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Doit-on réellement parler « d’ubérisation » du droit ?

startup legaltech uberisation

Doctrine : 2 millions d’euros. Monavocat : 1 million d’euros. Wity : 4,7 millions d’euros. Les levées de fonds d’importance dans le domaine des legaltechs se succèdent, et de nouveaux acteurs concurrents apparaissent : Rocket Lawyer, legaltech d’importance aux USA, a réalisé une joint-venture avec les éditions Lefebvre afin de s’intégrer au Marché Français. La startup Legalstart s’est, quant à elle, rapprochée depuis peu de Lexisnexis afin de nouer un partenariat visant à la création d’un nouveau prototype de rédacteur d’actes juridiques …

Atteinte aux monopoles existants, dumping tarifaire, simplification à l’extrême, … l’ubérisation est un phénomène évoquant la transformation d’un secteur par un véritable changement de paradigme, et les critiques sont nombreuses concernant les startups qui s’efforcent de s’attaquer à des marchés déjà existants, et parfois d’ores et déjà encombrés. Le « marché du droit » ne fait, finalement, pas exception : l’apparition de Legaltechs a su inquiéter les professionnels du secteur.

Le rapport Haeri sur l’avenir de la profession d’avocat de février 2017 affirmait ainsi que « les nouvelles technologies et l’utilisation des plateformes ont fait naître dans la profession un sentiment équivalent à celui de la Grande Peur de l’an Mil », tout en confirmant que c’était « à tort [qu’elle y a vu] l’annonce des prémices de sa disparition ». Pour autant, peut-on réellement parler d’ubérisation du secteur du droit ? Rien n’est moins sûr.

L’utilisation des legaltechs pour faciliter la relation client-professionnel

L’offre existante des 20 dernières années, et cela dû au monopôle de plaidoirie appartenant aux avocats, était particulièrement stable, en ce qu’elle était constituée par la possibilité de faire appel à des cabinets spécialisés pour n’importe quel litige, et obtenir tout conseil nécessaire. Les cabinets d’avocats ne pouvant, jusqu’à la loi Hamon du 17 mars 2014, faire de publicité, la plaque scintillante siégeant fièrement sur la façade de leurs locaux était donc, de façon générale, le seul appel possible à la clientèle.

rocket lawyer startup legaltech
L’outil de création de document Rocket Lawyer

Les legaltechs se sont donc engouffrées dans ce vide publicitaire : l’utilisation de plateformes (Weclaim, Avostart, …) , la mise en relation facilitée entre clients et avocats voire même la possibilité de poser une question directement à un professionnel du droit (Legalix Avocat, Mafiscalité, …), étaient autant de domaines encore peu explorés qui méritaient pourtant de l’être. Que ce soit pour les professionnels ou les particuliers, faire appel à un avocat n’était pas un réflexe inné. Bien souvent, par peur du coût, ou de la difficulté que la procédure pouvait apporter, le potentiel client ne faisait pas appel à ces professionnels, ou ne le faisait qu’une fois le litige certain. Les legaltechs s’immiscent donc sur une part du marché où le droit ne s’était pas encore installé, en simplifiant les procédures et en limitant les coûts.

Certains y verront donc une concurrence déloyale, quand d’autres s’émerveilleront devant les possibilités s’ouvrant ainsi aux acteurs du monde juridique. Stéphane Larrière, auteur du Blog La loi des Parties, explique ainsi que les legaltechs « offrent aux juristes la possibilité de se décharger de certaines de leurs tâches très simples de rédaction et de recentrer leur métier sur les tâches à haute valeur ajoutée relevant de la stratégie ».

En effet, de plus en plus de startups (Lebonbail, Legalstart, Gino Legaltech, Rocket Lawyer, …) permettent de concevoir et de rédiger, de façon rapide, des contrats de toute forme en ce qu’elles facilitent leur création. Les avocats ne restent cependant pas loin : il est toujours possible de faire appel à leurs compétences en cas de questions plus précises, plus spécifiques, ou encore pour une vérification de documents juridiques. Leur clientèle ne disparaît pas, mais les prestations fournies évoluent. La rédaction d’actes simples, sans réel apport d’une réelle expertise juridique, laisse donc place à des aspects plus techniques de l’application du droit.

Des aspects plus techniques qui permettent donc aux membres des professions judiciaires de démontrer une réelle plus-value juridique dans leur travail. Exit la simple rédaction, il s’agira ici d’apporter une solution à un problème complexe soumis par le client.

Un accès facilité au droit à l’aube du 21esiècle ?

Certaines legaltechs ne cherchent pas à empiéter sur les prérogatives rédactionnelles des professionnels du droit. Bien au contraire, certaines tentent de faciliter l’accès des particuliers et des professionnels à la dimension juridique bien souvent assez inaccessible, et pas seulement au regard du langage utilisé. Ainsi, comme l’indiquait Maître Thierry Vallat, dans une interview pour la legaltech Doctrine« Avant nous allions à la bibliothèque, désormais nous utilisons les outils des Legaltechs qui nous permettent de mieux travailler ». Cet apport des startups juridiques complète parfaitement les lois successives, dont l’objectif clairement affiché est d’ouvrir le monde du droit, considéré comme austère (loi de modernisation, de simplification, …).

Nombre de décisions de justice indexées sur les différents sites. (Dernière mise à jour, le 6 février 2017)

Il convient également de constater que les avocats et autres membres des professions juridiques ne sont en pas reste en ce qui concerne les avancées technologiques. En effet, certains ont déjà eu cette volonté de faciliter l’accès à des services juridiques, par une mise en relation directe client-professionnel grâce à l’intermédiaire d’une plateforme sécurisée. C’est notamment le cas de Maître Eve d’Onorio di Méo, avocate au barreau de Marseille, qui a fondé la plateforme « MaFiscalite.com ». Pionnière dans ce domaine, cette startup est la première legaltech d’assistance fiscale en ligne et a pour objet le règlement de petits litiges en matière fiscale, et d’aide aux différentes déclarations administratives en ce domaine. Comme le rappelle Maître d’Onorio di Méo, une legaltech « est une startup sur le marché du droit qui répond facilement et rapidement à un besoin de droit du client », ce qui, dans le cas de Mafiscalite.com, s’illustre notamment par « la mise à disposition d’outils et la mise en relation éclairée avec un avocat fiscaliste ». Ainsi, l’avocat n’est nullement exclu de la relation avec les « consommateurs du droit », mais rattache bien son activité à l’expertise recherchée.

Vers l’avènement d’une justice prédictive ?

L’apport des legaltechs s’illustre par une réelle modernisation des tribunaux. Actuellement à l’essai en matière de droit civil dans plusieurs juridictions, notamment la Cour d’Appel de Douai et la Cour d’Appel de Rennes, un logiciel de justice prédictive, le logiciel Prédictice, permet aux magistrats, après avoir renseigné dans un logiciel les modalités du litige, d’obtenir une analyse poussée des différentes décisions rendues auparavant, illustrée par des statistiques permettant au magistrat de trancher au mieux le conflit entre les justiciables.

predictice startup legaltech

Les legaltechs s’imposent donc de chaque côté du prétoire, afin de permettre un accès amélioré au droit, et aux décisions rendues. On ne peut qu’être enthousiaste, et impatient de voir les résultats de cette expérimentation quant aux arrêts rendus, qui devra être maintenue pendant quelques temps avant que de réelles conclusions relatives à son efficacité ne puissent être établies.

Alors finalement, y a-t-il, ou non, ubérisation du droit ? Il convient tout simplement de distinguer les marchés sur lesquels professions du droit et legaltechs marchent main dans la main (plateforme de mise en relation, …) de ceux où les services proposés par les legaltechs peuvent entrer en conflit avec le monopôle de ces professions.

En effet, si la profession d’avocat dispose d’un monopole légal en matière de conseil juridique et de plaidoirie, une legaltech peut parfaitement proposer la rédaction de documents que, de toute façon, une personne « lambda »(certes parfaitement renseignée) pourrait rédiger par elle-même sans porter atteintes aux monopoles légaux existants. Ainsi, les juristes se doivent donc de proposer des services offrant une plus-value juridique certaine, afin de se démarquer de prestations plus simples que ces startups, parfois qualifiés de « braconniers du droit », pourraient fournir.

Nul doute néanmoins que les professions juridiques sauront trouver sur leur marché un équilibre avec ces nouveaux venus, avec lesquels il sera, et est déjà, possible de travailler.

“C’est trop tôt, ils vont se rétamer… alors que c’est une belle boîte”.

 

Une phrase entendue au détour d’un couloir, prononcée par un Business Angel…

Parfois, des startups prometteuses grillent leurs chances auprès des Business Angels en se présentant trop tôt pour lever des fonds.

Qui sont donc ces startups à qui il manque de la préparation avant de lever des fonds ? Que doivent-elles préparer ? Que risquent-elles à lever sans préparation ?

Pour le savoir, gardons à l’esprit ce que cherchent les Business Angels : un certain équilibre entre rentabilité et sécurité (qui va dépendre des profils).

#1 :Trop tôt = trop jeune ? Quel est l’âge optimal ?

Faut-il attendre d’avoir 9 mois avant de lever des fonds ?

Je ne vous surprendrai pas en vous disant : il n’y a pas de règles. Pourtant, une chose est vraie : plus une startup est jeune, moins sa croissance est prévisible.

Mais s’il n’y a pas de règles en matière d’âge, qu’est-ce qu’une “startup jeune” ? À vrai dire, il s’agit plus de mesurer le degré de maturité d’une startup en fonction des étapes qu’elle a franchies que par le nombre de mois depuis qu’elle a démarré son activité.

En réalité, on quantifie souvent par mois le temps nécessaire pour arriver d’une étape à une autre. Ce qu’il faut retenir, c’est que pour une startup avec une technologie légère, il faut avoir développé un POC, Proof of Concept, c’est-à-dire avoir prouvé qu’il existait un besoin sur le marché et que votre solution est la bonne (via de l’user-testing par exemple).

En revanche, si le lancement de votre produit nécessite un fort investissement en R&D (comme les startups blockchain), il n’est pas possible de faire un MVP avant de recevoir des fonds. Dans ce cas, c’est sur un cahier des charges (ou même sur une équipe seule) que se portera la décision des Business Angels.

À titre indicatif tout de même : en moyenne, une startup qui lève pour la première fois a entre 9 et 18 mois. Cela dépend de l’équipe ! Si vous avez terminé toutes les premières étapes vite et bien, vous avez plus de chances de lever car les Business Angels auront confiance en votre capacité d’exécution.

#2 : Quels sont les points à travailler ?

  • L’équipe

Le premier point que regardent les investisseurs : c’est l’équipe. Tout, dans votre startup, dépend de la capacité de votre équipe à exécuter votre projet. C’est pourquoi, pour lever, il faut déjà constituer noyau d’associés complémentaires.

Beaucoup de startups doivent attendre la levée de fonds avant de recruter, mais essayez de trouver vos associés clés, tel que votre CTO ou votre CMO avant de lever. Souvent, les associés fondateurs ne se payent pas et ils bénéficient d’allocations.

S’il vous manque un de ces rôles clés, ce qui se fait généralement est que vous donnez des parts à ce nouvel associé. Si la personne que vous avez en tête n’est pas intéressé par les parts, il va peut-être falloir trouver un autre associé. Une équipe solidaire est indispensable pour convaincre les investisseurs. Si les membres de votre équipe ne démontrent pas de confiance envers votre projet, comment un investisseur le pourrait-il ?

  •  La traction

Ou plus précisément, le fait d’attirer les clients. Les Business Angels investissent dans votre startup, donc il faut leur assurer que votre solution est demandée et appréciée : nombre d’utilisateurs, nombre de devis en cours, nombre de sollicitations. L’idéal est qu’au moment de la levée, vous puissiez démontrer que la demande de vos services est présente, et surtout, croissante. (Attention, nous parlons ici de la demande effective de votre produit ou service; et non de la demande sur le marché 😉 ). Entre deux entreprises candidates pour une levée, on privilégiera presque toujours celle qui a un début de chiffre d’affaires.

  • Les chiffres

Montrez que vous êtes prêt. Montrez que vous êtes capable de compter et de planifier une activité qui sera rentable pour les Business Angel. Les Business Angels entrent en ayant pour but… de sortir après (voir : La levée de fonds est un mariage à durée déterminée). Faîtes des efforts sur votre plan financier, votre business plan (voici pourquoi), votre roadmap. Montrez-vous digne de confiance.

En d’autres termes, avant de lever des fonds, votre équipe doit être constituée et votre capacité d’exécution doit être prouvée. Une équipe solide et solidaire, une prévision des charges claire, un plan financier réaliste et rentable (difficile mais indispensable!), et sauf cas particuliers, un début de traction, sont indispensables pour une première levée de fonds.

#3 : le risque de se présenter non-préparé ?

On n’a qu’à repasser plus tard, non ?

Alors oui, vous pourrez repasser plus tard… mais dans un autre réseau, bien plus tard.

Dans le cas de la place parisienne, les principaux réseaux de Business Angels (Investessor, Paris Business Angels, BADGE, Femmes Business Angels…) ont des dealflows tendus. Dans le cas d’Investessor, sur 1000 dossiers présentés par an, 60 passent devant les investisseurs et 30 lèvent.

Un projet refusé ne passe pas deux fois. Il y a bien sûr des contre-exemples, et le leveur de fonds avec lequel on travaille (weLikeStartup, qui est lié à Investessor) a déjà fait passer deux fois le même projet… à deux ans d’intervalle.

De plus, les investisseurs parlent beaucoup entre eux, et il vaut mieux éviter de manière générale de se montrer sous un mauvais jour et mettre tout de votre côté pour vous assurer une belle présentation.


La préparation à la levée de fonds (assurer la qualité du Business Plan, mise à l’épreuve du Business Model, capacité à convaincre, à vendre votre solution à vos prospects) est capitale.

Si vous ne savez pas trop où vous en êtes par rapport à votre situation, présentez-nous votre dossier. On vous dira ce qu’il en est.

Orhiane Savarese
Startup Manager @weRaiseStartup, accélérateur de levée de fonds.

L’innovation managériale, l’enfant non (re)connu de l’innovation

 managment-innovationDe manière générale, l’innovation est associée à la technologie, elle se conçoit et se développe dans des services R&D bien normés. L’innovation dite managériale a connu un réel essor avec les nouvelles formes de management projetées par les start-ups. Que cache cette forme d’innovation ? Comment la mettre en place ? Quel est le rôle de l’humain dans cette transformation ?

De manière générale, l’innovation est associée à la technologie. Cette forme d’innovation est facilement quantifiable par le nombre de brevets déposés à titre d’exemple, elle se conçoit et se développe dans des services R&D bien normés.

L’arrivée d’internet et la révolution digitale ont vulgarisé d’autres formes d’innovation. Ces innovations permettent au travers de changements de business models ou de lancements de nouveaux services de disrupter ou d’uberiser un écosystème établi. Cependant, il s’agit toujours de formes classiques d’innovation, remarquables, mais classiques. Elles reposent sur la refonte de procédés ou l’introduction de nouvelles formes de produits ou de services.

Dans ce contexte, l’innovation managériale a du mal à être reconnue. Souvent intangible, son impact sur la performance est de ce fait difficilement quantifiable.
Il existe pourtant un rapport de cause à effet, car les innovations « tangibles » sont souvent la conséquence directe de la mise en place d’une innovation managériale.

Qu’est-ce que l’innovation managériale ?

L’innovation dite managériale ou organisationnelle est apparue dans les années 80*. Elle a connu un réel essor avec les nouvelles formes de management projetées par les start-ups. Elle est devenue également une réelle nécessité pour les entreprises souhaitant attirer et fidéliser les Millenials (génération Y).

Les piliers de l’innovation managériale
o L’humain : un salarié n’est pas un numéro. Il convient de le considérer comme un tout et de lui permettre d’exprimer ses différentes facettes et de les prendre en compte. L’entreprise devient un écosystème où chacun doit agir et avancer avec bienveillance en nourrissant une forme d’intelligence collective.
o La confiance : il s’agit d’un contrat moral entre l’entreprise et ses salariés. Les managers ne sont pas des « contrôleurs en chef », l’objectif commun est une ambition partagée où chacun joue un rôle dans la chaîne de création de valeur.
o Un leadership humble et prêt à changer : il s’agit d’un prérequis. Les plus belles innovations managériales sont portées par des leaders visionnaires qui ont su au bon moment bousculer le confort préétabli.
o Un plan ! L’innovation managériale ne se décrète pas. Il conviendra d’éviter les effets d’annonce et l’adoption des techniques à la mode.

Comment mettre en place une innovation managériale ?
o Auditer la situation. Le COMEX ou CODIR a souvent une vision biaisée de la réalité, parfois décorrélée du terrain, et répondant à des impératifs de jeux de pouvoir. Pour bien auditer, il existe différentes méthodes
o Le Shadow Comex est un bon premier pas. Il permet grâce à des jeunes, généralement hauts potentiels de comprendre les enjeux de l’entreprise. Comme le résume un dirigeant « Le Shadow Comex permet de bousculer de l’intérieur en s’appuyant sur la fraicheur des jeunes générations »
o L’Employee Experience (EX) permet au travers d’une Experience Map de dessiner le parcours de différentes typologies de salariés. Il s’agira d’identifier les points de frictions et les points d’enchantement. À l’instar d’un parcours client, l’EX permet de disposer d’une vue globale des jalons de l’expérience vécue par les salariés et de les hiérarchiser en plan d’action.
o Fixer des objectifs réalistes. L’ambition de changement de paradigme est à mettre en perspective par rapport à un certain nombre de facteurs (taille de l’entreprise, secteur, contexte, etc.). Elle est unique à chaque entreprise. L’entreprise libérée ou l’holacratie*** ne sont sûrement pas des recettes miracles.
o Bâtir un plan de déploiement séquentiel en respectant les règles de conduite du changement (engagement des parties prenantes, prise en compte des résistances internes et externes, etc.)
o Mesurer et développer un plan d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs à même de porter et mettre en exergue les résultats.

L’innovation managériale est un pilier de tout processus de transformation. Elle s’appuie sur le principe de « transformation du collaborateur » et répond à l’impératif de changement impulsé par les nouveaux usages notamment digitaux.

ILHAM MEKRAMI GUGGENHEIM / CDO & Managing Director

 

Pourquoi les startups meurent ?

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Le rayonnement de certaines startups, à force de levées de fonds et d’opérations marketing les mènera-t-il vraiment au succès ? Ou les conduira-t-il à une mort certaine ? Olivier Sabot, consultant en recherche de financements, analyse les écueils qu’une startup trouvera inévitablement sur le chemin de la croissance.

L’actualité médiatique récente a fait état de la mort de quelques “pépites”. Certaines de ces morts sont de vrais décès (Take Eat Easy), d’autres ressemblent à une réincarnation (Save ou TakeAway), d’autres encore sont des digestions (Morning). Mais dans tous les cas, ce qui était initialement un projet magnifique, porté par une équipe qui ne voyait que le ciel comme limite à son ambition, a subi un atterrissage forcé voire un crash. Alors que s’est-il passé ? Nous aurait-on menti et les startups seraient-elles mortelles ?

Les startups sont génétiquement programmées pour mourir

Une startup, comme le définit si bien Steve Blank, est une organisation à la recherche d’un business model rentable. Autrement dit, soit elle trouve un business model rentable et elle devient un papillon sortant de son cocon et se transforme en une PME “classique”, soit elle ne trouve pas de business model rentable et elle meurt, faute de cash. Car on ne le répètera jamais assez : le seul et unique moyen pour qu’une entreprise soit pérenne est d’avoir des clients qui paient pour la prestation ou le produit qu’elle vend, et il faut que ses revenus soient supérieurs à ses charges… Ainsi, qu’elle sorte du statut de startup par le haut ou par le bas, l’état de startup n’est qu’un état transitoire.

N’oublions pas les lois de la physique

Albert Einstein a postulé qu’il existait une vitesse qui ne pouvait pas être dépassée, la vitesse de la lumière. Or, lorsqu’on nous parle de croissance, les jeunes fondateurs de startups nous expliquent que, grâce aux fonds qu’ils viennent de lever, ils vont pouvoir accélérer leur croissance. Or, l’accélération est la dérivée de la vitesse. Autrement dit, on ne peut pas avoir une accélération en permanence, faute de quoi on risque de violer les lois de la physique.

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Bien entendu, il existe des relais de croissance pour passer d’un marché à un autre et ainsi continuer à croître, mais plus on croît, plus la croissance est difficile ! Donc se fixer l’hypercroissance comme stratégie est mortifère. Plus on va croître, plus il va falloir de fonds pour financer la croissance et plus cette croissance sera lente. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la croissance de Facebook : elle n’est pas linéaire, mais plutôt asymptotique. Pour résumer, il ne faut jamais oublier l’adage qu’on prête à l’empereur Auguste : “hâte-toi avec lenteur” !

Les frais fixes sont… fixes

Cette lapalissade cache une réalité que certains startuppers semblent oublier. Sans doute victimes du syndrome du loto, l’argent qu’ils viennent de lever semble leur brûler les doigts : alors qu’ils clament haut et fort qu’ils vont pouvoir “accélérer leur développement (sic)” ils recrutent à tour de bras (violant par là-même le principe de scalabilité en vigueur dans toute startup qui se respecte) et prennent (parfois) des bureaux dans les beaux quartiers, montrant ainsi à la communauté qu’ils ont “réussi” !

Seulement, les salaires et les loyers comptent parmi les frais fixes qui pèsent le plus dans une structure encore fragile et qui n’a souvent qu’un embryon de marché. Et au moindre revers, les charges continueront de courir tandis que les revenus ne seront pas au rendez-vous. Conséquence : à moins d’injecter de nouveaux fonds rapidement, l’entreprise entre rapidement en état de mort cérébrale.

Tu as fait quelle école ?

Les paradigmes ont changé. Il y a quelques années, lorsque deux personnes travaillaient dans une même entreprise, la conversation portait sur l’école dont ils étaient issus, les X, Mines et autres HEC avaient la cote et suscitaient le respect.Ce phénomène étant souvent amplifié par l’incubateur où sa startup est hébergée : si vous êtes chez The Family, Numa et maintenant Station F, tout va bien pour vous. Sinon… Aujourd’hui peu importe l’école, ce qui compte c’est combien on a “réussi à lever”, comme si la capacité à lever des fonds était une qualité.

Bref, le risque lorsqu’on se focalise sur ce genre de choses plutôt que de passer du temps sur la route à chercher des clients, est qu’on oublie l’essentiel, la raison même pour laquelle on a créé sa boîte : être profitable.

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Bien entendu, ce ne sont pas les seules raisons pour lesquelles une startup meurt. C’est comme pour les accidents d’avion, il y a rarement une cause unique. Toutefois, si on perd de vue l’essentiel, à savoir qu’une entreprise est là pour avoir des clients et faire du profit et que l’arrivée d’investisseurs n’est pas une fin en soi, mais sert uniquement à donner un coup d’accélération efficace, on passe à côté de l’essentiel.

Si on ne respecte pas ces règles de base, on ne développe pas une entreprise, mais on fait la fête en brûlant l’argent des autres… et on meurt.

par 

Le capital-risque est-il “toxique” ?

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Jean-David Chamboredon, CEO d’ISAI et co-president de France Digitale, revient dans un post LinkedIn sur l’éventuelle toxicité du capital-risque, de plus en plus souvent soulignée par certains entrepreneurs qui lui préfèrent une croissance organique.

Cela fait plusieurs mois que je me dis qu’un “post” pédagogique sur ce sujet serait le bienvenu. Nous avons en effet, d’un côté, un écosystème “Venture” en France qui est “booming”: les levées de fonds se multiplient avec des tours de table de plus en plus “à l’Américaine”. Nous venons même d’assister (comme si Paris se trouvait entre la 101 et la 280 ou juste au sud de Market St à San Francisco) à la première sortie en centaines de millions de dollars d’une très jeune société rachetée pour sa technologie et son audience non monétisée : je veux parler de zen.ly qui a rejoint la semaine dernière l’anti-portfolio d’ISAI

De l’autre, les témoignages d’entrepreneurs “avisés” abondent expliquant pourquoi ils n’ont pas levé de fonds auprès de la confrérie du capital-risque et un certain de nombre de “crash” sont rapportés par les média relatant comment telle ou telle startup a dû jeter l’éponge quelques trimestres après une levée de fonds jugée pourtant spectaculaire et prometteuse lors de son annonce…

Si l’on adopte un point de vue “macro”, l’afflux de capital que connaît notre écosystème aura deux grandes conséquences :

  • Un certain nombre de startups tricolores beaucoup mieux financées qu’elles ne l’auraient été il y a quelques années vont pouvoir connaître une trajectoire beaucoup plus ambitieuse et revendiquer dans quelques années un leadership européen voire mondial alors qu’être simplement sur le podium européen aurait été leur meilleur destin sans les moyens additionnels qui leur sont donnés. La prime stratégique attachée à une position de leader sera révélatrice d’une création de valeur supérieure (pas forcément en multiple mais certainement en valeur absolue). Cette création de valeur sera synonyme de création d’emplois, de croissance du PIB et de capacité de l’écosystème à réinvestir dans des projets de plus en plus ambitieux…
  • Un certain nombre de “fails” viendront écorner cette logique pourtant vertueuse. Certains entrepreneurs et investisseurs devront prendre leurs pertes. Les media se feront l’écho des mises en liquidation ou “ventes à la casse” de startups désignées pourtant comme des pépites quelques temps auparavant. Les secteurs ou “business models” concernés seront (totalement ou partiellement) mis en jachère par mes confrères le temps de digérer ces mauvaises pilules…

La résultante de ces 2 phénomènes sera positive pour les entrepreneurs à succès et pour les investisseurs qui auront su construire leur portefeuille avec un mix “success/ failure” favorable. Le rendement marginal d’un euro de capital connaitra sans doute un plafond voire un recul mais l’écosystème aura connu un changement d’orbite quantique et la ParisTech sera sans nul doute installée au cœur du top 10 mondial (avec quelques clusters Américains comme LA, NYC, Boston… et des villes-capitales comme Londres, Tel Aviv…).

Si l’on prend maintenant le point de vue de l’entrepreneur (et de ses investisseurs “early stage” qui sont dans le même bateau), faire partie des succès est une aspiration plus que légitime mais monter à bord de la voiture-balai des “fails” pourrait in fine être le verdict de nombreuses années d’espoir et de sacrifice…

On peut bien évidemment éviter cela en ne recourant pas au capital-risque, en adoptant un modèle autofinancé (faible injection de capital au départ puis éventuel financement complémentaire via de la dette) et en adaptant en conséquence son taux de croissance.

Hors exception (et il y en aura toujours), la trajectoire suivie ne sera pas alors celle de l’hyper-croissance, l’horizon de temps pour émerger en tant que leader ne sera pas volontariste, l’ambition (que d’aucuns jugeront comme très saine) sera avant tout de prospérer sans faillir…

Si l’on décide malgré tout de rentrer dans la catégorie des “VC backed companies”, il faut en accepter les règles du jeu mais également en connaître les pièges…

Chez ISAI, en tant que plus gros fonds d’entrepreneurs Français et en tant qu’investisseur en capital-risque intervenant en “seed” et “post-seed”, nous avons avec les entrepreneurs que nous finançons un dialogue nourri sur ces différents pièges. Nous considérons de notre devoir (et de notre intérêt) d’alerter et d’anticiper sur la bonne façon d’écrire une “equity story” dont les entrepreneurs ne seront pas les dindons de la farce… Si l’entrepreneur était un pilote de rallye automobile, nous serions un co-pilote lui annonçant les virages en épingle à cheveux et les risques de plaques de verglas… Nous voulons éviter (et pourtant cela nous arrive) que nos entrepreneurs finissent la course dans une dépanneuse !

Je résume souvent la guidance que nous donnons à nos entrepreneurs à l’oxymore latin “festina lente !” (“hâte-toi lentement !”). Oui il faut aller vite, délivrer de l’hyper-croissance (plus de 100% pendant plusieurs années de suite) et se mettre en position de revendiquer successivement un leadership local, continental, international… Non, il ne faut pas se laisser griser par une levée de fonds record, un “post” laudatif dans Techcrunch ou surtout par un “sustainable business model” qu’on finira bien par trouver… La lucidité dont saura faire preuve à tout moment l’entrepreneur sera décisive en cas d’adversité et je ne connais aucune histoire entrepreneuriale à l’abri de toute adversité !

Comme le dit justement Xavier Niel, les premières années des startup en France sont dorénavant assez faciles : subventions, financements et assistances diverses (ex : incubation/accélération) sont disponibles pour “donner sa chance au produit”. Après, il faut savoir nager dans le grand bain puis survivre et réussir en haute mer au milieu des paquebots et des requins…

Si j’essayais de recenser toutes les erreurs à ne pas faire et tous les phénomènes adverses à anticiper, ce post deviendrait un livre (que j’écrirais peut-être un jour)… mais puisqu’il s’agit ici de répondre rapidement à la question d’une éventuelle malignité du capital-risque, concentrons-nous pour finir sur ce que peut être un tour de table “toxique”. On peut, en fait, le repérer en répondant aux questions suivantes :

  1. Les entrepreneurs et les investisseurs existants et nouveaux sont-ils tous conscients des éléments qui restent à “craquer” pour construire un business pérenne ?
  2. La valorisation “post-money” et le “cash burn rate” projeté sont-ils compatibles d’un refinancement externe voire d’un refinancement interne ?
  3. Existe-t-il un plan B activable par anticipation qui permettra d’allonger le “runway” ou de s’approcher du “break even” en cas de sous-performance ou de difficulté non résolue ?

Si la réponse à ces trois questions est “non” ou “I don’t care”, l’entrepreneur devrait voir apparaître, dans son rétroviseur, une voiture-balai ou une dépanneuse dès lors que la trésorerie de sa startup descendra en dessous de 6 mois de “runway” !

Mieux vaut, à mon humble avis, s’être posé lucidement et en profondeur toutes ces questions en amont dudit tour de table .

par 

Startups : Pourquoi ont-elles peur de la vérité ?

mensonge entrepreneur startup
Tout est parti d’une conversation autour d’une bière dans un bar. Une discussion avec un ancien dirigeant de startup. Tout ce qu’il y a de plus banal. Mais voilà que lorsque l’on aborde son échec récent, il annonce un nombre de téléchargements de son application mobile qui m’interroge. J’ai eu comme la sensation que, malgré l’abandon de ce projet, il était encore dans le déni d’une réalité qui a causé sa perte. Je tente alors un fébrile : « non, c’est ce que tu dis aux autres, mais réellement combien de téléchargements avez- vous eus ? » Sûrement sous l’effet de l’alcool, voilà que le chiffre annoncé est divisé par trois. À croire que l’on « ment » avec les startups comme ce simple adolescent en quête d’une première aventure amoureuse qui se prend pour Casanova devant ses amis. Mais pourquoi les startups ressentent- elles le besoin d’enjoliver à outrance la réalité ? Pourquoi l’écosystème semble- t-il s’accommoder ce cette réalité ? Pourquoi les startups ont-elles si peur de la vérité ? Analyse.

 

Les startups et le mensonge

Il y a quelques années, une étude menée par Robert Feldman, psychologue à l’Université du Massachusetts, à Amherst, a révélé que soixante pour cent des adultes qui tenaient une conversation de plus de dix minutes mentaient au moins trois fois à leur interlocuteur. Un chiffre impressionnant, mais qui ne surprend pas. Combien de célibataires doivent l’amour à une photo retouchée ou améliorée ? Combien de consultants juniors doivent leur recrutement à un CV enjolivé ? Combien de startups doivent leur premier client à une « démo vidéo » montée de toute pièce ? En règle générale, les gens mentent pour éviter une punition, c’est le mythe du détecteur de mensonges dans les films. Une situation que l’on rencontre peu dans l’écosystème d’après Boris Golden, principal chez Partech Ventures : « il y a très peu de mensonges, me semble-t-il. En revanche, il peut souvent y avoir des raccourcis, des non-dits, des ambiguïtés volontaires ou des exagérations qui traduisent un arrangement avec la réalité qui relève d’une technique un peu agressive de marketing. » Cela rejoint la deuxième raison pour laquelle les gens mentent : se sentir valorisés, créer une bonne impression ou encore dissimuler quelque chose.

Ambition débordante ou mécanisme de défense ?

« Si l’arrangement avec la vérité n’est pas conséquent et se fait dans la cadre d’une stratégie assumée pour passer les premières étapes avant de construire une relation plus pérenne avec un client ou un investisseur, c’est de bonne guerre. Il faut juste être honnête dans la démarche et assumer, » explique Boris Golden. Une approche que l’on retrouve chez Jérémy Guillaume, CEO de Snapkin, une startup qui développe une solution de modélisation 2D/3D automatique ; selon lui, l’entrepreneur essaye inconsciemment de coller à un schéma qu’il voit tous les jours. On a tendance à être dans le surréalisme. Je pense que l’ambition prend le pas sur la réalité. Ces petits mensonges sont aussi le résultat d’un mimétisme vis-à-vis des États-Unis et de leur culture ultra-enthousiaste, ultra-positive. « Certains fondateurs se sentent parfois incités de suivre les tendances, et d’utiliser des buzzwords répandus dans la presse tech ou Medium. En ce moment, si tu ne mets pas un peu d’intelligence artificielle dans ton pitch…» note Pauline Roux de chez Elaïa Patners. Il y a une tendance naturelle, voire parfois une nécessité chez beaucoup d’entrepreneurs à s’arranger un peu avec la réalité. Mais ils n’en ont pas l’apanage : sur Tinder, les gens affichent bien leur meilleur profil. La nature ultra-enthousiaste et optimiste de beaucoup de bons entrepreneurs, et la nécessité de devoir renvoyer une image très positive sont des drivers importants. « Ils ne voient que le verre à moitié plein. Ils rendent l’impossible possible, donc parfois ils flirtent avec la limite » insiste Boris Golden. Mais nul ne peut condamner ces entrepreneurs qui osent exagérer, détourner ou déformer la réalité car contrairement à ce qui est enseigné à nos petites têtes blondes, il est parfois nécessaire de mentir. Pour Jérémy Guillaume, « c’est un mécanisme de défense de l’entrepreneur. En réalité, l’entrepreneur se voile la face. Il se concentre sur les choses positives car il est obligé de garder le cap. Quand il a une équipe derrière lui, des investisseurs et une couverture médiatique, il est impossible de ne pas s’arranger avec la vérité quand tout va mal ».

 

startup mensonge

Une sorte de pression sociale que Simon1, CEO d’une startup qui a levé un million d’euros et compte une équipe de 15 personnes, ressent aussi. « Quand on me demande si ça va, je ne peux pas dire que je paye les salaires avec minimum 5 jours de retard et que si notre levée de fonds ne se signe pas dans les délais prévus, on ferme. Sinon derrière je ne peux plus recruter, » explique-t-il. Donc Simon dit que tout va bien et renforce ses propos avec des pourcentages. « Si j’annonce 50% de croissance, c’est vrai. Mais 50% de croissance quand tu pars de 0… ce n’est pas la folie.» En entrepreneuriat, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Il faut séduire, fédérer, donner confiance et parfois orienter les décisions des autres pour qu’elles soient profitables à son entreprise. L’entrepreneur a-t-il d’autres choix alors que d’adapter un discours en l’améliorant et en le rendant excitant pour son interlocuteur ? Revenons à l’étymologie latine du verbe « séduire » : seducere, qui signifie « détourner du droit chemin ». De quels autres moyens qu’une exagération ou un arrangement avec la vérité l’entrepreneur dispose- t-il ? Pour les chiffres, Georges Frêche, ancien président de la région Languedoc Roussillon disait : « je ne mens pas avec les chiffres, c’est juste que je ne les retiens jamais, donc je donne ceux qui m’arrangent ». Une citation devenue mantra dans une multitude d’espaces de coworking. Le mensonge est un acte défensif qui a pour but de ne pas perdre l’intérêt de la personne qui se situe en face de nous ». C’est le jeu. Les médias, les investisseurs, les partenaires, les clients, tout le monde en fait des tonnes. Qui soutiendrait une startup dont le fondateur dirait qu’il n’a pas de client, qu’il ne parvient pas à fédérer et que ses signes de tractions sont ridicules ?… personne. Claudine Biland, psychologue, explique que mentir n’exclut pas la sincérité. « La sincérité n’a en effet rien ou presque à voir avec la vérité : elle dépend de la façon dont nous désirons nous positionner par rapport à l’autre. C’est pour cela que de nombreux pitchs de startups sont exagérés et que les personnes en face ne relèvent pas ces exagérations. En effet, la sincérité de la démarche et de l’ambition justifie presque ces petits mensonges ».

L’écosystème est-il complice de ces mensonges ?

D’après Pauline Roux, « Il arrive à des sociétés d’exagérer leurs chiffres, donc l’écosystème a tendance désormais à hair-cutter les chiffres par deux. Donc, malheureusement, si une société veut donner les vrais chiffres, elle s’expose à ce qu’ils soient discountés. » Selon Claudine Biland, le surplus d’information actuel crée un cercle vicieux. Plus on nous en dit et plus on veut en savoir, mais aussi, plus on doute de la véracité de ce que l’on nous révèle ! « Les startups ont peur de la vérité, car la vérité les ramène à leurs propres démons. La peur de l’échec, les difficultés quotidiennes ou encore la poursuite d’objectifs trop ambitieux. Mais au-delà de l’entrepreneur lui- même, c’est l’écosystème global qui est dans cette dynamique d’exagération. Quand les valorisations et les levées de fonds s’emballent, quand les incubateurs avancent tous des chiffres de startups « incubées » ou encore quand les politiques en font un peu trop avec l’innovation et les startups » confie le responsable de l’accélérateur d’un grand groupe. Pour Simon*, le problème réside dans l’hyper communication autour des startups. Il fustige notamment les classements des médias. « C’est un contenu facile pour les médias, car les gens veulent savoir quelle startup est à la mode ou ne l’est pas, sauf que 80% de ces classements sont payants. Donc même une startup qui n’avance pas peut figurer dans les « 50 startups qui vont changer vos vies » et continuer de faire croire que tout va bien pour 3000€. Tout le monde surjoue, à toutes les échelles. »

Les mensonges des startups sont-ils acceptables ?

Pour Freud, « le mensonge est lui-même vérité : vérité d’un désir ». Et c’est bien la différence entre les mensonges de l’entrepreneur qui ont pour but de fédérer et de démontrer une ambition, et les mensonges qui ont pour but de tromper. Selon Boris Golden, « l’entrepreneur va jouer sur l’ambiguïté : un logo client qui n’est en fait qu’un prospect, une personne qui n’est pas dans l’équipe mais qui est juste ‘advisor’, arrondir voire exagérer quelques chiffres, mais ce n’est pas ce que l’on peut appeler un mensonge. Si l’entrepreneur explique clairement la situation lorsqu’on l’interroge et que cela ne met pas en doute le reste de ce qui est communiqué, ce n’est pas rédhibitoire à mon avis. » De son côté, Jérémy Guillaume explique qu’« il y a une sorte de mensonge par espérance » qui ne peut en aucun cas être reproché à l’entrepreneur. Il y a un curseur à ne pas dépasser. Qu’il s’agisse d’un fonds d’investissement, d’un client ou d’un partenaire, l’acceptation dépendra du niveau d’inexactitude. Il ne faut pas que cela puisse nuire à la création d’un lien de confiance véritable entre l’investisseur, le client, le partenaire et l’entrepreneur. Il est impossible de travailler avec une personne dont chaque affirmation est douteuse et doit être vérifiée. Pour Simon*, « c’est aussi un moyen de ne pas passer des heures à justifier des broutilles. Si embellir une courbe en l’analysant sur le trimestre plutôt qu’au mois me permet de garder la confiance de mes investisseurs et de ne pas perdre trois heures, je le fais. » Un discours tempéré par Jérémy Guillaume. « On peut rester 100% honnête et il faudrait qu’on le reste. Mais ce n’est pas la norme actuelle, quand je vois des boîtes annoncer des « x50 »… elles se voilent la face et abîment l’image des startups. » Car c’est une voix qui commence à se faire de plus en plus présente dans l’écosystème. Les « mensonges » et la vision « bisounours » de l’entrepreneuriat commenceraient à agacer plus d’un entrepreneur. Il faut dire que l’écosystème startup, bien que « tendance », s’attire aussi les foudres d’un public qui assure que l’entrepreneuriat est une aventure difficile et qu’il serait irresponsable de faire croire le contraire. « On explique que c’est facile d’entreprendre, que tout le monde peut devenir entrepreneur, et que la liberté est totale. C’est faux. Il est temps de faire comprendre aux gens ce qu’est l’entrepreneuriat. Sinon, une fois lancés, ils pensent être les seuls à avoir du mal et n’oseront pas en parler. On cache la réalité, car on veut tous coller aux messages véhiculés » d’après Jérémy Guillaume. Les vrais entrepreneurs ne se voilent pas la face. Ils assument la réalité. Les entrepreneurs qui galèrent ont conscience de ça, mais ils restent positifs, ils se mettent dans une posture dans laquelle le marketing et la communication prennent le pas sur la réalité. Comme une question de survie face à la hype startup.

boris golden mensonge

La vérité gagne toujours, surtout en business

Si mentir apparaît comme une nécessité, l’expression « enjoliver la vérité » paraît plus appropriée à l’univers startup. En effet, les entrepreneurs ne mentent pas délibérément. Ils se mettent en posture de représentation, en posture de séduction ou en posture d’auto- défense. D’après Boris Golden, « un vrai mensonge peut griller une boîte. Il y a une réelle différence entre avoir du culot et être malin, et mentir ou arnaquer quelqu’un.» Et ça, les entrepreneurs le savent. Un mensonge démontre un manque de rigueur, d’éthique. Dans l’absolu, si l’entreprise marche bien, il n’y a pas de raison d’exagérer. Il faut donc être très prudent et avoir d’excellentes raisons pour se permettre quelques exagérations. Des incubateurs et accélérateurs commencent d’ailleurs à prendre le problème au sérieux. Beta-i, l’accélérateur phare de Lisbonne a mis en place des rendez-vous pré-pitch au cours desquels il n’est jamais question du projet d’entreprise. « Si comme moi, vous pensez que l’esprit d’entreprendre est une maladie, alors le mensonge est l’un des symptômes? J’ai rencontré très peu de menteurs pathologiques, mais avec les startups je me suis mis à mieux comprendre la différence entre l’illusion de soi et la tromperie. Personne ne peut effectivement dire si vous êtes complètement fou ou la prochaine licorne. Malheureusement, la ligne entre auto- illusion et optimisme pathologique est infime. Pour nous investisseurs, les premières interactions que nous avons avec les startups sont au sujet des fondateurs et pas de l’idée, donc nous savons rapidement si le fondateur est un menteur ou non. S’il l’est, c’est fini. Quant à ceux qui se mentent à eux-mêmes…c’est aussi notre rôle de les remettre sur le droit chemin » estime Nuno Machado Lopes, directeur du programme Lisbon Challenge. En France, si aucun processus clair n’est mis en place, les fonds s’adaptent à cette tendance.« Notre job c’est de détecter en 1h30 les startups prometteuses, donc on part du principe que la techno marche et que les chiffres annoncés sont corrects. Mais la première indication pour savoir si une personne exagère un peu trop, c’est le background de l’équipe. Par exemple, si la technologie nécessite de la R&D et qu’aucun de l’équipe n’est ingénieur dans le domaine ou a des années d’expérience par exemple, ce n’est pas bon signe, estime Pauline Roux. On peut alors essayer de détecter des incohérences, des manques. On peut par exemple, poser quasiment la même question deux ou trois fois et de noter la cohérence des réponses. Les chiffres, la techno, les clients sont importants dans notre analyse, mais le point d’alerte peut aussi être l’incohérence ». La valeur ajoutée du VC* réside dans le nombre de dossiers qu’il voit passer. Avec près de 1500 dossiers par an, la probabilité de rencontrer des dossiers « similaires » augmente. Au dixième projet évalué, les investisseurs sont plus alertes qu’au premier. Ils ont plus d’éléments de comparaison. L’idée est aussi de poser les questions qui font mal, car le VC généraliste ne peut pas maitriser tous les sujets. Chez Elaïa Partners, par exemple, ils n’hésitent pas à faire appel au réseau de startups financées pour mettre les entrepreneurs qui recherchent des fonds face à des experts de leur marché ou de leur technologie. « Pour notre première levée de fonds, on « survendait » tout et on avait beaucoup de mal, je répondais souvent à côté des questions, les rendez-vous s’enchaînaient sans vraiment aboutir. Puis un jour, j’ai décidé de jouer cartes sur table et on a levé, » confie Jérémy Guillaume. #NoFilter

Alors, pourquoi se voiler la face ?

« On essaie d’informer les startups que l’on finance sur le fait que leur objectif reste de créer un business pérenne et non pas de faire la plus grosse levée de fonds et la Une des magazines. Même s’il faut jouer le jeu de la presse et des événements, être partout est aussi un risque, car les gens peuvent être déçus si la startup ne tient finalement pas ses promesses, » explique Pauline Roux. Là réside le problème. Il n’est pas possible de tous s’accorder sur ces petits mensonges, ces superlatifs et autre exagérations et dans le même temps s’étonner du nombre d’échecs de startup. Il n’y a pas pire que de faire croire à un projet lambda qu’il est exceptionnel. La chute n’en est que plus terrible. Le plus difficile dans l’entrepreneuriat, c’est d’accepter que tout ne se passe pas comme prévu, que tout ne fonctionne pas et que tout ne soit pas de sa faute. Etienne*, directeur d’un incubateur, explique : « l’écosystème dans son ensemble exagère. Les entrepreneurs sont les premiers mais le message envoyé par les incubateurs, les politiques et les médias n’est pas le bon. Tout le monde en fait des tonnes pour justifier une politique pro-innovation qui ne porte pas encore ses fruits.» L’autosatisfaction du nombre de startups envoyées au CES de Las Vegas 2017 vient renforcer cette tendance. Comment est-il possible de se vanter d’être la deuxième délégation représentée à ce salon alors que la France ne parvient pas à être leader européen en termes de licornes (2 licornes françaises quand l’Allemagne en a 4 et le Royaume-Uni 8) et d’investissement (la première place se dispute entre la France et le Royaume-Uni) ? L’entrepreneur se retrouve coincé dans un écosystème qui cherche désespérément le nouveau Google, quitte à en faire trop. Quand il pousse à la création à outrance avec une stratégie de masse, l’écosystème espère qu’il y aura bien une ou deux startups qui perceront. Une fois de plus, la quantité semble l’emporter sur la qualité. « À titre personnel, je considère que des exagérations relevant d’une forme de marketing intelligent et assumé, mais ne travestissant pas en profondeur la réalité, sont acceptables en « début de funnel* », pour susciter l’intérêt, mais pas dans la suite de la relation, » confie Boris Golden. De son côté, s’il reconnaît être déçu que les entrepreneurs ne s’expriment pas toujours sur les difficultés qu’ils ont eues, sur les déboires qu’ils ont pu connaître et sur la dure réalité de l’entrepreneuriat, Jérémy Guillaume pense que « c’est très humain de ne garder que le positif. C’est un réflexe logique pour l’entrepreneur qui est positif par nature. Mais c’est vrai que cela véhicule une image de l’écosystème startup plutôt éloignée de la réalité. » Il faut en avoir conscience pour comprendre cet écosystème startup que beaucoup ont tendance à idolâtrer. Toutes les idoles ont leur part d’ombre. À croire que les petits mensonges servent de parasol aux startups. Et quant à ceux qui assurent être honnêtes, Christine de Suède disait : « il n’y a pas de plus grands menteurs que ceux qui affirment ne jamais mentir ».

Tous propos recueillis par KB. 
*Certains prénoms ont été changés.

“Pour construire une équipe performante, pensez diversité plutôt qu’uniformité ! “

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Il est naturel de s’entourer de personnes qui pensent de la même façon que soi, partagent les mêmes centres d’intérêt, ou ont un profil similaire au nôtre. C’est rassurant et confortable. Si la maxime « qui se ressemble s’assemble » s’applique parfaitement à notre vie sociale, elle peut ruiner la stratégie de management des talents d’une entreprise. Alors, comment attirer ses contraires ?

Pour construire une équipe performante, pensez diversité plutôt qu’uniformité ! Recherchez des personnes qui pensent différemment, aux centres d’intérêts et parcours variés. L’atypisme ne peut pas se réduire au parcours scolaire. L’atypique est d’abord celui qui sort de la norme d’une entreprise, à commencer par sa façon de penser et d’aborder un problème.

Lorsque vous cherchez de nouveaux talents, souvenez-vous, comme l’a si bien dit Michael Jordan : « Le talent fait gagner des matchs, le travail d’équipe et l’intelligence font gagner des championnats ». Lorsque les membres de votre équipe pensent différemment, la qualité de leurs échanges n’en est que meilleure. Et si, en plus, leurs compétences sont complémentaires, alors l’impossible devient possible. Dès 1985, Michael Porter nous expliquait dans son œuvre The Competitive Advantage: Creating and Sustaining Superior Performance que la différentiation constituait le dernier levier de compétitivité de l’entreprise.

Plus d’agilité pour résoudre des problèmes complexes

La mondialisation et les avancées technologiques ont rendu les problèmes des entreprises plus complexes. Par exemple, chez Talentsoft, nos 600 collaborateurs vivent dans 20 pays différents. Chacune de nos équipes est responsable d’un domaine précis : ventes, R&D, produit, marketing, finance…

Si un problème complexe se présente avec un client, il affectera plusieurs équipes : comptabilité, projet, produit, marketing, service client…Pour le résoudre, on a besoin que les représentants de chaque équipe travaillent ensemble. La dernière chose dont nous avons besoin est d’avoir des personnes qui pensent de la même façon.

Un environnement favorable à l’innovation

Les innovations sont souvent le fruit du hasard, le résultat d’une expérimentation. Pour créer cette dynamique, vous avez besoin d’une équipe qui est en mesure de confronter des points de vue variés.

Assemblés intelligemment, les membres de l’équipe expriment leurs oppositions de manière constructive. Sans cette confrontation d’idées, il n’en sortira rien de nouveau. Si vous mettez autour d’une table un groupe disparate de personnes pour résoudre un problème, les antagonismes vont s’exprimer, et c’est là l’origine de toute innovation. Dans son Ted Talk, l’homme d’affaires et homme politique britannique Matt Ridley nous indique que, quand « les idées font l’amour », alors il est possible d’innover.

En recrutant des profils identiques plutôt que de chercher des candidats aux personnalités, parcours et compétences variés, vous mettez à mal la capacité d’innovation de votre entreprise. Et plutôt que de cultiver un environnement de dialogue et de challenges, vous vous condamnez à vous répéter.

Dans son ouvrage The Rainforest: The Secret to Building the Next Silicon Valley, Gregg Horowitt parle de la forêt vierge comme métaphore de la diversité en entreprise. L’innovation jaillit dans les frictions du quotidien.

Des compétences collectives nécessaires pour atteindre vos objectifs

De nombreuses entreprises ont effectué un virage à 180° dans leur stratégie de management des talents, où les recruteurs ne pensent plus en termes de rôle ou de poste, mais de compétences collectives nécessaires pour atteindre les objectifs de l’entreprise. Il s’agit aussi de cesser de cantonner les collaborateurs à leur seule fiche de poste.

Pour trouver ces compétences collectives, vous avez besoin de personnes qui travaillent différemment les unes des autres. Des personnes empathiques avec de nombreuses qualités humaines, essentielles pour communiquer et créer des relations. Mais aussi des personnes plus rationnelles, à même de mener des négociations. Vous avez besoin de rêveurs pour viser l’impossible et de personnes plus pragmatiques pour s’en approcher.

Le vrai but du management des talents devrait être la recherche de diversité, non pas parce que c’est bien, mais parce qu’elle apporte un véritable avantage concurrentiel à votre entreprise. Alors armez-vous de courage et osez assumer les contradictions, les personnes vous poussant dans vos retranchements, ce sont peut-être elles qui feront la différence lors des matchs décisifs.

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Arrêtons de glorifier l’échec !

échec startup

Fut un temps, j’étais persuadé que l’échec était positif, qu’il servait uniquement de tremplin et que les entrepreneurs qui n’avaient pas échoué ne pouvaient pas réussir. Je le crois toujours, mais beaucoup moins. Pourquoi ? Parce que j’ai échoué… et c’est nul en fait.

En fait l’échec c’est comme les startups, il y a le discours de surface, tout beau tout rose et la vérité qui est, elle, beaucoup moins jolie. Si les entrepreneurs, ou grandes personnes de ce monde parlent de l’échec quand elles ont enfin réussi, et pas avant, ce n’est pas anodin. Les Niel, Jobs, Churchill et consorts font (faisaient. RIP) preuve d’une hypocrisie totale à ce sujet. Bizarrement on n’a jamais entendu Lionel Jospin parler de l’échec de 2002… Bref. Non, il ne faut pas glorifier l’échec. Pour plusieurs raisons, dont voici les principales.

« On ne craint pas ce dont on rigole »

À trop glorifier l’échec, on l’a rendu banal…Pourtant, 50 % d’échec à 5 ans en France pour les entreprises, ce n’est vraiment pas une banalité.

Lors de mon stage en Licence, mon tuteur qui était plutôt tyrannique avec ses collaborateurs m’a dit « Je ne veux pas qu’il m’apprécie. On ne craint pas ce dont on rigole ». Pour l’échec c’est pareil. Si vous avez déjà assisté à une conférence sur l’échec, l’humour y est prédominant. C’est bien connu, le rire est la meilleure des défenses. Sauf que l’échec lui ne plaisante pas. Le nombre de startuper qui ne craignent pas l’échec me laisse perplexe. Comment peut-on entreprendre, faire des sacrifices, s’endetter et se dire que si cela échoue ce n’est pas grave ?

Ce qui ne tue pas rend plus fort… ou pas !

À trop glorifier l’échec, on l’a rendu banal. Et qu’est-ce qui nous effraie moins qu’une banalité si ce n’est une autre banalité ? Pourtant, 50 % d’échec à 5 ans en France pour les entreprises, ce n’est vraiment pas une banalité.

Glorifie-t-on l’échec pour masquer notre incompétence à le traiter ?

La levée du tabou de l’échec favorise l’abandon.

La réponse est oui ! J’aurais pu m’arrêter là, mais je vais m’expliquer quand même. Le nombre d‘échecs d’entreprise est en constante augmentation et qu’a-t-on mis en place pour essayer d’endiguer ce phénomène ? Pas grand-chose. On a bien vu l’apparition de quatre associations pour accompagner les entrepreneurs après l’échec et l’apparition d’événements qui dédramatise l’échec. Donc oui, on glorifie et on accompagne les entrepreneurs après l’échec. On a même enlevé l’indicateur banque de France 040 qui signalait un entrepreneur qui avait déposé le bilan comme un aveu d’impuissance. Ce qui me dérange, c’est notre capacité à agir toujours après les choses. Pourtant plusieurs mécanismes nous permettraient de minimiser le nombre d’échecs.

Tout d’abord que l’on arrête de pousser tout le monde à la création d’entreprises. Au risque de vous décevoir, tout le monde n’a pas les épaules, les compétences ou simplement les motivations nécessaires à la réussite d’une entreprise. Ensuite, que les structures d’accompagnements à la création « challengent » beaucoup plus leurs projets et que le business model de ses structures évolue pour qu’elles aient un véritable intérêt à la création d’entreprises à succès. Et non pas juste à la création. Enfin, que l’on forme mieux les nouvelles générations d’entrepreneurs et que l’on comprenne enfin que l’entrepreneuriat ne s’apprend pas dans des livres, mais sur le terrain et au contact d’entrepreneurs.

Puis dans un pays où la réussite est critiquée et enviée, glorifier l‘échec nous permet de continuer à croire en ce lieu commun selon lequel « l’important c’est de participer ». Désolé, mais l’esprit Coubertin n’a pas sa place en entrepreneuriat.

La fin du tabou, une bonne chose ?

L’esprit Coubertin n’a pas sa place en entrepreneuriat.

Il y a peu, l’échec était tabou. Puis la Failcon, les articles de blogs et autres infographies opposant la France et les USA ont essayé de nous convaincre que l’échec n’était pas tabou chez l’oncle Sam alors qu’il l’est, et qu’il était le principal frein à la création d’entreprises en France. Il l’est aussi. On s’est juste planté dans la traduction de la multitude de mantras pro-fail qui nous inondent from Silicon Valley.

En fait, si tout le monde se réjouit du fait qu’il ne soit plus tabou, c’est par voyeurisme. Un voyeurisme qui nous pousse à essayer de comprendre comment l’autre s’est planté et savoir ce qu’il ne faut pas faire.

Le tabou était aussi dû à l’argent. Les entrepreneurs qui perdaient la moitié, voire les trois quarts de leur capital dans l’échec de leur entreprise, sont une espèce en voie de disparition. C’est tant mieux. Mais le faible coût de la création d’entreprises est aujourd’hui une barrière de moins à l’échec. Pourquoi se battre pour réussir à tout prix quand vous n’avez mis que 10K€ dans votre boîte ? Profitez-en au contraire pour sortir de votre zone de confort et prendre le plus de risque possible. La levée du tabou de l’échec favorise le partage d’expérience, les tentatives désespérées, mais aussi, et surtout l’abandon. It isn’t a good thing. 

Une partie du processus, mais pas un objectif

L’échec fait partie de l’entrepreneuriat, mais il n’est pas et n’a jamais été un objectif. Il n’est pas non plus l’ami de l’entrepreneur. Et malgré ce que disent beaucoup de personnes, la part de responsabilité de l’entrepreneur est établie dans tous les échecs, alors évitez-les.

Sachez que dans la Silicon Valley, que l’on idéalise tant, l’échec n’est pas attendu avec impatience ou célébré. Lors d’une FailCon, un investisseur a dit « Vous devez éviter l’échec à tout prix. En revanche, apprendre de celui des autres et les battre.» On est donc très loin de l’apologie de l’échec annoncée. 

Ce qui fait partie, du processus n’est pas toujours positif. Je peux citer les Prud’hommes, les découverts bancaires, les licenciements, les difficultés entre associés… J’arrête là.

L’échec n’est pas bon. Il ne doit pas le devenir. Nous devons craindre l’échec pour éviter qu’il ne devienne une option, une porte de sortie ou une échappatoire, comme il peut déjà l’être. « Sans échec la réussite serait dénuée de sens » alors respectons l’échec, mais ne glorifions que la réussite.

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De la startup à la scaleup, comment réussir sa transition ?

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Grandir est l’obsession de toutes les startups. Mais cela pose différents défis : préserver l’ADN et la culture de son entreprise, rester innovant tout en structurant les process et s’entourer des bons interlocuteurs pour accélérer sa croissance. Matthieu Echalier, directeur général de GAC Technology, éditeur de logiciels de pilotage et d’aide à la décision, partage ses bonnes pratiques pour favoriser le passage de l’état de startup à celui de scaleup.

Alors que la France pousse à la création d’entreprises et au développement des startups, elle ne semble pas encore prête à les aider à passer le cap de la scaleup. Très sensibles  à l’amorçage du projet, l’écoute et la bienveillance des structures d’accompagnement semblent se dissiper lorsque la startup célèbre ses 3 à 5 ans d’existence. Cet essoufflement peut être préjudiciable, voire conduire à l’échec, si l’entrepreneur ne réagit pas rapidement et de manière adéquate.

1. Savoir s’entourer de mentors

Même si l’Etat et de nombreuses structures dédiées  accompagnent les entrepreneurs dans le lancement de leur projet, il est important d’anticiper leur retrait progressif et de savoir se constituer un réseau solide, dès le départ. Tout aussi primordial que de trouver des investisseurs, la constitution d’un réseau de mentors, capables de soutenir et de conseiller l’entrepreneur tout au long de l’évolution de son entreprise est un véritable atout. Alliés fiables et fidèles, ils permettront de garder le cap, d’affiner la stratégie de l’entreprise, joueront le rôle de conseils et prêteront une oreille attentive au dirigeant (souvent seul).

A ce titre, les Chambres de Commerce et d’Industrie peuvent être d’authentiques mines d’or. Leurs réseaux, les ateliers et les concours qu’elles organisent (tels que le Prix Pépites), peuvent servir de tremplin et de référence aussi bien à la startup qui souhaite se lancer qu’à la future scaleup qui se questionne encore sur son avenir.

2. Repositionner et rédiger sa stratégie

Le mode parfois “aventurier” de la startup conduit bien souvent les dirigeants à piloter leur entreprise à vue. Les enjeux n’étant pas généralement définis au-delà du moyen terme, il est aisé au démarrage de faire bouger les lignes sans trop impacter l’entreprise et ses collaborateurs. Mais ce mode de fonctionnement à court terme atteint ses limites dès lors que la startup grossit. Il devient alors capital de rassurer l’interne comme l’externe (investisseurs, clients, prospects) sur les perspectives de l’entreprise.

Pour cela, il faut poser à nouveau les bases et rédiger précisément la stratégie afin de l’ancrer dans le concret et dans une vision à long terme. Là encore, les mentors seront d’une aide précieuse pour trouver un équilibre entre flexibilité et structuration permettant de garder une marge de manœuvre : parvenir au compromis entre l’agilité des startups et la structuration figée des grands groupes.

Slacklining in a dramatic setting

3. Continuer d’innover

On associe souvent l’image de la startup à celle de l’entreprise innovante. L’innovation fait partie de son ADN et ne doit pas en disparaître lors de la transition. Malgré l’ampleur du chantier à mettre en oeuvre, le dirigeant se doit de poursuivre ses efforts en recherche et développement. Cela pour garder une longueur d’avance et rester compétitif.

4. Structurer ses équipes sans tomber dans l’ultra-hiérarchisation

Contrairement à ce que beaucoup affirment, le mode de travail “collaboratif” et “entreprise libérée” des startups, où tout le monde touche à tout de manière libre et responsable, n’est pas nécessairement vertueux lors de la transition vers la scaleup. A l’inverse, même. Un dirigeant opérationnel habitué à gérer son entreprise de A à Z doit se dégager du temps pour se consacrer pleinement à son business. Cette étape de réorganisation peut être difficile en termes de management. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à s’entourer de professionnels en ressources humaines, par exemple un DRH interne ou un coach externe.

Celui-ci aide à :

  • prendre du recul sur l’orientation à donner,
  • réorganiser les équipes : les spécialiser par exemple par métiers, recruter de nouveaux profils, prévoir un encadrement intermédiaire pour favoriser la communication entre les dirigeants et le reste des collaborateurs,
  • déterminer les tâches qui ne doivent plus incomber au dirigeant pour lui permettre de se concentrer sur la gestion stratégique de l’entreprise,
  • finalement, le pousser à déléguer en toute confiance à ses équipes.

Car déléguer est la clé pour une startup qui ne veut pas aller dans le mur ! Elle oblige le dirigeant à ne pas se disperser et à élargir les compétences de l’entreprise. Elle l’ouvre à des domaines dans lesquels il n’est pas forcément expert comme le marketing, la communication, la prospection commerciale, etc. Grâce à cette réorganisation, les collaborateurs, qui devaient jusqu’alors être actifs sur tous les fronts, retrouvent une plus grande sérénité. Les échanges internes comme externes sont fluidifiés. La qualité de service est maximisée. La satisfaction clients est renforcée.

En résumé, le passage de la startup à la scaleup nécessite une professionnalisation de l’approche business sans que pour autant cela implique de renier l’ADN qui lui a permis de grandir jusque-là. Le plus important reste de bien s’entourer et d’accepter d’être accompagné (ce qui n’est pas évident pour tous !) pour profiter du regard extérieur et des conseils avisés d’experts souvent beaucoup plus expérimentés.

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Le syndrome de l’imposteur : excuse ou réalité de l’entrepreneur ?

syndrome de l'imposteur

Près de 20% des cadres l’auraient ressenti au moins une fois dans leur vie professionnelle. Le syndrome de l’imposteur est défini en psychologie comme le fait de nier la propriété de toute réussite. C’est en quelque sorte le petit démon sur notre épaule qui nous rappelle sans cesse que malgré le succès que l’on peut connaitre, on est un usurpateur, et qu’un jour la terre entière s’en rendra compte.

Les personnes souffrant de ce « complexe » attribuent donc plus ou moins systématiquement leurs succès (et ceux de leur entreprise dans le cas des entrepreneurs) à des éléments extérieurs comme la chance, leurs relations, des circonstances particulières…

Si de prime abord, on peut trouver cela sympathique d’avoir un peu d’humilité face à la réussite, il s’agit en réalité d’un état de culpabilité fort, qui agit souvent comme un plafond de verre professionnel.
Les personnes souffrant du syndrome de l’imposteur réagissent souvent à ce sentiment soit en travaillant énormément (Overdoing) afin de s’auto-justifier en partie leur réussite, soit en travaillant très peu (Underdoing) pour limiter leurs chances de succès.

J’ai souvent eu l’occasion d’échanger avec des entrepreneurs, qui me confiaient ressentir parfois ce sentiment d’imposture. En effet, après avoir passé plusieurs mois voire plusieurs années à galérer, il est difficile pour un entrepreneur d’imaginer que lorsque le succès pointe le bout de son nez, il en soit vraiment à l’origine…
Évidemment la réussite tient en un ensemble d’éléments, et il n’existe aucune recette toute faite. La chance, le travail, les rencontres, la persévérance, l’équipe y sont pour beaucoup… mais l’entrepreneur est un chef d’orchestre dont le rôle consiste à coordonner le tout. Pas de chef d’orchestre, pas de musique. Et ce, même si les musiciens sont excellents, l’acoustique incroyable et le public conquis.

L’imposteur et le mensonge

L’imposteur a souvent le sentiment de mentir, à la fois sur ses propres compétences, mais aussi sur son entreprise. Et pense qu’il trompe tout le monde en le faisant. Pourtant qu’on se le dise franchement, tous les entrepreneurs sont obligés de mentir, au minimum par omission. Et c’est une question de survie! Les gens aiment les belles histoires, celles que l’on envie, celles qui font rêver.

Je me suis souvent interrogée : qu’en serait-il si l’entrepreneur disait réellement le fond de sa pensée lorsqu’on lui pose la question : « Comment va ta boite ? ». Dans la plupart des cas, je crois tout simplement que les gens penseraient que ça va mal, très mal. Alors que ce n’est souvent pas le cas. Parce que l’entrepreneur, s’il est perfectionniste et ambitieux, aura plutôt tendance à voir tout ce qu’il lui reste à accomplir, plutôt que de contempler ses réussites, existantes, mais insignifiantes, comparées au chemin restant à parcourir.

C’est clairement un exercice schizophrénique pour l’entrepreneur… Une partie de lui doit être capable de donner le change, de fêter les avancées et les victoires, car les gens ont besoin de tous les signaux positifs pour vous suivre dans votre aventure et la faire exister. Mais l’autre partie de lui doit être en mesure de garder la tête froide, pour analyser de manière très claire tout ce qu’il reste à accomplir…

Tous les entrepreneurs sont obligés de mentir, (…) car les gens aiment les belles histoires, celles que l’on envie, celles qui font rêver.

Cela crée souvent une énorme distorsion entre la manière dont vous voyez votre entreprise en tant qu’entrepreneur, et la manière dont les personnes extérieures la perçoivent. L’entrepreneur connait tout l’envers du décor et est « dans le dur » du matin au soir. Et même lorsque l’entreprise passe à l’étape suivante, les défis à relever sont toujours plus difficiles… Si certains problèmes disparaissent au fur et à mesure du développement de la boite, d’autres apparaissent, et sont souvent bien plus stressants et complexes à gérer !

Pour une grande majorité des entrepreneurs, ne mentionner que les éléments positifs de leur entreprise n’est pas considéré comme un mensonge, mais comme une nécessité. Mais pour les entrepreneurs qui sont victimes du syndrome de l’imposteur, ce petit arrangement avec la vérité est ressenti comme un mensonge terrible. Vendre à un client un produit qui n’est pas encore aboutit, ou pas parfait, annoncer des chiffres optimistes dans un business plan… est alors vécu comme une véritable escroquerie.

La limite qui existe entre l’ambition et le mensonge est parfois mince… Vous pouvez être optimiste sur vos chiffres et votre avenir, et pourtant vous ne mentirez jamais si vous pensez que cela est réalisable. Vous êtes alors ambitieux et vous essayez d’embarquer avec vous des gens qui partageront votre vision !

La chance est-elle la raison du succès ?

La chance est également un élément justifiant le succès pour un entrepreneur victime du syndrome de l’imposteur. Comment s’attribuer la propriété d’une réussite, si l’on considère que l’on a été chanceux de rencontrer telle ou telle personne qui a finalement changé le cours de notre entreprise ?

La chance est d’ailleurs la première raison invoquée par les envieux qui vont parler d’une réussite entrepreneuriale qu’ils ne trouvent pas justifiée. Vous avez déjà forcément entendu « oui, mais il connaissait telle ou telle personne qui l’a introduit », ou encore « ils ont eu de la chance, ils étaient là au bon moment au bon endroit ». L’entrepreneur victime du syndrome de l’imposteur aura tendance à considérer sa réussite de la même manière.

Que ce soit clair… La chance ne sourit qu’à ceux qui se donnent tous les jours les moyens de la saisir! La chance se pointe rarement lorsque vous avez les fesses bien posées dans le canapé. Si vous pensez que l’on peut avoir du succès uniquement parce que l’on a rencontré une personne incroyable qui a mis l’entreprise sur orbite, dites-vous bien que le talent de l’entrepreneur consiste précisément à rencontrer ces personnes, et à les embarquer dans l’aventure.

La chance se pointe rarement lorsque vous avez les fesses bien posées dans le canapé.

Quant à la question de tomber au bon moment au bon endroit, cela implique forcément une bonne dose d’instinct et de feeling. Pourquoi les autres n’ont-ils pas réussi ? Peut-être n’ont-ils jamais essayé, ou alors ont-ils abandonné avant ? Quelle que soit l’importance de la chance dans la réussite, l’entrepreneur en est toujours l’instigateur.

Il parait que le syndrome de l’imposteur touche surtout les surdoués et les autodidactes… Il est très important de différencier le doute, sentiment provisoire existant vis-à-vis d’une situation donnée, d’un syndrome de l’imposteur qui est lui un état permanent.

Vous vous sentez concerné par ce sentiment d’escroquerie en permanence? Alors il est temps d’en prendre conscience, et de comprendre comment dans votre quotidien professionnel, vous pouvez reprendre confiance en vous.
Si vous n’êtes pas en mesure de vous attribuer certaines réussites à moyen ou long terme, le Burn Out finira par vous guetter…

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