Monthly Archives: avril 2015

Management: 5 techniques pour convaincre comme Jaurès

Cet orateur hors pair, dont on fête le centenaire de la mort reste un modèle pour ceux qui sont amenés à parler en public. Voici les enseignements qu’il a laissés.

Jean Jaurès (cà Nadar via WikipediaJean Jaurès (cà Nadar via Wikipedia

Après avoir livré les clés de ce que nous apprennent Eiffel, les frères Lumière et Fouquet en management, et Churchill en négociations, les auteurs de la collection Histoire et management(Ed. Eyrolles) se sont intéressés aux qualités d’orateur de Jaurès. Le docteur en histoire Yann Harlaut, en collaboration avec Anne Vermès, fondatrice et dirigeante de Traits d’Unions, entreprise d’accompagnement, de formation et de conseils auprès de dirigeants, raconte comment l’homme politique français réussissait à galvaniser les foules et comment s’approprier sa méthode pour persuader vos propres interlocuteurs.

1. Structurer sa prise de parole

Jean Jaurès a étudié la rhétorique dès l’école. A 17 ans, il se confrontait aux plus grands orateurs de la IIIe République et allait écouter les plaidoiries des ténors du barreau pour s’inspirer de leurs effets de manche.

Il s’exerçait ensuite à les imiter pour travailler sa déclamation. Pour apprendre à moduler ses intonations, il s’entraînait à faire des vocalises dans les champs, en poussant la voix le plus possible pour gagner en puissance et en assurance.

C’est ainsi qu’il a acquis une puissance auditoire impressionnante.

Avec son physique de baryton et ces exercices, il réussissait à captiver l’Assemblée nationale, lorsqu’il s’exprimait à la tribune, sans micro ! Et ce, devant un public largement constitué de journalistes ou d’avocats, habitués à ce genre de prestations.  Malheureusement, il n’existe aucun enregistrement de ses discours.      

2. Convaincre à tout prix

Quand il s’exprime en public, Jaurès n’a qu’une idée en tête: convaincre. Et ce quel que soit son auditoire: devant les députés de l’assemblée nationale, les journalistes, des cercles d’intellectuels, mais aussi lorsqu’il part en meeting sur le terrain.

Rien à voir avec les discours des hommes politiques actuels axés sur un message de communication et qui jouent avec les petites phrases plutôt que d’exprimer leurs convictions et de traiter le fond des sujets qu’ils abordent. Même constat lors des assemblées générales d’entreprises où patrons et actionnaires emploient des phrases trop lissées.

Au contraire, Jaurès arrive à convaincre en misant sur le vrai (voir les points 3 et 4).

3. Penser ce qu’on dit, faire ce qu’on pense

Jaurès croit dur comme fer en ce qu’il dit. Et il le met en pratique. En étant d’une telle cohérence, il n’a pas de travers. Si bien qu’il est quasiment impossible de trouver un angle pour l’attaquer. Ses adversaires peuvent ne pas être d’accord avec ses opinions, mais pas le tacler sur sa droiture et son authenticité.

4. Aller au plus près du terrain

Jaurès est un socialiste qui ne croit pas à la révolution, mais au changement qui, selon lui, ne peut se faire que par l’éducation et des actions sur le terrain. Sa doctrine: expérimenter sur le terrain avant de trouver une issue plus générale, qui pourra se concrétiser par lois adoptées à l’Assemblée.

Pour Jaurès, tout ne se joue pas à Paris, il faut commencer par voir ce qui se passe sur place, c’est pourquoi il se déplace aussi en province où il considère que le changement viendra par l’éducation de ses auditeurs qu’ils soient professeur ou ouvrier, instruits ou analphabètes. Il donne ainsi à ses interventions un haut contenu culturel, intellectuel ou philosophique.

C’est notamment la méthode qu’il applique auprès des ouvriers de Carmaux, en grève, et dont beaucoup se font licencier et très peu réintégrés après des jours de combat. A ceux qui ne retrouvent pas leur emploi, il dit: « prenez votre vie en main et créez votre propre entreprise ». Ce qui va donner naissance à la verrerie d’Albi pour laquelle Jaurès fera campagne pour réunir du capital.

5. Préparer son allocution

Cela dépendra du tempérament et des aptitudes de chacun. Certains auront besoin d’un document écrit pour le lire au mot près, d’autres s’essaieront à l’improvisation, tandis que les derniers, comme Jaurès, viendront les mains dans les poches. En effet, le socialiste n’arrivait jamais avec des notes, mais comptait sur sa mémoire phénoménale pour dérouler son argumentaire. Pour l’anecdote, suite à la perte d’un édito envoyé au journal L’Humanité, il avait réussi à redicter mot pour mot, le texte qu’il avait envoyé quelques heures auparavant. Cette capacité lui permettait de ne pas être le nez sur une feuille et de vivre pleinement, tel un acteur ou un chanteur d’opéra, son discours, avec les intonations et la gestuelle adéquates.

Le tourisme de l’intelligence

BERTRAND COTY

Il faut lire le dossier de L’Expansion d’avril ! Intitulé « Le Business du tourisme peut-il sauver la France « ? », il s’avère emblématique à plus d’un titre !

Il nous dit plusieurs choses capitales. D’abord que nous semblons nous endormir sur nos lauriers… Premiers sans doute, mais pour combien de temps ? 85 millions de touristes étrangers chaque année nous placent en première position mondiale. Toutefois,  les 70 millions de visiteurs annuels aux Etats-Unis nous talonnent. Ces derniers ambitionnent d’ailleurs de franchir le seuil des 100 millions en 2021, en consacrant 200 millions de dollars pour promouvoir leur marque : « Brand USA » !

Nos 38 sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco constituent certes une rente. Il n’est cependant plus possible de surfer mollement sur l’existant pour créer de la prospérité. Frédéric Pierret, président d’un think tank sur le tourisme qualifie même notre industrie dédiée de « Belle au bois dormant ». Les touristes dépensent trop peu dans notre pays et pourraient finir par nous considérer comme une zone de transit avant le shopping à Londres ou la bronzette en Espagne.

On entend déjà ceux qui réclament plus de centres commerciaux ou des capacités hôtelières aux standards internationaux : nous disposons néanmoins d’autres points forts à mettre en valeur, comme par exemple notre potentiel culturel, historique (de la peinture au vin en passant par les grands hommes). Encore faut-il le rendre parfaitement attractif : des horaires à la qualité de l’accueil (dans les musées pour ne citer que ce point), pas mal de choses restent à améliorer… Il faut même faire face aux « zadistes » nous dit-on… Les autorisations de construire semblent devenues un casse-tête pour les collectivités territoriales, tout comme les financements pour les projets innovants.

                                                                     

Puis le reste du dossier, hélas, illustre la faiblesse de la démarche d’intelligence économique dans notre pays. Dans le tourisme aussi, on craint finalement que le constat d’André-Yves Portnoff soit le bon : « On parle d’intelligence économique mais personne, dans les rouages de l’État, n’est à même de dire quels secteurs, quelles applications sont particulièrement porteurs d’avenir, d’emplois, de bénéfices futurs, et doivent absolument être couverts par des laboratoires et des entreprises françaises, voire européennes. Cette carence doit être réparée absolument, au niveau de l’État français, de l’Europe et des entreprises, mais cela implique une vision globale du processus de l’innovation, qui ne se réduit pas à l’organisation d’une coopération en recherche entre le secteur public et les grandes entreprises actuelles. Il est impensable d’ignorer les acteurs de demain qui ne sont pas tous encore nés ou sont encore de fragiles PME »[1].

Car les motifs expliquant notre faible capacité de résistance sur le front touristique relèvent immanquablement du déficit de veille et de stratégie d’influence !

Négligence dans l’observation des tendances du tourisme mondial, inaptitude à faire connaître nos richesses territoriales à des clientèles ciblées, absence quasi totale de dispositif de lobbying, dispersion des efforts, manque dramatique de coordination entre les instances publiques et les entreprises, faiblesse des budgets promotionnels (cf. Atout France, l’agence nationale de développement touristique), faible habitude du benchmark, etc.

Les maux nationaux se suivent et se ressemblent quelque que soit le secteur d’activité concerné.

Pourtant le défi est essentiel et nos avantages comparés immenses. Nos paysages et notre architecture ne peuvent être délocalisés, pas plus que notre art de vivre.

Mais nous échouons à les mettre en valeur et à construire un marketing territorial digne de ce nom.

Un sujet à suivre par conséquent, et des propositions à inventer ?

Cyberattaque contre TV5Monde : la limite du softpower

NICOLAS ARPAGIAN DIRECTEUR SCIENTIFIQUE DU CYCLE « SÉCURITÉ NUMÉRIQUE » À L’INHESJ RÉDACTEUR EN CHEF DE « PROSPECTIVE STRATÉGIQUE »

Clausewitz affirmait dans son ouvrage « De la guerre » que celle-ci se définit précisément comme un acte de violence par lequel nous cherchons à contraindre notre ennemi à se soumettre à notre volonté. La prise de contrôle à distance des systèmes d’information de la chaine internationale TV5Monde qui est devenue manifeste à partir du 8 avril 2015 illustre cette nouvelle forme d’affrontement qui tend à vouloir imposer ses arguments par la technologie. Faute de pouvoir convaincre par les idées, on utilise les systèmes d’information pour imposer ses vues.

En l’espèce, on peut concevoir que l’objectif ultime était de prendre le contrôle de l’antenne afin de diffuser les messages et vidéos favorables aux attaquants. Mais la mise hors d’état de fonctionnement est déjà un premier niveau de violence politique. Car il s’agit bien de rendre muet et invisible l’émetteur d’informations que les agresseurs estiment contraires ou en tous cas non suffisamment favorables à leurs intérêts.

On est donc à la limite extrême du softpower qui veut que les idées s’imposent au plus grand nombre par une exposition diffuse qui contaminerait discrètement les esprits au point de s’imposer dans le débat public. C’est avec le piratage de TV5Monde l’abandon de la technique de la conviction au profit de l’option brutale qui veut bâillonner tous ceux qui ne lui sont pas immédiatement acquis.

Dans cet esprit, les médias constituent à double titre des cibles privilégiées. D’une part ce sont par essence des caisses de résonnance. Puisque leur métier et leur savoir-faire résident précisément dans cette capacité à porter au plus grand nombre des messages. Et les entreprises de presse si elles sont concurrentes entre elles restent très attentives à ce qu’il advient à leurs pairs. Offrant une exposition particulièrement amplifiée si on la compare avec des opérations visant d’autres entités. Par exemple, l’infiltration à grande échelle qui a affecté les systèmes d’information de l’industriel Thales, identifiée partir du mois de février 2015, et qui se serait propagée sur ses équipements aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, au Royaume Uni et en France n’a été révélée que par un article paru le 15 avril 2015 dans Le Canard Enchaîné sous la plume de Jean-Michel Thénard. Le célèbre palmipède n’étant pas disponible en version numérique cela semble avoir contribué à limiter la propagation de l’information. Le nombre de reprises dans la presse fut très limité. Pourtant l’activité affectée est autrement plus problématique au regard des équipements et des missions conduits par Thales auprès d’institutions stratégiques pour la sécurité nationale.

D’autre part, les médias font partie des entreprises qui se débattent dans un environnement économique très contraint. Et la sécurisation de leur informatique n’est pas un sujet prioritaire. Les sociétés du secteur sont donc des cibles de choix car en sus leurs personnels sont souvent des collaborateurs intermittents. De nombreuses personnes disparates se connectant à un système d’information dans lequel la sécurité est accessoire et qui se trouve destinataire de messages et documents venus de tous horizons. En effet, c’est le principe même des rédactions d’être démarchées constamment par des particuliers, des entreprises ou des agences spécialisées qui cherchent à  leur adresser des fichiers de toutes sortes pour présenter leur activité ou leur combat. Autant d’occasions de contaminer l’informatique maison par une pièce jointe comportant un programme actif ou une invitation à cliquer opportunément sur un lien douteux.

Il ne faut donc pas prendre les piratages des médias comme étant des performances techniques mais bien des opérations d’agit-prop et d’influence visant à communiquer sur une cause. En donnant à leurs concepteurs une illusion – puisque temporaire – de puissance et en plaçant un temps un sujet au cœur de l’agenda médiatique. L’emballement de la société de l’information ne doit pas inciter à brouiller la hiérarchie des priorités. Et exige que le citoyen-consommateur-électeur-internaute conserve plus que jamais son esprit critique face aux évènements qui sont portés à sa connaissance. Soit faire preuve de volonté pour résister utilement aux inflexions qu’on souhaiterait lui imposer.

La puissance du léger…

La puissance du léger…

GILLES LIPOVETSKY

A l’âge hypermoderne, le culte polymorphe du léger s’affirme partout. Avec l’ère consumériste, c’est une culture quotidienne de la légèreté hédonistique qui triomphe (du corps – régime, relaxation – aux nanotechnologies en passant par l’architecture et le design) : s’affichent de tous côtés les images luxuriantes de l’évasion et les promesses du plaisir. Dans ce cadre, les objets ne se définissent plus exclusivement par leur stricte valeur d’usage. Ils acquièrent une connotation ludique ou tendance qui les fait basculer du côté du léger : tout objet, à la limite, devient gadget chargé d’inutilité et de séduction ludique. La passion du léger contribue désormais à définir un capitalisme de consommation « artiste » caractérisé globalement par quatre mots : individualisme, esthétisation, légèreté et obsolescence (logique de la mode ou de l’éphémère).

Cette apologie de la légèreté ne se réduit pas pour autant à une logique de la superficialité. Pour bien le comprendre, il faut se rappeler que si cette nouvelle puissance du léger est unique dans l’Histoire, aucune civilisation n’a néanmoins ignoré la légèreté comme structure anthropologique de l’imaginaire et aspiration humaine éternelle (trouvant toujours des formes d’incarnation dans la vie sociale). Je rappellerais ici quelques archétypes fondamentaux :

 

  • La légèreté aérienne (le rêve immémorial de s’élever dans les cieux, au propre comme au figuré)
  • La légèreté-mobilité (du nomadisme à la miniaturisation)
  • La légèreté-distraction (visant à alléger le poids de l’existence : jeux, loisirs, fêtes, humour, etc.)
  • La légèreté frivole (mode, charme des apparences)
  • La légèreté volage (inconstance et mobilité du désir)
  • La légèreté-style (l’art apparaît comme un des grands domaines où se concrétise l’exigence anthropologique de la légèreté)
  • La légèreté-sagesse (la vie frivole, et sa fuite en avant dans les plaisirs toujours nouveaux, n’épuise pas à elle seule l’imaginaire de la légèreté. A l’archétype de la frivolité s’oppose celui de la légèreté-sérénité renvoyant à l’idéal antique du bonheur défini par l’ataraxie, l’état paisible où l’homme est affranchi de ses peurs et de ses faux désirs).

 

La différence par rapport au passé, c’est que notre époque valorise grandement la légèreté alors que nos ancêtres lui préféraient le « lourd ». Substituant la séduction à la coercition, l’hédonisme au devoir rigoriste, l’humour à la solennité, l’univers consommatoire tend à s’afficher comme un univers délesté de toute gravité idéologique, de toute épaisseur de sens. Toutefois, l’idéal du léger impose des normes exigeantes, aux effets épuisants.

Pour autant, il ne faut pas simplement interpréter notre époque comme une réappropriation de l’esprit « artiste » de Mai 68 par le capitalisme (ce qui introduit des nuances dans mon raisonnement par rapport aux thèses de Luc Boltanski et Eve Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme[1]). Cette montée en puissance de la légèreté (connexe de l’individualisme, de l’esthétisation et de la promotion de l’éphémère) a débuté dès la seconde moitié du XIXe siècle avec La création du Bon Marché par Aristide Boucicaut. Avec la naissance de ce premier grand magasin, ancêtre de la distribution moderne, il s’agissait déjà d’organiser une théâtralisation de la consommation, c’est-à-dire le triomphe de la séduction, la création du désir. Ce qu’amena le XXesiècle, c’est un changement d’échelle, dont le cinéma et la voiture devinrent deux symboles forts.

L’univers digital s’affirme d’ailleurs comme un condensé de l’univers du léger, et il démontre au passage que les lieux physiques et virtuels ne s’affrontent pas. Ils s’interpénètrent et contribuent à se recomposer l’un l’autre.

A bien des égards, la puissance sur le léger conditionne aujourd’hui la puissance au sens le plus global ! Dans le cadre de la « guerre économique » contemporaine sur laquelle certains spécialistes comme Eric Delbecque attirent l’attention, l’Europe devra également miser sur l’expertise qu’elle possède en ce domaine (luxe, aéronautique, sphère numérique, etc.). Ce leadership ne durera pas éternellement (cf. les écoles de design en Chine, par exemple en partenariat avec celle de Nantes, à Shanghai) mais c’est un chemin essentiel de prospérité sur le moyen terme.

Le capitalisme a parfaitement assimilé, voilà maintenant plus d’un demi-siècle, que les marchés s’avèrent très vite saturés si l’on s’en tient à la satisfaction des besoins primaires (cf. la pyramide de Maslow) ; s’attacher à répondre aux autres et les développer (accomplissement et estime de soi) permet en revanche de créer du désir à l’infini.

 

Gilles LIPOVETSKY est Philosophe et sociologue, il est l’auteur, entre autres, de L’Ere du vide (Gallimard, 1983), L’Empire de l’éphémère (Gallimard, 1987), des Temps hypermodernes (Grasset, 2004), et de L’Occident mondialisé (Grasset, 2010), traduits en vingt langues, L’Esthétisation du monde. Vivre à l’âge du capitalisme artiste (Gallimard, 2013), De la légèreté (Grasset, 2015)

Facebook: trois changements à venir sur votre fil d’actualité

Le réseau social a annoncé sur son blog une nouvelle modification de son algorithme. Ces changements vont modifier votre fil d’actualité. Tout ce que vous devez savoir :

Facebook a annoncé une nouvelle modification de son algorithme. Les publications directes des amis seront privilégiés.

Nouveaux changements sur Facebook. Ce mardi, le réseau social a annoncé une modification de son algorithme, qui va impacter les fils d’actualité et les publications qui y sont affichées. Ces changements sont récurrents. Ils sont scrutés de très près par les administrateurs de pages, qui cherchent à toucher un public toujours plus large. Facebook doit alors arbitrer entre ces intérêts et la nécessité de satisfaire les besoins de ses membres, qui doivent aussi pouvoir accéder aux publications de leurs amis les plus proches.

Cette fois, le réseau social a clairement décidé de faire pencher la balance vers les membres privilégiant les relations avec leurs amis. Trois mesures concrètes ont donc été prises:

1. Les publications de vos amis seront davantage mises en avant

Avec son algorithme, Facebook fait le tri entre les publications des amis pour afficher en priorité les plus susceptibles d’intéresser un utilisateur donné. Il suffit de se rendre sur la page d’un ami avec lequel les interactions sont limitées pour découvrir des posts n’ayant jamais été repris sur le fil d’actualité. Les nouvelles règles doivent permettre d’afficher davantage de publications des amis. « Nous avons compris que les gens avaient peur de louper d’importantes publications d’amis auxquels ils tiennent », précise le communiqué. Dans le même esprit, si un utilisateur consulte régulièrement les publications d’une page donnée, celles-ci seront davantage mises en avant.

2. Les interactions de vos amis avec les pages sont pénalisées

En consultant votre fil d’actualité, les interactions (commentaires, likes, etc) de vos amis avec des pages que vous ne suivez pas apparaissent régulièrement. Le réseau social a décidé de réduire la visibilité de ces posts, pour faire privilégier les publications des amis et des pages directement suivies par l’utilisateur.

3. Les posts rapprochés d’un même ami pourront être affichés

Dans son communiqué, Facebook explique avoir pris sa décision pour les utilisateurs n’ayant que peu d’amis. Auparavant, l’algorithme évitait d’afficher à la suite les publications d’une même personne. Mais à trop miser sur la variété des publications, les fils d’actualités des membres concernés perdaient de leur intérêt. C’est pour cette raison que le réseau social a assoupli ces règles.

Avec ces nouvelles règles, les gestionnaires de page, ou « community managers » ont de quoi s’inquiéter. Ils sont clairement pénalisés, leurs pages ayant moins de chance de toucher un large public. Reste à savoir si cela a un rapport avec les projets de Facebook, qui aimerait devenir un véritable éditeur de contenus en publiant directement des articles de presse sur son réseau. Il a noué des contacts à ce sujet avec une douzaine de médias américains pour envisager des tests.

Franchise : comment savoir si un concept est rentable ?

Rentabilité d'une franchise

Attention à ne pas se précipiter sur l’enseigne la moins chère. Des coûts élevés peuvent cacher une efficacité maximale.

La rentabilité d’un concept de franchise est au cœur de la décision d’investissement du porteur de projet, qui se demande si « cela vaut vraiment le coup » de payer un droit d’entrée puis des redevances tous les mois pour faire partie d’un réseau. En d’autres termes, il s’agit de savoir si le modèle proposé par une enseigne est suffisamment performant pour garantir un montant de revenus supérieur aux capitaux investis, une fois les diverses charges payées.

Evaluer les droits d’entrée et royalties

Un porteur de projet pourra être naturellement tenté de comparer les coûts des diverses franchises, de façon à choisir la moins onéreuse. C’est une erreur. Tel un consommateur confronté à plusieurs produits, mieux vaut mettre en balance différentes caractéristiques et analyser si le prix demandé est cohérent avec l’offre.

Pour rappel, le droit d’entrée doit englober l’accès à la notoriété d’une marque, son savoir-faire, un état local du marché, une formation initiale et enfin une assistance à l’ouverture du point de vente. Selon le degré d’implication du franchiseur et la finesse de son apport, notamment en termes de savoir-faire et de réputation, ce montant varie d’une franchise à l’autre. En général, il oscille entre zéro et 25 000 euros.

Les redevances d’exploitation et de publicité, elles, sont censées rémunérer les différents services rendus par l’enseigne comme l’accompagnement du franchisé, la communication nationale ou encore la formation continue. Autant d’apports qui varient d’un réseau à l’autre. Le futur franchisé doit tenir compte de ces impératifs financiers dans le calcul de son prévisionnel et de son seuil de rentabilité.

Mener sa propre enquête

Au-delà du « prix » d’une franchise, il convient de se renseigner sur la performance des points de vente existants pour jauger la rentabilité d’un concept. Dans le document d’information précontractuelle remis obligatoirement à tout candidat à la franchise avant signature du contrat, le franchiseur doit lister les coordonnées de tous les franchisés actuels ou ayant quitté le réseau dans l’année. Au candidat, donc, de les contacter afin de recueillir leur témoignage. Surtout, s’enquérir des raisons de sorties des derniers franchisés (faillites, litiges avec la tête de réseau, réorientation, etc.).

Autre indicateur : la performance des succursales. Par définition, la franchise repose sur la duplication d’un modèle ayant fait ses preuves. Les sites propres de l’enseigne servent généralement de point de départ et de référence. S’ils présentent de bons exercices comptables, cela augure un concept pertinent. L’inverse étant à surveiller de près.

Mesurer les facteurs extérieurs

Il est d’usage de répéter que ce qui fait le succès d’un commerce, c’est « l’emplacement, l’emplacement et l’emplacement ». Un excellent concept peut donc faire chou blanc si le point de vente se trouve éloigné de toute zone commerciale attractive. Il incombe au futur franchisé de réaliser l’étude de marché la plus pointue possible avant de choisir un local où implanter son fonds de commerce (le franchiseur n’est tenu de fournir qu’un état de marché, trop généraliste pour suffire à prendre une telle décision).

Enfin, il ne faut pas oublier qu’un franchisé est un chef d’entreprise comme un autre, seul capitaine à la barre de son affaire au quotidien. Que ce soit dans l’élaboration de son business plan ou dans le pilotage de son entreprise, le franchisé reste seul responsable aux yeux des tribunaux (sauf cas spécifique) de la bonne santé de son unité. D’où l’importance de rester vigilant quant aux chiffres prévisionnels communiqués par le franchiseur. La motivation de l’entrepreneur, son implication et ses talents de gestionnaire conditionnent aussi ses chances de réussite.

Emploi et Employabilité : Les Jeunes ont la Parole (étude)

ANAF - étude - Couverture

L’Association Nationale des Apprentis de France (ANAF) et l’ASTREES (Atelier Social du Futur) ont sondé les jeunes sur la question de l’engagement professionnel et nous propose aujourd’hui les résultats de leur enquête intitulée « Travail et engagements professionnels : Les jeunes prennent la parole ». Depuis fin aout 2014, 1 160 répondants de moins de 30 ans (en recherche d’emploi, étudiants, apprentis, jeunes actifs diplômés…) ont répondu à 32 questions. Découvrez le portrait de cette génération…

Des jeunes en recherche de sens et engagés

  • Les compétences (79%), l’effort personnel (72%) et les relations (63%) sont des conditions plus importantes pour réussir professionnellement que le diplôme (45%).
  • Le plus important dans un emploi est d’être dans une ambiance de travail agréable (81%), faire quelque chose d’intéressant (74%) et avoir un bon équilibre vie professionnelle / vie privée (74%).
  • Près de 90% des actifs se sentent engagés dans leur travail. Pour eux, le sens (fierté du travail bien fait, utilité) et la reconnaissance priment. Le désengagement est lié au sentiment d’être un pion, à l’ennui et à la frustration.
  • Plus de la moitié des répondants s’engageraient dans une association ou une ONG.

Des jeunes optimistes mais parfois inquiets

  • Plus des 75% des répondants sont optimistes sur leur avenir professionnel. Les plus optimistes sont évidemment ceux qui ont un travail.
  • Plus les sondés sont jeunes, plus ils sont optimistes quant à l’avenir. Mais plus ils sont proches du travail, plus le sentiment que leur avenir sera meilleur que celui de leurs parents décroit.

Quelle vision des jeunes sur les syndicats ?

  • 61% des sondés ont plutôt une vision positive du rôle des syndicats.
  • Paradoxalement seulement 8 % sont engagés dans un syndicat.
  • En effet, les syndicats souffrent d’une réputation de contestataires qui n’agissent pas assez (15 %) ou d’un caractère trop « has been » (10 %).

ANAF- Infographie-1

Malgré la crise, les jeunes restent optimistes et réalistes sur ce qui les attend. Ils veulent travailler mais pas à n’importe quel prix, leur travail doit être de qualité et utile. Enfin, ils veulent être écoutés et entendus dans le milieu professionnel comme dans la société.

Selon l’ANAF et l’ASTREE, il faut, sous peine de frustration, changer les méthodes d’accompagnement des jeunes. Il faut « écouter les jeunes au lieu de parler pour eux » et « les aider à se sentir utile au travail, à l’école et en société, avant de leur asséner les leçons ».

« Ralentissez, cocher, nous sommes en retard » (éloge de la lenteur)

Alors que certains se montrent ennuyeux dès les premières secondes d’une allocution de 5 minutes, d’autres savent rester absolument captivants pendant une heure ! La différence entre les deux ? Dès le démarrage et à tout instant, les premiers sont déjà loin, toujours devant. Alors que les autres sont là. Entièrement et tout simplement là. Ils ne jouent pas du mouvement, ils jouent de la présence. Ils pensent ce qu’ils vont dire, puis ils le disent, ils prononcent chaque mot, ils y trouvent même un certain plaisir parce que, souvent, ça leur fait penser à Escargot et tortuequelque chose qu’ils ont envie de partager. Une anecdote particulièrement succulente, un exemple, un souvenir personnel qui illustre joliment leur propos. Et une fois le propos accompli, ils passent… au suivant. Il suivent leur fil. Ils avancent, avec leur auditoire, qui est d’accord.

C’est fou tout ce qu’on peut faire, imaginer, raconter, décrire, sentir, suggérer de plus si l’on va moins vite. Tenez, prenez une omelette. 10 minutes, c’est à peu près le temps qu’il faut pour la préparer. Imaginez maintenant deux cuisiniers. L’un des deux se dépêche, l’autre prend son temps. Mais les deux mettent à peu près dix minutes pour préparer l’omelette, bien-sûr. Lequel aurez-vous le plus envie de suivre ? Et surtout, laquelle des deux omelettes vous fera le plus saliver, laquelle sera la meilleure, vous en êtes sûr, avant même que vous ne la goûtiez ?

Parlez lentement, articulez, respirez, vous direz moins de choses inutiles. Le chemin sera plus lisse et vous tirerez un meilleur parti du vent dans vos voiles. Vous laisserez le temps à chaque mot de fleurir dans l’esprit de chaque auditeur (plage, omelette, rose, sirène, métal… croyez-vous que deux personnes en aient la même perception ?). Et vous vous sentirez de plus en plus capable de durer… alors que, finalement, vous ne parlerez pas plus longtemps. Vous parlerez simplement mieux et votre auditoire aura entendu plus de choses.

Management à distance : les nouveaux défis du binôme RH – Manager

Le management à distance concerne toutes les entreprises. Il n’a pas de frontières, ni de culture. Quand on parle de management à distance on pense surtout aux managers et managés mais on oublie souvent les Ressources Humaines. Or, il manque parfois aux managers les outils, les méthodes et le soutien pour faire oublier la distance à leurs collaborateurs. C’est là que les RH interviennent.


Avec la forte internationalisation des entreprises et grâce aux dernières technologies d’information et de communication, le travail à distance est devenu un mode de travail à part entière et induit de nouveaux challenges pour les managers. Selon une enquête de CSP formation, 72 % des  managers  interrogés estiment qu’il est plus difficile de gérer des  salariés nomades et 63 % de ces managers estiment qu’il est plus difficile de suivre et contrôler les salariés nomades.

Le management à distance pose l’absence de contact direct entre le manager et les managés.

Cette situation de plus en plus courante devrait concerner 40 à 50% des emplois en France d’ici 2020.

Ce mode de management amène les entreprises à repenser les compétences managériales de leurs managers et pousse la fonction RH à s’adapter.

Les défis du management à distance

Le manager se doit de :

  • créer un lien malgré la distance. En management présentiel, le lien créé est surtout informel grâce à la machine à café, la cantine, etc. Il est compliqué de créer ce lien à distance. Le manager ne doit pas hésiter à utiliser les nouvelles technologies comme la visio-conférence pour établir ce lien, et aller à la rencontre de ses équipes, même à l’étranger. La distance empêche aussi la détection des signaux faibles concernant le bien-être des collaborateurs. En présentiel, il est facile de voir si le salarié se sent bien ou non, en observant ses comportements. Il est plus complexe de le faire à distance ;
  • transmettre la culture et les valeurs de l’entreprise. Le managé à distance travaille souvent hors des locaux de l’organisation, il est donc difficile pour lui d’avoir un sentiment d’appartenance. Tout l’enjeu pour le manager est là, il a pour rôle de transmettre les valeurs de l’entreprise à ses collaborateurs ;
  • Que le collaborateur à distance soit chez lui, chez un client, ou dans une filiale, il ne bénéficie pas de retours réguliers sur son travail, il peut donc perdre de sa motivation. Le manager à distance doitdonner du sens au travail de tous les collaborateurs pour que tous se sentent intégrés dans l’organisation.

Le management à distance existe grâce au déploiement notamment d’outils informatiques et de nouvelles technologies. Ainsi, en fournissant aux collaborateurs concernés un téléphone portable, un ordinateur portable avec accès internet, au cloud (plateforme de partage en ligne) et en permettant des communications par visio, l’entreprise donne les moyens techniques à ses collaborateurs de travailler à distance. Cependant cela pose souvent le problème du temps de travail (empiètement de la vie professionnelle sur la vie privée). Il faut donc veiller à maintenir un équilibre vie privée – vie professionnelle.

 

Le potentiel du travail à distance pour la performance de l’entreprise

Il est important de souligner qu’il n’y a pas que des échecs :

  • Les collaborateurs se disent moins stressés, et plus productifs sans manager à proximité.
  • La distance favorise aussi la prise d’initiatives et le travail en autonomie. Il développe ainsi ses compétences.
  • Travailler dans un environnement différent de son organisation aide à la créativité car les codes, les règles et les normes sont moins présents.

Le travail à distance repose sur la coopération et la confiance des collaborateurs entre eux et aussi entre les collaborateurs et le manager. En effet, le travail à distance nécessite un partage constant d’informations et une acceptation pour le manager de ne pas pouvoir contrôler autant qu’en présentiel les collaborateurs à distance.

Les outils à mettre en place et l’intervention des RH pour faciliter ce mode de management

Le management à distance renouvelle les attentes en termes de compétences managériales. L’entreprise doit aider les managers à développer ces nouvelles compétences et cela passe par la fonction RH. Il existe par exemple des formations spécifiques sur le management à distance qui se développent dans les universités d’entreprises. Les managers qui ont des équipes à distance et internationales peuvent aussi bénéficier de formations linguistiques et interculturelles.

Un baromètre employeur avec un focus sur les collaborateurs à distance peut être mis en place afin de mettre en évidence des axes d’amélioration sur la gestion de ces effectifs.

Pour favoriser le sentiment d’appartenance, un réseau social collaboratif (RSC) à usage professionnel peut être mis en place. Cet outil, sur le modèle des réseaux sociaux privés et des encyclopédies en ligne permet aux collaborateurs d’échanger sur le travail, la vie du pays d’accueil (cas d’expatriation ou de mission à l’étranger), ou sur des thèmes moins formels. Ces RSC sont souvent gérés et modérés par les RH et le service de communication interne.

Pour pallier au risque de surmenage dû à l’usage intempestif des outils de travail nomade, certains groupes ont signé des accords avec les syndicats imposant « le droit à la déconnexion ». Les messageries électroniques sont fermées tous les jours entre 20h et 7h du matin et tous les week-ends.

Enfin, la fonction RH doit rester un interlocuteur privilégié autant pour les managers que les managés à distance. Elle se doit de sans cesse innover et trouver de nouveaux outils de gestion adaptés à ce management 2.0.

Et si vous faisiez taire (plus souvent) votre ego au travail…

S’inspirer du Frank Underwood de ‘House of Cards’… Photo: DR

L’ego. Ce «moi, moi, moi» qui nous pousse à jouer des coudes pour arriver le premier, à tirer aussi souvent que possible la couverture à nous-mêmes, ou encore à piétiner les autres pour fuir au plus vite dès que ça sent le roussi. Oui, cette bête immonde qui sommeille en nous et qui se réveille en hurlant à l’instant-même où elle sent qu’elle peut faire un maximum de ravages autour d’elle, croyant que c’est là le seul et unique moyen d’assurer sa survie. Ne pourrions-nous pas chercher à la faire taire plus souvent au travail ?

Cette interrogation m’est venue en feuilletant l’édition de mois de mars du magazine français Management. Je suis tombé sur une chronique intitulée Le leadership selon Frank Underwoodet signée par Yaël Gabison, coach et fondatrice du cabinet Smartside. Une chronique dont je vais partager avec vous l’essentiel.

Frank Underwood, c’est le héros de la série télévisée House of Cards, interprété par le toujours remarquable Kevin Spacey. Il n’a qu’un rôle, saison après saison : devenir président des Etats-Unis. Et pour ce faire, il n’hésite pas à recourir aux stratégies des plus, disons, audacieuses. Comme vous allez le voir…

«Grosse déconvenue pour Frank Underwood au tout début de la première saison : il se voyait déjà secrétaire d’État, il ne sera que le chef de la majorité au Parlement, écrit Mme Gabison. ‘Je sais qu’on vous en avait fait la promesse, mais les circonstances ont changé’, lui déclare Linda Vasquez, la plus proche collaboratrice du président. Lui qui a berné tant de personnes – et en bernera tant d’autres au fil des épisodes – vient de se prendre LA claque de sa carrière politique! D’un coup d’un seul, la perspective d’accéder à la fonction suprême s’éloigne de plusieurs années…

«Incrédule et sonné, il s’effondre sur sa chaise, en lâchant rageusement : ‘C’est une décision minable’. Mais après un court moment d’hésitation, il se reprend. Linda Vasquez lui demande s’ils peuvent compter sur lui. Il sourit et lance un ‘oui’ extrêmement convaincant.»

C’est là que la chronique de Mme Gabison devient vraiment intéressante…

«Tout le monde a déjà connu cette situation. On travaille dur, on s’engage et on croit que, de ce fait, on va être promu. Et puis, il n’en est rien. (…) Ici, l’attitude soumise de Frank Underwood paraît surprenante quand on connaît le personnage et son tempérament de feu. En réalité, elle est plus que sensée.

«Manifester de l’emportement n’aurait abouti qu’à l’exhibition d’un ego blessé, avec une sanction immédiate : sa mise hors jeu définitive. Même s’il n’obtient pas ce qu’il veut sur le moment, Frank Underwood comprend vite qu’il a tout intérêt à ne pas se braquer : s’il veut atteindre son objectif à long terme – devenir président des Etats-Unis –, il lui faut absolument rester dans les arcanes du pouvoir.

«Mais surtout, il saisit que son heure ne pourra venir que si les autres sont convaincus de sa loyauté. C’est que pour bien diriger, un leader digne de ce nom doit toujours garder deux objectifs bien distincts à l’esprit. Le premier est de rester en place et d’assurer sa survie à court terme, en prenant des décisions dans l’intérêt de l’organisation. Le second est de ne jamais perdre de vue son but à long terme. (…) Un vrai leader saura donc parfaitement jouer son rôle au présent sans jamais renoncer à son désir futur.»

Autrement dit, il s’agit en l’occurrence de renoncer aujourd’hui pour mieux réussir demain. C’est-à-dire d’avoir la sagesse d’accepter la défaite, sans pour autant baisser les bras.

Ce qui est plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous. Car si l’on savait maîtriser cette bête immonde qu’est notre ego, ça se saurait déjà, non? Eh bien, si telle est votre croyance, je vais tenter de vous en détromper…

Commençons par avoir un meilleur aperçu de ce que je présente depuis le début de ce billet comme une ‘bête immonde’. Et ce, en m’appuyant sur des passages du livre intitulé Mon philosophe minute (Éd. Transcontinental, 2013) de l’écrivain britannique Gerald Benedict…

«Le modèle structurel de la psyché proposé par Sigmund Freud comprend trois éléments : le ça; le moi (ou l’ego); et le surmoi. Le ça, écrit-il, est «la partie obscure, impénétrable de notre personnalité, qui s’emplit d’énergie à partir des pulsions». Le moi représente «la raison, la prudence», tandis que le surmoi peut être considéré comme une sorte de conscience qui punit les débordements par «de pénibles sentiments d’infériorité et de culpabilité».

«C’est le moi (l’ego) qui nous intéresse – cet élément de la psyché qui, pour reprendre l’image de Freud, peut se comparer à un cavalier tirant son énergie de sa monture, le ça, un cheval fougueux parfois difficile à maîtriser. (…) La philosophie l’a associé au ‘je’ ressenti, identifié non pas au corps ou à l’esprit, mais à l’attitude que nous avons envers le corps, l’esprit ainsi que [l’écosystème dans lequel nous évoluons]. Ainsi, le ‘je’ concentre l’identité et l’individualité et, comme une boussole, nous fournit un point de repère nous permettant de nous situer tout au long de la vie – pour nous indiquer d’où nous venons, où nous sommes et où nous allons.

«L’affirmation de soi est donc une promotion consciente du ‘je’. Mais cette promotion-là peut aisément tourner à l’exagération de notre propre valeur, et par suite à l’égoïsme. Comme le disait Oscar Wilde : «L’égoïsme, ce n’est pas vivre comme on veut, c’est demander aux autres de vivre comme on veut vivre». On le voit bien, l’égoïsme revient à dévoyer la juste expression de l’affirmation de soi, de manière flagrante ou camouflée.»

Voilà. Cette ‘bête immonde’ qu’est l’ego n’est, en vérité, pas tant un monstre violent et destructeur niché au plus profond de notre être, indépendant de notre volonté, qu’une forme d’intelligence – le cavalier – peinant à contrôler sa monture – le ça – lorsque celle-ci est prise de folie, sous le coup d’une douloureuse piqure de guêpe à la croupe – l’incident qui fait que nous nous sentons piqués au vif, à l’image de la claque reçue par Frank Underwood lors de l’investiture du président Garrett Walker. Et le terme crucial, ici, est «forme d’intelligence». Je m’explique…

Lorsque notre ego prend le dessus, il nous fait réagir à ce que nous prenons pour une agression envers notre personne, plus précisément envers ce qui fait le propre de notre personnalité. Cette réaction est instantanée – Frank Underwood accuse le coup et lâche un rageur ‘C’est une décision minable’ –, mais surtout, cette réaction est, l’air de rien, raisonnée. En ce sens que nous réalisons alors que le plan que nous avions échafaudé s’est effondré, contre toute attente, ou bien que l’image que nous avions de nous-mêmes se révèle fausse, à nos yeux comme à ceux d’autrui, pour notre plus grand désarroi. Il s’agit, par conséquent, d’une réaction raisonnée visant à parer au plus pressé, à savoir assurer notre survie. Quitte à laisser parler nos plus bas instincts.

Cela dit, la bonne nouvelle, c’est que notre raison intervient dans ce processus mental. Même furtivement, elle intervient tout de même. Immanquablement. Il convient donc de saisir ce bref instant de lucidité pour empêcher, en une fraction de seconde, notre cheval fou de partir en galop.

Comment ça? En s’inspirant de Frank Underwood. Rappelez-vous ses premiers gestes : incrédule et sonné, il s’est effondré sur sa chaise. Son corps a spontanément lâché prise pour laisser son esprit s’exprimer. Oui, pour laisser toute la place à la raison – le cavalier – et pour, du même coup, serrer la bride au ça – le cheval fou.

Et là, qu’a-t-il fait? Quel raisonnement a-t-il tenu? Il a vraisemblablement fait la même réflexion que l’écrivain français Anatole France : «Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie. Car ce que nous quittons, c’est une partie de nous-mêmes; il faut mourir à une vie pour entrer dans une autre».

Autrement dit, il a dû saisir que sa vie – ses expériences, ses croyances, etc. – venait de se terminer là. Comme une crise cardiaque, qui met un terme à tout, sans prévenir. Il a dû comprendre que tout était fini, aussi injuste cela soit-il. Mais qu’il avait une chance extraordinaire : la chance de ressusciter, s’il le souhaitait. Oui, de renaître sous une autre forme. Et ce, au seul prix de piétiner son ego, son ancien ego, pour être plus précis. Ce qu’il a décidé de faire à l’instant-même, avec son ‘oui’ extrêmement convaincant.

Une autre source d’inspiration pour lui a peut-être été, à ce moment crucial, le philosophe chrétien d’origine berbère Augustin d’Hippone : «Si vous voulez devenir ce que vous n’êtes pas encore, restez toujours insatisfait de ce que vous êtes. Car là où vous serez satisfait de vous, là vous resterez. Continuez à progresser, continuez à marcher, continuez à avancer», disait-il. Comme quoi, j’y reviens, renoncer aujourd’hui – oui, renoncer de partir au galop sur un cheval qui a la bave aux lèvres – peut nous permettre de réussir demain.

Que retenir de tout cela? Ceci, je pense :

> Qui entend faire taire (plus souvent) son ego au travail se doit d’accepter de renoncer, pour mieux renaître. Il lui faut admettre que la mort a frappé, mettant ainsi fin à son projet, à son plan, ou encore à l’image qu’il avait de lui-même. Puis, il lui faut l’accepter. Enfin, il lui faut réfléchir aux portes que cela lui ouvre, c’est-à-dire aux opportunités qui s’ouvrent dès lors à lui, des opportunités auxquelles il n’avait jamais songé jusqu’alors. Alors, il sera en mesure de renaître. Forcément grandi.

En passant, l’écrivain français Paul Valéry a dit dans sesCahiers : «Certains opposent la Géométrie à la Poésie. Quant à moi, lorsque la poésie languit, je fais volontiers de la géométrie, et je vois assez souvent, par réaction naturelle contre un abus de géométrie de quelques jours ou heures, la poésie renaître».