Management: 5 techniques pour convaincre comme Jaurès

Cet orateur hors pair, dont on fête le centenaire de la mort reste un modèle pour ceux qui sont amenés à parler en public. Voici les enseignements qu’il a laissés.

Jean Jaurès (cà Nadar via WikipediaJean Jaurès (cà Nadar via Wikipedia

Après avoir livré les clés de ce que nous apprennent Eiffel, les frères Lumière et Fouquet en management, et Churchill en négociations, les auteurs de la collection Histoire et management(Ed. Eyrolles) se sont intéressés aux qualités d’orateur de Jaurès. Le docteur en histoire Yann Harlaut, en collaboration avec Anne Vermès, fondatrice et dirigeante de Traits d’Unions, entreprise d’accompagnement, de formation et de conseils auprès de dirigeants, raconte comment l’homme politique français réussissait à galvaniser les foules et comment s’approprier sa méthode pour persuader vos propres interlocuteurs.

1. Structurer sa prise de parole

Jean Jaurès a étudié la rhétorique dès l’école. A 17 ans, il se confrontait aux plus grands orateurs de la IIIe République et allait écouter les plaidoiries des ténors du barreau pour s’inspirer de leurs effets de manche.

Il s’exerçait ensuite à les imiter pour travailler sa déclamation. Pour apprendre à moduler ses intonations, il s’entraînait à faire des vocalises dans les champs, en poussant la voix le plus possible pour gagner en puissance et en assurance.

C’est ainsi qu’il a acquis une puissance auditoire impressionnante.

Avec son physique de baryton et ces exercices, il réussissait à captiver l’Assemblée nationale, lorsqu’il s’exprimait à la tribune, sans micro ! Et ce, devant un public largement constitué de journalistes ou d’avocats, habitués à ce genre de prestations.  Malheureusement, il n’existe aucun enregistrement de ses discours.      

2. Convaincre à tout prix

Quand il s’exprime en public, Jaurès n’a qu’une idée en tête: convaincre. Et ce quel que soit son auditoire: devant les députés de l’assemblée nationale, les journalistes, des cercles d’intellectuels, mais aussi lorsqu’il part en meeting sur le terrain.

Rien à voir avec les discours des hommes politiques actuels axés sur un message de communication et qui jouent avec les petites phrases plutôt que d’exprimer leurs convictions et de traiter le fond des sujets qu’ils abordent. Même constat lors des assemblées générales d’entreprises où patrons et actionnaires emploient des phrases trop lissées.

Au contraire, Jaurès arrive à convaincre en misant sur le vrai (voir les points 3 et 4).

3. Penser ce qu’on dit, faire ce qu’on pense

Jaurès croit dur comme fer en ce qu’il dit. Et il le met en pratique. En étant d’une telle cohérence, il n’a pas de travers. Si bien qu’il est quasiment impossible de trouver un angle pour l’attaquer. Ses adversaires peuvent ne pas être d’accord avec ses opinions, mais pas le tacler sur sa droiture et son authenticité.

4. Aller au plus près du terrain

Jaurès est un socialiste qui ne croit pas à la révolution, mais au changement qui, selon lui, ne peut se faire que par l’éducation et des actions sur le terrain. Sa doctrine: expérimenter sur le terrain avant de trouver une issue plus générale, qui pourra se concrétiser par lois adoptées à l’Assemblée.

Pour Jaurès, tout ne se joue pas à Paris, il faut commencer par voir ce qui se passe sur place, c’est pourquoi il se déplace aussi en province où il considère que le changement viendra par l’éducation de ses auditeurs qu’ils soient professeur ou ouvrier, instruits ou analphabètes. Il donne ainsi à ses interventions un haut contenu culturel, intellectuel ou philosophique.

C’est notamment la méthode qu’il applique auprès des ouvriers de Carmaux, en grève, et dont beaucoup se font licencier et très peu réintégrés après des jours de combat. A ceux qui ne retrouvent pas leur emploi, il dit: « prenez votre vie en main et créez votre propre entreprise ». Ce qui va donner naissance à la verrerie d’Albi pour laquelle Jaurès fera campagne pour réunir du capital.

5. Préparer son allocution

Cela dépendra du tempérament et des aptitudes de chacun. Certains auront besoin d’un document écrit pour le lire au mot près, d’autres s’essaieront à l’improvisation, tandis que les derniers, comme Jaurès, viendront les mains dans les poches. En effet, le socialiste n’arrivait jamais avec des notes, mais comptait sur sa mémoire phénoménale pour dérouler son argumentaire. Pour l’anecdote, suite à la perte d’un édito envoyé au journal L’Humanité, il avait réussi à redicter mot pour mot, le texte qu’il avait envoyé quelques heures auparavant. Cette capacité lui permettait de ne pas être le nez sur une feuille et de vivre pleinement, tel un acteur ou un chanteur d’opéra, son discours, avec les intonations et la gestuelle adéquates.

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