux entrepreneurs et à l’acte d’entreprendre, lequel reste encore très largement contre culturel dans ce pays.

Nous pensons cependant qu’une troisième voie est possible et souhaitable. Elle va de pair avec une revalorisation de l’entrepreneuriat en tant que phénomène économique et social vital pour les individus, les entreprises, les institutions et la société dans son ensemble. Elle implique également une volonté collective et un engagement de tous les acteurs concernés.

Deux conditions nous semblent devoir être réunies pour devenir entrepreneur dans une société enfin convaincue de la légitimité sociale et de l’importance d’un tel acte.

La première condition est l’intention d’entreprendre. L’intention est la représentation cognitive de la volonté d’une personne d’exercer un comportement. Elle est considérée comme un bon moyen de prédire des comportements humains planifiés et contrôlables. L’intention, dans la théorie du comportement planifié, très utilisée dans les sciences du comportement, est le résultat de trois antécédents conceptuels que nous allons présenter en les appliquant au cas de la création d’entreprise. Les attitudes envers le comportement constituent le premier antécédent. L’intention de créer une entreprise est fonction du degré d’évaluation favorable ou défavorable du comportement en question. Pour qu’il y ait intention de créer, il est nécessaire que des attitudes favorables vis-à-vis du comportement aient été formées. Différents milieux (la famille, les territoires, les professions, etc.) peuvent agir sur ces attitudes. Les écoles, les universités, les actions de sensibilisation jouent également un rôle important. Un deuxième antécédent se trouve dans les normes sociales perçues. L’intention de créer une entreprise dépend des perceptions que les individus ont des avis des personnes ou groupes sociaux, qui comptent pour eux, par rapport au comportement envisagé. Que pensent mes amis, ma famille, mes professeurs de mon idée de créer une entreprise ? Pensent-ils que c’est bien pour moi, que c’est un bon choix de carrière ? Ces normes sociales perçues par les individus viennent notamment des milieux évoqués plus haut et sont influencées par des variables culturelles et sociétales. La contrôlabilité perçue, enfin, est le troisième et dernier antécédent. L’intention de créer une entreprise est fonction des facilités ou des difficultés perçues dans l’hypothèse où le comportement, ici la création d’entreprise, surviendrait. Dans un comportement intentionnel, les individus raisonnent en se posant des questions du type : “Ai-je toutes les compétences nécessaires ? Est-ce que je maîtrise bien les techniques et outils de gestion indispensables ? Ai-je bien identifié les bons réseaux et pourrais-je les utiliser ?”. Nous pourrions schématiquement résumer ce qui précède en postulant que pour qu’il y ait une intention de créer une entreprise, il faut que le comportement soit perçu comme étant désirable et faisable.

La seconde condition pour devenir entrepreneur est le projet. Ce dernier peut se former sous l’effet de l’intention ou venir d’un déplacement, d’une discontinuité dans la vie personnelle ou professionnelle. La rencontre d’une personne dans laquelle on voit un partenaire possible, la détection d’une opportunité dans un secteur d’activité ou encore la survenance d’une idée peuvent constituer des facteurs de déplacement qui vont contribuer à l’émergence du projet. Le projet d’entreprendre réunit d’après nous deux dimensions qui mêlent projet de vie et projet professionnel et ne sépare pas l’une de l’autre. Comment imaginer une seule seconde qu’une décision de création d’entreprise, dans cette logique de l’intention, puisse être préparée sans que toutes les implications et les déterminants n’aient été évalués, compris et acceptés. La logique du projet, le travail de projection au sens propre, s’opposent d’une certaine façon à la logique d’adaptation très, trop souvent enseignée ou considérée comme la seule possible par les individus, les institutions et les entreprises. Se projeter ouvre l’horizon et laisse une place au rêve, à l’anticipation et au changement créatif.

En conclusion, nous pensons que les entrepreneurs et les chefs d’entreprise, surtout ceux qui dirigent les PME-PMI, sont parmi ceux qui nous montrent que le rêve est encore possible, que l’anticipation est un moyen de conserver ses positions, ses ressources et son indépendance et enfin, ils nous disent, à travers leurs actes, que changer le monde et créer des richesses économiques et sociales ne relèvent ni de l’utopie, ni de la mission impossible, il suffit parfois simplement de le vouloir et de l’inscrire dans son projet de vie. Comme tous les français n’ont pas encore compris cela, il est de la responsabilité collective de contribuer à restaurer l’image de ceux qui entreprennent et dirigent des petites et moyennes entreprises. Il y va de la crédibilité nationale, dans un monde global, de faire évoluer le versant social obscur de l’entrepreneur français.