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Pourquoi ils ont planté leur start-up

Lancer son entreprise n’a jamais été aussi facile. Mais la réalité du marché reste implacable

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Une erreur courante est de croire que la notoriété médiatique suffit à faire décoller un concept. © D.R.
    Une erreur courante est de croire que la notoriété médiatique suffit à faire décoller un concept. © D.R.

L’année dernière a été la deuxième pire année en ce qui concerne le nombre de faillites, avec 11.000 banqueroutes. Selon une enquête du Syndicat neutre pour indépendants menée auprès de curateurs, les germes de la faillite sont présents dès le début de l’entreprise, voire avant. Certaines erreurs initiales se paient cash. Autant pour le commerce du coin que dans la start-up technologique innovante.

Mathieu France et Davy Courteaux ont appris à leurs dépens que dans le secteur très « sexy » des applis web et mobiles, il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus. Ils ont accepté le difficile exercice de l’autocritique, à chaud. Leurs start-up respectives, Figibox et Foxi.be, ont tourné court il y a quelques jours. Dans le cas de François Van Uffelen, entre-temps fondateur et CEO d’une entreprise de logiciels en plein essor (lire ci-contre), l’analyse du plantage se fait avec 15 ans de recul. La plaie est donc cicatrisée, mais les leçons personnelles qu’il retire de l’explosion en plein décollage de Winbox, véritable cas d’école belge de l’hystérie des « dotcoms » (comme on disait à l’époque), restent tout à fait d’application pour les start-up aujourd’hui. Notamment les quelque 500 porteurs de projets, créateurs de start-up et passionnés de l’entrepreneuriat qui ont écouté ses sages paroles à l’occasion de la 7e édition de Mind&Market, à Louvain-la-Neuve jeudi dernier.

Car le plus grave pour tout entrepreneur n’est pas de se planter, mais bien de ne pas en tirer les leçons. Voici trois erreurs courantes.

Ne pas (ou mal) s’entourer. « La première chose que m’a dite Laurent Drion (cofondateur de la société d’investissement E-Merge, à l’origine de nombreuses «success stories» belges) avant d’investir dans Babelway, c’est «tu dois former un tandem. Trouve-toi un associé, avec un profil complémentaire au tien !» Et j’ai finalement débauché un ami (Mathieu Pasture), qui est toujours mon associé et directeur technique », explique François Van Uffelen.

Venant du monde la pub, Mathieu France est un entrepreneur créatif qui a 1.000 idées à la minute. Mais qu’il faut savoir canaliser. « Je travaille déjà un nouveau projet, qui tirera les leçons de Figibox, mais ce sera désormais avec un associé. »

Davy Courteaux, quant à lui, avait trouvé un associé pour Foxi.be, mais le tandem n’a pas résisté au contrecoup des premières désillusions. Les reproches ont succédé à l’enthousiasme du début. On ne reconnaît ses vrais amis que dans les épreuves, selon l’adage. Cela vaut aussi pour les associés, et même, selon François Van Uffelen, pour les premières embauches : « Pour construire l’équipe gagnante, cherchez d’abord des gens hypermotivés. Ensuite seulement, penchez-vous sur leurs compétences. Dans toute entreprise, il y a toujours des gens qui ont l’art d’être absents au moment où on a vraiment besoin d’eux. »

L’entrepreneur met également en garde contre l’entourage « externe », comprenez les consultants en tous genres : « N’engagez jamais un consultant en stratégie qui en est à sa première start-up, attendez qu’il ait connu au moins un échec, qu’il ait mis les mains dans le cambouis. De manière générale, ne laissez aucun consultant gérer votre boîte à votre place. »

Croire au miracle du marketing. Votre meilleur instrument de marketing, ce sont vos premiers clients, vos premières références concrètes, arrachées à la sueur de votre front. A défaut, sauf rares exceptions, investir dans de coûteuses campagnes marketing sera en pure perte. « La génération spontanée de clients, ça n’existe pas. Même si presque tout passe par Internet, le client veut savoir à qui il a affaire. On a naturellement tendance à sous-estimer le coût des ventes, souligne François Van Uffelen. Votre meilleur indicateur de performance, c’est le nombre de clients effectifs, et pas en test, qui utilisent votre produit ou service. Ne faites du marketing online que lorsque vous avez compris comment convertir un prospect en client actif une fois qu’il est sur votre site. Sinon, vous jetez l’argent par la fenêtre. »

Dans le cas de Foxi, Davy Courteaux a cru naïvement qu’une certaine notoriété médiatique suffirait à faire décoller un concept novateur et/ou à récolter les fonds qui auraient permis de faire de grosses campagnes de pub. Jamais sans doute, un jeune entrepreneur n’a autant participé à des concours et accélérateurs en tous genres : Starter RTBF, Nest’Up, NRJ Startup… « J’en ai trop fait, dépensé trop d’énergie à essayer de convaincre des investisseurs. On m’a trop vu. Tout le monde vous dit que votre service est génial, mais personne ne l’achète… On a atteint au mieux 7.000 utilisateurs réguliers sur Foxi. Il y a un écart énorme entre faire le buzz et vendre. »

Mais le produit répondait-il à un besoin ? Mathieu France ne s’épargne pas sur ce sujet : « On aurait dû d’abord valider localement notre application, avec un «proof of concept» plutôt que de vouloir d’emblée conquérir tout le pays. »

Faire trop compliqué. « L’application Figibox était très compliquée. On aurait mieux fait de démarrer avec quelque chose de très simple et de l’enrichir progressivement avec le feedback des utilisateurs », analyse Mathieu France.

Davy Courteaux reconnaît aussi qu’il a vu trop grand, avec cette difficulté supplémentaire qu’il n’avait pas un bas de laine lui permettant de voir venir pendant de longs mois. A un moment donné, il a bien dû gagner sa vie et donc délaisser le bébé pour des missions rémunératrices, notamment dans la communication, métier vers lequel il se réoriente. Le développement du produit s’en est fait inévitablement ressentir. François Van Uffelen conseille à toute jeune entreprise active dans les technologies de faire appel, fût-ce à temps partiel, à un ergonome capable d’optimiser la facilité d’utilisation du logiciel ou de l’application web. « Spécifiquement dans le monde des applis, la notion d’immédiateté est devenue cruciale. Les gens veulent quelque chose de simple, qui permet une interaction immédiate en quelques clics »,embraie Mathieu France.

Les entreprises de taille moyenne contribuerait à 40% du PIB français

HSBC vient de rendre public un rapport commandé à Oxford Economics sur la contribution à l’économie des entreprises de taille moyenne. L’étude prend notamment en compte les impacts sur la chaîne logistique et la consommation.

Les entreprises de taille moyenne contribuerait à 40% du PIB français

HSBC s’intéresse aux entreprises de taille moyenne (ETM), cette nouvelle catégorie d’entreprises qui sont ni plus ni moins de grosses ETI (entre 50 millions et 500 millions USD de chiffre d’affaires). Et pour cause : ces entreprises ni grandes ni petites contribueraient en moyenne à 30% du PIB de leur pays. « Ces ETM constituent non seulement la colonne vertébrale des économies nationales mais aussi le vecteur de croissance des années à venir », estime Andrew Wild, directeur général délégué et directeur du marché des entreprises de HSBC France.

C’est en tout cas les conclusions d’un rapport que l’établissement bancaire a commandé à Oxford Economics et qui s’intéresse à la contribution à l’économie des entreprises de taille moyenne dans 15 pays différents (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Chine, Inde, Turquie, Pologne,Brésil, Emirats arabes unis…).

Impact sur la logistique et la consommation

Afin de déterminer l’impact global des ETM sur chacune de ces différentes économies nationales, l’étude c’est non seulement intéressé aux chiffres d’affaires des entreprises étudiées mais aussi à leur impact sur la chaîne logistique et la consommation.

En effet, si leur activité a un impact direct sur les PIB nationaux (chiffres d’affaires, emplois directs), elle contribue également au PIB et à l’emploi dans la chaîne logistique en achetant des biens et des services; par ailleurs, les ETM ont également un impact sur la consommation intérieure, à travers les personnes qu’elles emploient (directement ou indirectement).

Ainsi, en France, les 9290 ETM contribueraient à 16,5% du PIB français de manière directe (1,027 millions USD de CA, 2,7 millions d’emplois directs), auxquels s’ajouteraient 12,5% du PIB pour leur impact sur la chaîne logistique et 10,5% pour leur incidence sur la consommation nationale. Quasiment 40% du PIB français serait donc réalisé grâce au ETM.

Les ETM françaises plus performantes que les allemandes

L’étude s’intéressant à 15 pays, elle permet d’établir des comparaisons entre les différents pays.

Si l’Allemagne est le pays européen qui compte le plus d’ETM (11 920) et le plus grand nombre d’emplois directs liés à cette catégorie d’entreprise (4,7 millions), les ETM françaises et britanniques sont plus performantes (respectivement 16,5% et 17,2% du PIB).

Les ETM françaises sont particulièrement performantes : avec seulement 2,7 millions d’employés directs et 4,4 millions d’emplois indirects (ce qui la place à ce titre au 5e rang des entreprises étudiées), elleS contribueNT directement et indirectement à 40% du PIB (premier rang des pays étudiés en termes d’impact économique global). Pour rappel, l’Allemagne emploie 4,7 millions d’employés de manière directe et la Grande-Bretagne 3,4 millions.

En France, prédominance du service aux entreprises

Ce sont les ETM du secteur des services aux entreprises qui contribuent le plus au PIB national (6,5%, hors administration publique, santé et éducation). En effet, même si le nombre d’ETM est le plus important dans le secteur du commerce de gros et de détail (27,2% des ETM françaises), ces dernières ne fournissent que 2% du PIB.

En termes d’emplois, c’est le secteur des services qui en fournit le plus, avec 3,9% de l’emploi national.

Que recherchent les femmes de la génération Y dans leur travail ?

A l’occasion de la Journée internationale de la femme le 8 mars prochain, le cabinet d’audit et de conseil PwC publie son étude « The female millennial : A new era of talent » qui chasse les idées reçues sur les femmes au travail. PwC a interrogé 8 756 femmes et 1 349 hommes appartenant à la génération Y (nés entre 1980 et 1995), issus de 75 pays, afin de révéler leur perception du monde du travail en général et de leur carrière en particulier.
Les principaux enseignements tirés de cette seconde étude – la première a été réalisée en 2011 – sont les suivants :

  • Les femmes de la génération Y recherchent en premier lieu chez leur employeur les opportunités d’évolution de carrière ;
  • 49% des femmes de la génération Y qui débutent leur carrière pensent pouvoir atteindre les plus hauts niveaux de responsabilité dans leur entreprise ;
  • 86% des femmes de la génération Y forment un couple dans lequel les deux partenaires sont actifs, 66% d’entre elles gagnent autant ou plus que leur partenaire ;
  • mais près de la moitié d’entre elles affirment que leur employeur continue d’avantager les hommes en cas de promotions internes ;
  • et 71% pensent que les opportunités professionnelles ouvertes aux hommes et aux femmes ne sont pas égales.

Une nouvelle génération de talents au féminin

L’étude de PwC révèle que les femmes de la génération Y sont plus sûres d’elles et font preuve d’ambition. En effet, 49% des femmes interrogées, qui débutent juste leur carrière, pensent pouvoir atteindre les plus hauts niveaux de responsabilité dans leur entreprise.

Les femmes de la génération Y qui sont les plus confiantes dans leur capacité d’évolution de carrière sont les Brésiliennes (76%), les Indiennes (76%) et les Portugaises (68%), tandis que celles qui doutent le plus de leurs compétences sont les Japonaises (11%), les Kazakhs (18%) et les Allemandes (19%).

Selon Dennis Nally, Président de PwC au niveau mondial : « Notre étude montre que les femmes de la génération Y représentent une nouvelle ère de talents. Les femmes de la génération Y sont plus éduquées et elles sont nombreuses à entrer sur le marché du travail, en comparaison des générations précédentes. Mais la véritable nouveauté tient au fait qu’elles arrivent avec de nouveaux plans de carrière. »

Les femmes de la génération Y recherchent plus d’équilibre entre leur carrière et leur vie privée

Lorsqu’elles recherchent un emploi, le critère auquel les femmes interrogées accordent le plus d’importance est celui relatif aux opportunités d’évolution de carrière (53% des femmes interrogées).
Le 3ème critère qu’elles prennent en compte, juste après le niveau de rémunération, est l’organisation flexible du temps de travail.
Les femmes comme les hommes de la génération Ydemandent plus d’équilibre et de flexibilité entre vie privée et vie professionnelle – une demande exprimée par 97% des femmes et 97% des hommes interrogés. Le manque de flexibilité est d’ailleurs la 2nde raison citée par les femmes interrogées comme raison qui pourrait les pousser à quitter leur emploi aujourd’hui – la première tient au fait de se voir proposer un autre emploi mieux rémunéré.

En revanche, s’ils reconnaissent que des programmes sont mis en place dans leurs entreprises pour faciliter ce rééquilibrage entre le temps de travail et le temps de loisirs, 55% des femmes et 63% des hommes interrogés regrettent de ne pas en bénéficier.

Les femmes de la génération Y gagnent autant, voire plus que leurs conjoints

Parmi les femmes de la génération Y interrogées qui sont en couple, 86% forment un couple dans lequel les deux partenaires sont actifs. 42% d’entre elles gagnent un salaire au moins égal à celui de leur partenaire. Et près du quart d’entre elles (24%) sont le principal soutien financier de leur ménage.

Agnès Hussherr, Associée responsable de la Diversité chez PwC au niveau mondial, précise : « Les femmes de la génération Y sont de véritables pionnières sur le plan de l’émancipation financière, avec 66% d’entre elles qui gagnent autant, voire plus, que leur partenaire. Plus une jeune femme a de l’expérience, plus elle a de chances d’avoir des revenus supérieurs à ceux de son conjoint. Cette étude a notamment démontré que 31% des femmes de la génération Y qui possèdent plus de 9 années d’expérience sont le principal soutien financier de leur ménage, contre 18% des femmes en début de carrière (moins de 3 ans d’expérience) et 24% des femmes en développement de carrière (4 à 8 ans d’expérience).

Les employeurs devraient faire plus pour la diversité des talents et l’égalité homme-femme

Les femmes de la génération Y souhaitent retrouver de la diversité dans leur environnement de travail. 86% des femmes interrogées veulent intégrer une entreprise engagée sur les thématiques de la diversité, de l’équité et de l’inclusion. Cependant, 71% d’entre elles (contre 54% en 2011) remarquent que si tous les employeurs parlent de diversité aujourd’hui, les opportunités ne sont pas les mêmes pour tous. Elles attendant donc des entreprises non seulement qu’elles engagent un dialogue autour de ces questions, mais aussi qu’elles mènent des actions concrètes.

Par ailleurs, les femmes de la génération Y sont conscientes des préjugés sexistes qui persistent dans le monde du travail. 43% des femmes interrogées par PwC affirment que les employeurs continuent de privilégier les hommes en cas de promotions ou de développement des talents en interne, soit 14% de plus qu’en 2011.

Les pays qui souffriraient le plus de ces différences de traitement sont l’Espagne (60% des répondantes de ce pays le dénoncent), la France (58%) et l’Irlande (56%). En revanche, en Malaisie et aux Philippines, les femmes le relèvent moins : respectivement 16% et 11% des répondantes dénoncent une différence de traitement.

« Cette étude vise à déconstruire certains mythes persistant, comme, par exemple, le fait que les femmes doivent arrêter de travailler pour avoir des enfants. Les femmes de la génération Y sont, en effet, plus nombreuses à avoir quitté leur travail par manque d’opportunités de carrière plutôt qu’en raison d’une grossesse. Les employeurs doivent s’engager à développer des cultures et des stratégies inclusives de gestion des talents, en accord avec les ambitions des jeunes femmes dès le début de leur carrière », déclare Agnès Hussherr.

L’étude révèle également trois autres grands enseignements :

  • Une nouvelle culture du feedback – Les femmes de la génération Y attendent des feedbacks de qualité et délivrés en temps réel pour les aider dans leur développement professionnel ; elles souhaitent plus de feedbacks orientés vers la fixation d’objectifs futurs plutôt que sur le bilan des performances passées. Malgré leur maîtrise des nouvelles technologies de communication, elles préfèrent que ces discussions, importantes pour leur évolution de carrière, se déroulent en face-à-face avec leurs managers.
  • Des carrières plus internationales – La demande des femmes de compléter leur carrière par des expériences internationales n’a jamais été aussi forte, avec 71% des répondantes qui ont exprimé leur souhait de travailler à l’étranger. 62% des jeunes femmes interrogées pensent qu’une expérience à l’étranger serait déterminante pour l’évolution de leur carrière. Pourtant, seuls 20% de la population des expatriés sont des femmes en 20151 .
  • L’importance de l’image et de la réputation des entreprises – Cette étude révèle également que les hommes et les femmes de la génération Y veulent donner du sens à leurs emplois, qu’ils aient un but et qu’ils répondent à une mission sociétale. Ainsi, 57% des femmes interrogées refuseraient de travailler dans certains secteurs d’activité pour des raisons d’image et de réputation. Les 5 secteurs d’activité par lesquels les femmes sont donc les moins attirées sont la finance, la défense, les énergies fossiles (pétrole et gaz), la fonction publique et la chimie.

Le non-sens au travail dans une économie de Marché

Le contexte socio économique contribue fortement à une nouvelle donne du non-sens du travail qui du coup est devenu anxiogène.

Je ne peux qu’adhérer avec force à l’article que vous pourrez lire plus loin rédigé il y a déjà trois ans par Pierre-Eric Sutter.

De toutes parts, et de plus en plus fréquemment, les mêmes constats reviennent :

1. « Le travail est devenu toxique. »

2. « Comment continuer à tenir ? »

nous disent les salariés mais aussi les managers et les dirigeants.

L’hyper concurrence mondialisée et la frénésie des marchés ont fait que l’économie s’est détournée de son objectif premier, à savoir, garantir au travers d’une contractualisation du travail un bien-être relatif à tous.
L’économie ultra capitalistique s’est emballée et est aujourd’hui devenue la reine corrompue d’un bal où la quasi totalité des danseurs, impuissants, gesticulent tels des pantins sans trouver leur propre harmonie. Ici, le sens du travail, encore présent heureusement chez beaucoup, mais qui tend à se muer en son contraire.
Les alternatives ne manquent cependant pas. De nombreuses prises de conscience ont eu lieu et ont accouché de superbes chantiers innovants et efficients, que ce soit le Positive Economy Forum ou l’économie sociale.

« Le Positive Economy Forum est le réseau international de ceux qui placent l’intérêt des générations futures au cœur de leurs réflexions et de leurs actions.

Alors que le règne de l’urgence domine l’économie et la société dans son ensemble, le Positive Economy Forum, initié par le groupe PlaNet Finance en 2012, est né d’une conviction : la nécessité de restaurer la priorité du long-terme dans nos décisions et actions. Pourquoi ? Parce que c’est l’unique moyen de relever les défis économiques, écologiques, technologiques, sociaux et politiques qui attendent le monde d’ici 2030.

Ce mouvement est une passerelle, un outil de mise en relation d’acteurs à différentes échelles : du PDG de grande entreprise à l’entrepreneur social, de l’économiste à l’artiste.

Le point commun de tous ces acteurs : la volonté d’entreprendre pour mettre en place de nouveaux modèles, dans le champ économique mais également dans d’autres secteurs de la société, des modèles soucieux de leur impact à long terme et prenant en compte l’intérêt des générations futures.

La conviction du Positive Economy Forum : c’est de l’échange et du dialogue entre ces acteurs différents mais poursuivant un même objectif, chacun à leur façon, que naîtront des réponses viables et positives aux enjeux et défis d’aujourd’hui et de demain.

Le coeur de son action et réflexion : les pratiques économiques, financières et entrepreneuriales qui prennent en compte l’intérêt des générations suivantes. Dans ce sens, ces pratiques ont un impact qui va au delà de l’économie. Elles répondent à de véritables enjeux de société.

Pour mettre en place une société positive, qui réoriente l’économie vers la prise en compte de l’intérêt des générations suivantes, le Positive Economy Forum fédère, sensibilise et pense le monde d’aujourd’hui et les solutions de demain. »

Que peut-on faire encore ? Comment inverser la tendance de l’ultra court-termisme économique sans cesse plus accru, des flux toujours plus tendus, du désengagement devenu majeur des salariés du coup improductifs ?
Pour mieux comprendre de l’intérieur ce qui se passe dans nos entreprises, je vous invite à lire ci-après l’excellent article de Pierre-Eric Sutter intitulé « la France qui bosse au bord du burnout ? »
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« Les objectifs ont encore été revu à la hausse, on ne voit pas comment on pourra les tenir ; c’est complètement dingue…

Ils ne se rendent pas compte, là-haut, de tout ce qu’ils nous demandent !

Quand je regarde mon budget, je m’aperçois qu’on nous a encore réduit les moyens mais pas les objectifs, je ne sais pas comment je vais annoncer ça à mon équipe.

Le problème, c’est qu’on attend de plus en plus de nous ; et nous, on n’y est pas préparés Y en marre !

On nous a collé une réunion de deux heures toutes les semaines où on perd notre temps alors qu’on est déjà débordé. En plus, ils nous demandent de remplir des tableaux de bord complètement inutiles et qui nous font perdre notre temps ; on se demande d’ailleurs s’ils ont le temps de les lire ces tableaux de bord….

Ils nous ont changé les horaires, sans nous demander notre avis. Comment je vais faire pour aller chercher mes gosses à la crèche ?

J’ai de plus en plus mal au dos ; je ne sais pas comment je vais m’en tirer ; le soir je suis crevée, je ne suis plus bonne à rien ; j’ai tellement de soucis du boulot dans la tête que je n’arrive pas à m’endormir.

Ici on bosse comme des fous, jusqu’à des 14 heures par jour. On n’en peut plus. »

Tous ceux qui s’expriment ici dans ce florilège sont de sacrés bosseurs. Ils ne comptent pas leurs heures, ils aiment leur travail et même leur employeur et leurs collègues, même si ce sont aussi de sacrés râleurs.

Ils travaillent aussi bien dans les services publics que dans les entreprises du secteur concurrentiel. Leurs mots traduisent un ras-le-bol vis-à-vis de l’injonction du « toujours plus ».
Leurs mots n’ont rien d’anecdotiques, ils correspondent à une situation qui se généralise. C’est la France entière qui, aujourd’hui, se rapproche dangereusement du syndrome d’épuisement professionnel, plus prosaïquement appelé burnout.
Deux statistiques résument à elles seules la situation : la France figure dans le peloton de tête de la course à la productivité individuelle et par le même temps, elle est la première consommatrice de psychotropes. Pas de quoi être fier, finalement.

Les employeurs font cher payer l’amour que les français portent à leur travail. La valeur travail étant forte en France, les français s’y investissent à bras le corps car ils sentent bien qu’il est l’un des moyens de leur réalisation personnelle, bref qu’il peut donner un sens à leur vie.

Le travail, c’est comme l’argent qu’il procure : il ne fait pas le bonheur, mais il y contribue, fortement… Encore faut-il qu’il puisse y trouver du sens, ce serait plutôt le non-sens qui est au rendez-vous dans le quotidien professionnel des salariés français.

L’histoire étant un éternel recommencement, il est fort à craindre que comme au 19° siècle, les employés se tuent littéralement à la tâche. Le récent suicide d’un salarié de France Télécom-Orange, particulièrement tragique, est venu nous rappeler la fragilité humaine, mais elle doit par delà, nous faire prendre conscience de celle des organisations.

Quand tous les salariés se seront tués à la tâche, qui fera tourner les boutiques ? Et comment seront rémunérés les actionnaires ?

Comment en est-on arrivé à cette situation-là ?

D’abord, on n’a rien voulu voir, on n’a rien voulu savoir. On a continué à faire comme avant, comme si le monde n’avait pas changé, comme si la croissance serait suffisante pour continuer à financer nos exigences de toujours plus de consommation.
Comme tout de même, la concurrence était de plus en plus difficile avec les pays asiatiques et que la croissance n’est plus trop au rendez-vous, il a fallu ramer davantage. Dans les entreprises, on a parlé de la nécessité de s’adapter. Mais les actionnaires continuent de réclamer des taux de rentabilité toujours plus élevés. Du côté des services publics, on a parlé de « réforme de l’Etat », de la nécessité de réduire le nombre des fonctionnaires.
Bref, faire plus avec moins.

Bien entendu, tout cela est pensé d’en haut et mené de main de maître par des gens brillants, très intelligents, formés dans les plus grandes écoles, bien éclairés par une vision stratégique et mondialiste.

Ceux-ci ont voulu promouvoir le changement pour résister à la nouvelle donne concurrentielle. Mais ils se sont heurtés aux « habitudes » de ceux qui rament en bas. Il a fallu leur faire comprendre que leurs exigences d’acquis sociaux ne pouvaient plus être les mêmes ; il fallait désormais être flexibles.
D’en haut, ont été mises en œuvre des techniques de management éprouvées. On s’est attaché à réduire les coûts ; les « cost killers » se sont mis au travail sur leurs tableurs excel. Ils ont appliqués sans état d’âme les recettes apprises en école de management : pour générer du profit, je réduis les coûts en augmentant la productivité par un contrôle accru sur les process et en baissant les effectifs par downsizing et restructurations réguliers. Et j’en demande toujours plus aux collaborateurs. Ca tombe bien, il paraît qu’ils aiment bien le travail.

Le problème, c’est que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel. Même si le travail des cost killers a probablement du sens dans des organisations qui se sont bureaucratisées et ont fait un peu de gras, on ne peut pas les amaigrir jusqu’à l’os : sans chair ni muscle, un squelette ne se tient pas debout.

A force d’en demander toujours plus, on en arrive à des aberrations. Les reportings que remplissent les managers de proximité consomment de plus en plus de temps alors qu’il leur faudrait être de plus en plus sur le terrain. Les procédures brident la créativité des collaborateurs et les empêchent de s’adapter aux conditions concrètes de l’efficacité du travail. Et les survivants, ceux qui n’ont pas été fusillés par les cost killers, y croient de moins en moins. Les aberrations conduisant au non-sens, le travail amènent de plus en plus les salariés français à une réaction de burnout.

Le burnout ne se guérit pas avec des pilules. Le burnout est une maladie du non-sens. Le non-sens du travail alors qu’il est sensé donner du sens.

Le non-sens dans le travail c’est : plus je travaille moins j’y arrive alors que je suis compétent et investi, plus je m’investis dans mon travail, plus mon travail se désinvestit de moi.
Jusqu’à en perdre la foi – et non la tête : attention à la méchante tentation de faire passer pour fous les salariés atteints de burnout -, la foi en soi et en son travail, c’est-à-dire l’estime de soi professionnelle.
Le burnout pose ainsi une question essentielle : pourquoi le travail me fait-il mal alors que je l’aime ?
Pour guérir les salariés atteints du burnout, il faut les accompagner pour leur faire arriver à trouver la réponse appropriée à cette question fondamentale, afin qu’ils comprennent comment ils en sont arrivés là, qu’ils parviennent à se sauver par eux-mêmes pour éviter de replonger à nouveau dans les affres de l’épuisement professionnel, quitte à ce qu’ils quittent leur employeur.

Mais par delà la dimension individuelle, pour circonvenir ce burnout généralisé qui gronde, il faudrait que les organisations se demandent, entreprise par entreprise, service public par service public, comment elles ont contribué à ce que leurs salariés en arrivent à ce point.

Même si certains dirigeants courageux commencent à montrer des signes de remise en cause; comme chez France Télécom-Orange, il est à craindre que les intelligents d’en haut, les éclairés des grandes écoles et les stratèges de la mondialisation en soient encore très loin. »

La mention « Fait maison » dans la restauration évolue

La mention « Fait maison » ne concerne désormais que les produits crus transformés sur place.

Les conditions dans lesquelles la mention « Fait maison » peut être apposée sur les cartes des restaurants viennent d’être clarifiées.

Rappelons que la mention « Fait maison » a été mise en place en juillet dernier par les pouvoirs publics pour mieux informer les consommateurs sur les plats qui leur sont servis dans les restaurants (ou qui leur sont proposés par les entreprises de plats préparés à emporter) et pour mettre en valeur le métier de cuisinier.

Jusqu’à présent, cette mention concernait les plats qui étaient cuisinés dans les locaux de l’établissement (ou conçus dans un lieu différent mais uniquement pour les activités de traiteur ou de commerce non sédentaire) à partir de produits bruts n’ayant subi aucune modification importante. Sachant que de nombreuses exceptions étaient prévues puisque des produits congelés, surgelés, conditionnés sous vide ou encore déjà épluchés (à l’exception des pommes de terre), de même que la pâte feuilletée toute faite, pouvaient entrer dans la composition d’un plat « fait maison ». Ce qui rendait le dispositif peu crédible et peu clair…

Des produits crus transformés sur place

Par souci de simplification et de clarification, la secrétaire d’État chargé du Commerce et de la Consommation a indiqué récemment que le « Fait maison » s’applique, non pas aux produits bruts, mais aux produits crus transformés sur place, c’est-à-dire non cuits ou non dénaturés par quelque procédé que ce soit. Autrement dit, les produits surgelés n’ont désormais plus leur place dans le « fait maison ».

De même, il est précisé que pour pouvoir porter la mention « Fait maison », la pâte feuilletée doit être cuisinée par le restaurateur.

Exceptions :les produits que le consommateur ne s’attend pas à ce qu’ils soient confectionnés sur place, tels que les pâtes, les fromages ou le pain, peuvent entrer dans la composition d’un plat « fait maison ».

Enfin, un plat ne peut pas être « fait maison » lorsque le restaurateur utilise un produit d’une marque de renom. L’utilisation de ce produit de marque devant d’ailleurs être précisée.

Un choix du restaurateur

Autre évolution importante, l’inscription de la phrase : « Les plats faits maison sont élaborés sur place à partir de produits bruts [qui deviendra « produits crus » ?] », qui était une obligation pour les professionnels concernés, est désormais facultative. Ainsi, elle ne figurera que sur les cartes des restaurateurs souhaitant mettre en avant les plats « Fait maison ».

Entreprises : alerte au phishing !

La Banque de France vient de publier sur son site internet une alerte mettant en garde les particuliers, mais également les entreprises, sur la recrudescence des tentatives d’usurpation d’identité.

Le phishing (hameçonnage ou filoutage) est une technique utilisée par des fraudeurs consistant à « partir à la pêche » aux données personnelles sur internet. L’un des moyens utilisés étant l’usurpation d’identité. Ainsi, ces personnes malveillantes se font passer pour une grande entreprise ou un établissement financier en envoyant des emails frauduleux ou en contactant directement par téléphone les particuliers ou les entreprises afin d’obtenir le mot de passe de leur compte bancaire, les numéros de leur carte de crédit, etc.

En pratique, les fraudeurs utilisent le nom, le logo mais aussi certains numéros de téléphone et adresses électroniques de l’entreprise ou de l’établissement financier. Le destinataire de ce type de message est très souvent invité à cliquer sur un lien renvoyant sur un faux site. Et le tour est joué !

La Banque de France, qui constate que son nom et ses coordonnées sont actuellement utilisés, appelle à la plus grande vigilance et invite le public à ne surtout pas répondre à ces sollicitations. Elle souligne, d’une part, qu’elle ne demande jamais que lui soient communiquées des coordonnées bancaires (que ce soit par courrier électronique ou par téléphone), et d’autre part, que les pouvoirs publics ont mis en place une plate-forme sur laquelle il est possible de signaler les escroqueries par phishing dont les internautes ont été victimes.

Conseil :  il existe plusieurs astuces pour se protéger de ces attaques :
– plutôt que de cliquer sur les liens affichés dans les courriels, choisir de saisir l’adresse manuellement dans le navigateur ;
– s’assurer également de la présence du cadenas qui doit apparaître dans le navigateur et que l’adresse du site commence par https au lieu de http ;
– utiliser un filtre permettant de réduire le nombre de courriels indésirables.

CFO Role Shifts From Number Cruncher To Business Leader

Editor’s note: Sergio Monsalve is a partner at Norwest Venture Partners.

The CFO has always served as a sounding board for CEOs — a person behind the curtain helping to make strategic financial decisions to drive the growth of the business. But today, the modern CFO has publicly emerged as not only a financial leader, but also a business leader. She is not just a number cruncher, but also a power player in the C-suite. No longer taking a back seat in business discussions, the modern CFO acts as a key driver for evaluating strategic opportunities for a business.

Uber, for example, is a company that hasn’t starved for attention, but has hit some serious hurdles for growth with competitors and legislation blocking the way. In just two short years, its former CFO Brent Callinicos helped to expand its global operations to more than 50 countries and oversaw more than $5 billion in funding.

Another example is Google snapping up former finance chief of Morgan Stanley, Ruth Porat. Porat has been known as a power player in finance for many years, and was recently considered for Deputy Secretary of the U.S. Treasury by President Barack Obama. This new hire for Google, which included a multiyear pay package valued at more than $70 million, highlights the fact that the intersection between business strategy and finance is becoming more central to the CFO position.

Callinicos and Porat aren’t the only ones fitting into this new role; according to a CFO Indicator survey from cloud corporate performance management company Adaptive Insights, more than half of the CFO respondents are expanding the role of their teams from number crunching to also include strategic business analysis (54 percent). This is an even higher priority for CFOs at $1 billion-plus revenue companies (70 percent).

The survey of more than 250 CFOs also showed that the majority of CFOs (76 percent) see themselves as a “navigator,” well equipped to guide their teams through fluctuating economic conditions.

All about the data

There’s been a lot of buzz about companies hiring a chief data officer, but now, many of those responsibilities are being handled by the CFO. Analyzing data has become more pertinent for the modern CFO as they guide their companies through market expansion, IPO process and overall growth. Access to real-time data has aided CFOs in becoming business navigators because they aren’t only focused on their prior experiences, but are able to forecast different scenarios in the road ahead.

For example, Zendesk, which provides integrated customer support portals, used cloud data analytics and forecasting to better manage and plan for growth leading up to and after its IPO process, which helped save the company time and kept all levels updated on its growth trajectory. BlackLine, a leader in enhanced finance controls and automation software, uses continuous, data analytics to help the company understand business performance, share insights with the global team and inform important decisions.

High-growth company, high-value CFO

The opportunity for CFOs to act as business leaders at high-growth companies is particularly strong. These organizations are aggressively tackling business issues, ranging from market adoption and product development to hiring and fundraising and are looking to financial leaders to act as business leaders in each area. Many CFOs are also expecting the high-growth market to expand. According to the CFO Indicator, more than 30 percent predict a record-breaking number of IPOs in the remainder of 2015.

For CFOs at high-growth companies, responsibilities go far beyond setting and managing financial fundamentals. These CFOs must fully understand the size and scope of the market and the potential growth opportunities. As a result, they are adopting business analytics, forecasting and sophisticated modeling to provide projections for the future.

One example of where this plays out is how CFOs can influence a company’s business model. For many technology sector companies, subscription-pricing models deliver the kind of predictable, recurring revenue that the market loves. By leveraging the power of data insights and analytics, CFOs can quickly adjust their business models by modeling certain scenarios and responding to different growth stages. For example, an emerging startup may experiment with a freemium model and transition to a paid subscription model as it gains more adoption.

Another area where the modern CFO is providing tremendous value is the relationship between the company and its venture capital firm(s). In the past three years, I’ve noticed the CFO taking a more prominent role in key areas of both the funding pitch process and quarterly board meetings. For a VC, this is a strong selling point and especially important for young companies that have raised a lot of capital quickly. These promising, fast-growth companies need a dynamic CFO early on to work with the board and executive team to determine how to strategically allocate capital across the business.

It’s clear that for the modern CFO, the job description now includes business strategist. These company power players are expanding their traditional responsibilities and tapping the power of data analytics to forecast and make strategic decisions to fuel business success. By providing company stakeholders with a holistic view of the entire organization, the CFO takes center stage and enables the executive team and board of directors to embark on a rapid growth trajectory.

Pourquoi la France ne parvient pas à réduire ses dépenses

Entre 2015 et 2017, la France s'est engagée à réduire ses dépenses publiques de 50 milliards d'euros.

Pour France Stratégie, les pays qui parviennent à réduire leurs dépenses sont ceux qui opèrent des arbitrages entre postes budgétaires, s’opposant à une réduction proportionnelle de chacun d’entre eux.

Les pays qui réduisent leurs dépenses publiques sont ceux qui choisissent de faire des économies sur des postes bien ciblés, c’est la conclusion que l’on peut tirer de la note d’analyse de France Stratégie sur la réduction des dépenses publiques, publiée ce lundi.

Or, la France est un des pays européens qui a le moins modifié la structure de ses dépenses sur la période 2009-2012 et donc, un de ceux qui a le moins réduit ses dépenses publiques, révèle l’organisme de concertation et de réflexion rattaché au premier ministre. Les revues stratégiques, qui impliquent des choix quant aux dépenses auxquelles il faut renoncer ou sauvegarder, comptent parmi les moyens les plus efficaces d’obtenir des réductions. Une telle revue exige un fort arbitrage qui dépend des préférences nationales et des priorités des autorités politiques.

«Pour qu’une revue stratégique soit efficace, explique Vincent Aussilloux, chef du département Economie-Finances à France Stratégie, il faut qu’elle bénéficie à la fois d’une forte volonté politique et d’un fort degré d’appropriation des administrations concernées. Par exemple, s’il s’agit d’une réduction des dépenses de santé, l’administration concernée sera le ministère de la Santé». L’objectif de réduction des dépenses pluriannuel doit être précis et ambitieux. «La revue stratégique doit pouvoir évaluer tous les champs de dépenses même si elle décide finalement de ne toucher que quelques postes, par exemple les transports et le logement. Ce procédé global permet de faire un choix éclairé entre les différents postes et de définir des priorités, contrairement à la méthode du rabot qui réduit toutes les dépenses dans la même proportion, sans discernement, sans efficacité», poursuit Vincent Aussilloux.

La France a réalisé des exercices de revue de ses dépenses publiques ces dernières années, mais avec des résultats limités: «D’abord entre 2007 et 2010 avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP) et, depuis 2013, avec la Modernisation de l’action publique (MAP). Dans les deux cas, les effets de ces revues ont été de faible ampleur. La RGPP aurait conduit à une réduction des dépenses publiques de l’ordre de 11 milliards d’euros, et il est difficile d’estimer les effets de la MAP», indique France Stratégie. Les raisons? «Le faible champ d’application de ces revues et l’absence d’objectifs de la dépense chiffrés et ambitieux», justifie la note d’analyse. Entre 2015 et 2017, la France s’est engagée à réduire ses dépenses publiques de 50 milliards d’euros à travers le Pacte de responsabilité «et il est indéniable que cet effort se fait déjà au prix d’arbitrages difficiles», commente France Stratégie.

Notons que ce ne sont pas forcément les pays qui modifient le plus la structure de leurs dépenses qui les ont le plus domptées. Certains Etats peuvent faire peser le poids de leur ajustement budgétaire sur certaines dépenses déterminantes pour leur croissance potentielle: «investissement en R&D, éducation, formation», énumère le rapport. Le Royaume-Uni apparaît comme un des pays européens ayant opéré les arbitrages les plus importants. Pourtant, ses dépenses publiques n’ont pas diminué significativement entre 2009 et 2012.

Par ailleurs, certaines dépenses comme les retraites ou l’indemnisation du chômage ne dépendent pas seulement de décisions budgétaires mais aussi, respectivement, de la démographie et du taux de chômage.

Entre 2004 et 2007, la France est déjà l’un des pays où les différentes dépenses évoluent de manière proportionnelle sur chaque poste. L’augmentation des dépenses publiques sur cette période a aussi été le fruit d’une augmentation généralisée des dépenses. Plus que d’un arbitrage …..

Bonheur au travail. Alors, heureux les Bretons ?

Le cabinet rennais MoreHumanPartners a mené l’enquête : les Français, et les Bretons en particulier, sont-ils heureux au travail ? Plus de 120 dirigeants ou salariés de l’Ouest ont répondu au questionnaire. Voici, en exclusivité pour Le Journal des entreprises, les principaux enseignements.

Le thème du bonheur au travail s’affiche partout. Le mois dernier, on a même célébré la journée mondiale du bonheur ! Arte a aussi diffusé un documentaire, réalisé en partenariat avec la société rennaise Sens & Co. Effet de mode (d’aubaine pour certains), thème galvaudé ou véritable tendance de fond ? Comment les entreprises elles-mêmes appréhendent-elles ce sujet ? « Nous sommes entrés dans un phénomène durable qui répond à un certain nombre de changements en entreprise », selon Albane Vigneron, sociologue de formation et dirigeante associée à Bruz du cabinet national de conseil en management-RH et accompagnement du changement MoreHumanPartners (7 salariés et associés, CA : 600 K€), présent à Paris, Tours, Bordeaux et Rennes. Sa représentante de l’Ouest a mené l’enquête…

20 questions, 700 réponses
En 2014, quelque 700 personnes ont répondu à son questionnaire de 20 questions. La moitié sont des anonymes ; l’autre moitié issue des entreprises identifiées (dont près de 125 bretonnes). Toujours disponible en ligne, ce sondage va s’enrichir au fil du temps. Albane Vigneron met en avant une démarche « humble ». Elle a, par ailleurs, réalisé à ce jour une cinquantaine d’interviews directes de dirigeants, DRH, consultants, etc. « Je cherchais à savoir s’ils sont heureux ou non au travail, dans leur entreprise, explique-t-elle. Pensent-ils que c’est important pour l’entreprise et sa performance ? Ont-ils envie de s’impliquer ? Des leviers autour de l’autonomie pourraient-ils avoir un impact ? » Autant de questions qui ont trouvé des réponses intéressantes… Albane Vigneron a d’abord dû affronter un préjugé : « Certains m’ont dit que le bonheur n’avait rien à faire en entreprise. Les dirigeants vivent dans un marasme ambiant. Un certain nombre d’organisations n’ont visiblement pas encore mis du sens dans leurs rouages ! » Eric Challan-Belval, dirigeant de la Feuille d’Erable, alerte : « Les nouvelles générations (X et Y) ont un rapport à l’entreprise totalement modifié. Elles déstabiliseront les entreprises si ces dernières n’adaptent pas leur management et ne font pas l’effort de comprendre ces modes de fonctionnement nouveaux. » Albane Vigneron poursuit : « En conférence lors des Journées du bonheur au travail, Michel Hervé disait que les entreprises qui ne prendront pas ce sujet à bras-le-corps, mourront demain. » Aux États-Unis, le coût du désengagement des salariés a même été chiffré à 300 milliards de dollars par an ! D’après l’étude de MoreHumanPartners, bonheur et travail sont « compatibles » selon 95 % des répondants (97 % en Bretagne). Et d’une manière générale, les Bretons se disent heureux au travail pour 87 % d’entre eux, alors que la moyenne nationale est à cinq points en-dessous.

« Pas forcément coûteux »
Or, « faire le bonheur en entreprise n’est pas forcément coûteux », selon Albane Vigneron, pour qui « les entreprises reposent sur des mines d’or »… humaines. Les entreprises dites « libérées » l’ont compris. En Ille-et-Vilaine, elles commencent à se multiplier.

Mieux à l’Ouest
Pour faire le bonheur de leurs salariés, ou au moins leur rendre le quotidien agréable, les chefs d’entreprise bretons ont semble-t-il pris les devants. Ainsi, l’étude nous apprend qu’agir pour le bonheur au travail fait partie de la culture de 63 % des entreprises bretonnes, bien au-delà de l’ensemble (52 %). Un quart des personnes interrogées de l’Ouest considèrent tout de même que leur manager ne se préoccupe pas de leur bonheur au travail. Mais ce chiffre monte à 36 % au plan national. S’ils avaient le choix de quitter ou non leur entreprise, les salariés bretons seraient aussi plus enclins à… rester ! Pour 73 % d’entre eux ; là encore, au-dessus de la moyenne à 66 %. « Ils y trouvent quand même leur bonheur. Ce n’est pas si mal », rassure Albane Vigneron qui pondère ses propos au regard des 27 % prêts à tout quitter (34 % au plan national).

L’affaire de tous
Enfin, le bonheur reste l’affaire de tous – manager, collègue et soi-même sont mis au même plan – et d’un environnement de travail agréable. Ce sont les premiers critères avancés par les personnes interrogées, bien avant le niveau de salaire. Les leviers pour être plus heureux sont (dans l’ordre cité) : se développer (compétences, apprendre de nouvelles choses…), exprimer son potentiel (créativité, innovation…). Le salaire n’arrive qu’en troisième position, suivi de près par l’évolution professionnelle. Et Albane Vigneron de citer un dirigeant : « Si vous voulez de l’obéissance, managez ! Si vous voulez de l’engagement, développez l’autonomie. »

> C’est quoi le bonheur ?

Engagés pour leur entreprise et leurs salariés, ces patrons bretons ont un management décomplexé. Quelle est leur définition du bonheur ? Comment y contribuent-ils au quotidien dans leur société ? Quels sont leurs leviers ? Tour d’horizon…

>Mario Piromalli (McDonald’s 35) : « Le bonheur en entreprise se partage sans préalable, sans préavis et sans négociations ! Dans mon entreprise, c’est de considérer que le travail n’en est pas ! Mon bonheur me mène à la bonne humeur que je transmets autour de moi et auprès de les salariés. Le bonheur en entreprise se partage avec les autres. Alors, naît l’esprit nouveau et joyeux de l’entreprise. Il est forcément avec l’autre car s’il n’est pas partagé, il reste trop éphémère pour être utile à l’entreprise. »

>David Calvez (AMI-API, Torcé) : « C’est un terme un peu extrême car il est lié également a la sphère personnelle. Notre action se situe sur l’environnement « épanouissant » permettant si ce n’est le bonheur pour certains, au moins favoriser le bien-être. Diminuer le stress, donner le droit à l’erreur, travailler les relations, responsabiliser, encourager, former et garantir une certaine liberté, faire en sorte que les collaborateurs soient fiers… sont des facteurs a même de générer le bien-être. Une fois cet environnement mis en place, il y a une majorité de collaborateurs heureux et d’autres qui ne le seront peut-être jamais. »

>Jocelyn Denis (Digitaleo, Rennes) : « C’est donner du sens à nos actions, bien au-delà d’un simple travail ou salaire. Nous avons travaillé sur nos fondamentaux : l’ADN, la culture d’entreprise, ses valeurs identitaires… Parallèlement, j’ai écrit ma Vision à l’horizon 2020 pour mieux partager avec les équipes mon projet d’entreprise afin qu’il devienne une vraie aventure collective. Nos valeurs nous permettent aussi de mieux recruter, de mieux concevoir nos produits, elles sont vécues à tous les niveaux et prises en compte pour tous les sujets, même dans l’évaluation des salariés. Ça nous a permis de créer le cadre.
Nous avons aussi en même temps posé notre organisation agile, instauré un management de proximité avec nos collaborateurs avec des objectifs et des points individuels réguliers, des groupes de travail collaboratif sur des sujets transverses et structuraux…
Nous avons aussi initié une vraie culture « corporate » en créant des moments de convivialité interne : des RDV mensuels lors de Talks interactifs avec l’équipe, des Olympiades annuelles avec cette volonté permanente d’impliquer nos collaborateurs.
Enfin, nous nous sommes aussi attachés à créer un lieu de travail, La Fabrique, en accord avec notre culture et nos valeurs. Les espaces de travail sont conviviaux, ouverts, et permettent une communication plus fluide entre les pôles et les personnes.
Le bonheur au travail pourrait se résumer chez Digitaleo par :
– la volonté constante d’impliquer et de responsabiliser les collaborateurs en leur donnant plus d’autonomie dans leur travail
– la volonté de leur offrir un lieu de travail convivial et attractif
– la volonté de partager des valeurs et une culture d’entreprise très marquées
– la volonté de leur proposer en permanence de nouvelles activités ( le sport au travail, différents ateliers le midi ont été mis en place, yoga, pilate)
– la mise à disposition de fruits bio
– la volonté de les faire participer à des séminaires « corporate » avec des intervenants de qualité
– la volonté de créer du lien en restant simple et accessible et en misant sur les qualités de chacun en valorisant la créativité et le goût de la performance dans un esprit d’équipe fort
Nous en récoltons les fruits car le climat social est très constructif et nous sommes concentrés sur les sujets d’avenir et orientés clients, malgré le fait que notre secteur d’activité nécessite des évolutions continues. Le changement est très facile dans l’entreprise car les salariés et les élus nous font confiance. »

>Arnaud Louvet (agence Voyelle, Cesson) : « Chez Voyelle, c’est une finalité et un moyen. C’est le sourire des collaborateurs quand ils font le tour du bureau le matin pour dire bonjour, c’est l’ambiance positive qui règne, c’est le plaisir qu’ils ont à travailler ensemble, à avancer, à combattre les difficultés rencontrées. C’est aussi la nature de la relation que l’on cherche avec nos clients, une relation gagnant-gagnant, c’est peut-être bateau mais c’est un équilibre très précaire et pas évident à maintenir, c’est au prix de cet équilibre que l’on travaille dans la durée et le balancier comprend honnêteté et respect réciproque. Le bonheur c’est contagieux et c’est la meilleure façon de changer le monde.
L’entreprise du XXIe siècle, c’est donner de l’autonomie, faire grandir, faire confiance ce n’est pas de la naïveté. Cela apporte plus d’efficacité, plus de souplesse, une meilleure intégration des contraintes de chacun (enfants, horaires, envies, personnalités) pour le bénéfice de l’entreprise, de ses clients et de son dirigeant.
A quoi sert l’entreprise, si les femmes et les hommes qui la composent ne peuvent pas s’y épanouir ? Comment être exigeant avec ses collaborateurs si on ne les respecte pas, si on ne leur fait pas confiance, s’ils ne sont pas heureux quand ils viennent travailler?
Je ne suis pas responsable de leur bonheur mais je participe aux conditions qui vont le permettre. Ils choisissent leurs horaires, ont une demi-journée par semaine de veille, sont fortement invités à sortir de l’entreprise pour s’enrichir des autres… j’en emmène même dans mes valises quand je pars à Québec à des conférences. Il y a une transparence totale sur les chiffres de Voyelle, mon salaire compris. Ils savent ce que l’on gagne et ce que l’on dépense, chacun est responsable de sa zone d’expertise, envers ses collègues et nos clients. Ils participent à la majorité des décisions, aux recrutements et à l’intégration des nouveaux collaborateurs. J’organise régulièrement des « green days » : on se met au vert pour réfléchir à qui on est, où on en est et où on va, j’essaye d’être un maximum à l’écoute.
Et pour que l’aventure continue je ne leur impose que deux conditions : c’est prendre du plaisir à faire ce qu’ils font et être économiquement viable. »

>Véronique Bléas-Moncorps (Sacib, Saint-Malo) : « C’est simple comme « bonjour » et en même temps c’est une alchimie fragile et évolutive sur laquelle il faut veiller tous les jours. Je me méfie des solutions toutes faites et des phénomènes de mode comme si on découvrait qu’il faut être heureux au travail pour mieux travailler. C’est la base de tout depuis toujours. Comment faire pour que les salariés aient envie de venir au travail chaque matin ? C’est un mélange de respect, de reconnaissance, de disponibilité, de plaisir, de stimulation et une bonne dose de convivialité. Pour que cela marche, il faut prendre le temps d’écouter les attentes des salariés et surtout savoir déléguer. Pas toujours simple, mais si on prend le temps, on doit réussir à améliorer les choses. Il faut être également très vigilant sur les risques psycho-sociaux (burn-out) et donc motiver au lieu de stresser en donnant les moyens matériels et le temps à chacun de faire son travail dans de bonnes conditions. C’est un challenge qui n’est jamais gagné, il y a des hauts et des bas, mais il faut tenter de garder ce cap. »

>Eric Challan-Belval (La Feuille d’Erable, Rennes) : « C’est un but collectif et pas seulement la somme des « petits bonheurs individuels ». C’est le « bien-vivre ensemble » qui est doit être l’objectif. La clé du bien-être des salariés en entreprise passe par la gouvernance et donc le mode de management. Les nouvelles générations (X et Y) ont un rapport à l’entreprise totalement modifié. Elles déstabiliseront les entreprises si ces dernières n’adaptent pas leur management et ne font pas l’effort de comprendre ces modes de fonctionnement nouveaux. Le bien-être en entreprise passe par :
– Connaitre le sens de son action : comprendre la finalité de l’entreprise et sa propre place dans la réussite de ces objectifs qui ne peuvent être limités qu’à l’économique.
– La responsabilisation de chacun : « Je peux prendre certaines décisions, j’ai une latitude d’action qui m’autorise à agir sans en référer en permanence au N+1. »
– La confiance : la direction doit avoir confiance dans ses collaborateurs et les regarder comme les « perles rares, les pépites » qu’ils sont pour l’entreprise.
– L’exemplarité : le top-management doit être exemplaire « je fais ce que je dis et je dis ce que je fais ».
– La fin d’une hiérarchie pyramidale par empilement de strates qui éloignent des décideurs : l’entreprise devient plus agile. Les décisions ne peuvent plus être du « top/down » et tomber d’en haut sans impliquer chacun dans les choix stratégiques. Le salarié heureux est celui à qui on demande son avis sur les sujets qui l’impactent dans l’entreprise, qui sait quelle est sa place, son rôle et qui comprend les conséquences de son action et leur impact.
Pour ce faire, nous avons mise en place à La Feuille d’Erable un mode de management participatif adapté. Par exemple mes collaborateurs ont construit un outil sur-mesure pour les équipes de terrain qui ne participaient pas aux réunions car n’étaient pas à l’aise derrière une table de réunion et devant un tableau blanc. Nous l’avons appelé « Exprim’café ».
N’oublions jamais qu’un salarié heureux de venir au travail participe à la performance globale de l’entreprise, diminue le turn-over et est le meilleur communicant de l’entreprise vis-à-vis de l’extérieur et auprès des clients. C’est ce que je dis aux chefs d’entreprise qui sont incrédules vis-à-vis de ce type de démarche humaniste. Le management participatif, ça n’est pas « tout le monde décide de tout », ça n’est pas l’anarchie non plus, bien au contraire. Le management centré sur l’humain, c’est pour moi être convaincu que la première richesse d’une entreprise ce sont ces femmes et ces hommes qui la constituent et qui détiennent la clé du succès et de la satisfaction des clients.
Pour finir je dirais qu’on ne fait pas le bonheur de ses salariés, on y contribue en mettant en place un terreau favorable pour que le bien-être s’installe naturellement et collectivement. »

>Benoît Roby (agence Phileas, Rennes) : « Le bonheur au travail, c’est le contenu du travail. Dans la pub ou la com’, le bonheur vient des questions et défis qui nous sont posés. Plus il y a de compétition, plus les salariés sont heureux. Ce sont la qualité, le contenu et les sujets mêmes qui créent le bonheur dans la prestation de services, à 95%. Les 5% restants concernent l’ambiance et le contexte de travail, agréables. »

« Meilleur que la moyenne nationale »

Albane Vigneron, associée de MoreHumanPartners, à Rennes

  • Pourquoi avoir mené une telle étude sur le bonheur au travail ? « C’est un sujet qui me tient à coeur, mon sujet de recherche. C’est un thème intangible. Ma volonté est que cette enquête essaime le plus possible. D’autres sondages existent ; il n’y en a pas un mieux que l’autre. Les baromètres sociaux ne mesurent pas forcément cette notion de bonheur. Il n’y a pas non plus un indicateur national. »
  • Qu’est-ce qui vous a le plus surprise concernant les entreprises de l’Ouest ? « La situation n’est pas si mauvaise. La « note de bonheur » attribuée aux entreprises de l’Ouest (6,1 sur une échelle de 1 à 10) est meilleure que la moyenne nationale (5,7). Les personnes interrogées y trouvent leur bonheur quand même. Globalement, on est heureux mais cela dépend où l’on place la barre… Une note de 6,1 est-elle une bonne moyenne ? »
  • Quels leviers mettre en oeuvre alors ? « Faire le bonheur en entreprise n’est pas forcément coûteux. Il faut libérer le potentiel des individus par l’autonomie et la responsabilisation. Le fait d’avoir un meilleur salaire n’est d’ailleurs pas cité en premier lieu. L’argent fait le bonheur jusqu’à un certain seuil. Les gens veulent se développer, apprendre, exprimer leur potentiel, etc. »

SYMBOLIQUE OU DIABOLIQUE ?

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Etymologiquement, le symbole est ce qui rassemble. Le mot vient du grec « jeter » avec le préfixe « avec » : jeter avec, mettre ensemble, rassembler. Dans l’Antiquité, le symbole évoquait les deux parties d’une tablette d’argile que deux personnes ajustaient pour se reconnaître. On faisait la même chose dans la résistance en utilisant les deux morceaux d’un même billet de banque déchiré. Bien entendu l’important n’était pas la valeur faciale du billet mais la bonne complémentarité entre les deux pièces. En effet tout peut être symbole, tout peut être porteur d’un sens commun. Un peu de tissu brûlé soulève les foules quand il porte les couleurs d’un pays et une pièce de musique suscite l’émotion, non pour sa qualité musicale, mais parce qu’elle est hymne national.

Le symbolique est omniprésent. Il paraît même naturel que des personnes développent un certain sens commun en vivant ensemble : c’est le cas dans une association ou dans le regroupement aléatoire de vacanciers sur un même site. On peut même imaginer que le symbole ait une fonction, celle de rassurer ceux qui partagent ce sens commun quand ils sont confrontés à l’étrangeté voire à l’agressivité du monde environnant. Le symbole aide à approcher ou à conforter son identité en se rapprochant de ceux qui le partagent et en se distinguant des autres. Le symbole pourrait aussi répondre à un besoin : sur le plan politique il est intéressant de voir dans l’histoire comment de nouveaux pouvoirs révolutionnaires ont tôt fait de réinstaurer un appareillage symbolique souvent si proche de celui qu’ils ont abattu. Mais le symbolique a aussi la capacité de fournir une grille de lecture de la réalité qui s’attache moins aux faits qu’au sens et qui tente de prendre de la distance vis-à-vis du visible pour en comprendre la signification profonde.

Dans l’entreprise, le symbolique a toute sa place, même s’il la prend avec un peu de légèreté parfois. De manière amusée, condescendante voire méprisante, il est de bon ton de s’étonner de toutes les bizarreries de la vie des organisations comme un vocabulaire, un agencement de l’espace, des codes vestimentaires ou relationnels. Elles surprennent l’étranger mais demeurent difficiles à interpréter : ce n’est pas la bizarrerie qui fait sens en soi et ce qui n’est pas bizarre a souvent tout autant de sens. La bizarrerie reflète surtout les modes de pensée de leur observateur, ses préjugés, en tout cas sa distance vis-à-vis de ce qu’il observe.

Le symbolique peut être aussi instrumentalisé avec quelque naïveté. C’est le cas dans cette expression banalisée qui enjoint les directions d’entreprise, ou les leaders à « donner du sens ». Quand on rêve que tous partagent un certain sens – le sien généralement – on imagine des moyens pour le partager. Il est bien compréhensible de vouloir donner du sens aux autres mais personne n’aime se le voir imposer, c’est le paradoxe de cette approche trop mécaniste du symbolique qui se décline aujourd’hui tout comme on voulait, dans d’autres temps et d’autres lieux créer une culture ou faire la révolution culturelle.

Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain car le symbolique est important et pertinent dans les organisations, pour autant qu’on l’aborde correctement. Les DRH disent que les moments les plus difficiles, sensibles et intenses de leur carrière ont souvent eu lieu lors de déménagements : cette opération apparemment banale a beau être préparée longtemps à l’avance, avec tout ce qu’il faut d’information et de participation, elle génère beaucoup d’émotion parce que ces changements apparemment banals dont tout le monde semble se moquer dans le discours, fait émerger de vieilles rancunes, des procès d’intention, les mécanismes profonds de la jalousie. C’est moins la comparaison des aspects objectifs des localisations qui compte que le sens profond recherché par chacun en-deçà des décisions prises.

Ces dernières décennies se sont généralisées les démarches consistant à définir et communiquer valeurs et visions. Certes, la référence à ces notions ne préjuge pas d’une commune définition ou approche concrète mais le fait est là : en définissant valeurs et vision, c’est à un sens partagé qu’aspirent les institutions, à l’idée que chacun pourrait, voire devrait, les partager pour fonctionner convenablement.

Enfin, il faut noter comment s’est installée depuis une trentaine d’années la notion de culture d’entreprise même si elle est diversement définie. Au-delà de cette culture, c’est la reconnaissance d’une identité de l’institution, de la construction progressive tout au long de l’histoire d’un ensemble de références pertinentes pour comprendre les actions actuelles : il existerait donc un sens des choses au-delà (ou en-deçà) des personnes et de leur « ici-et-maintenant ».

Le symbolique, c’est le sens commun partagé. Il ne faudrait pas croire qu’il se situe seulement dans l’ineffable, l’abstrait et l’immatériel. Au contraire, le symbole suppose du matériel, ce fameux « truc » porteur de sens. La culture ne se repère-t-elle pas dans ce que les personnes et les institutions font, et non ce qu’elles disent ? Le symbolique se trouve dans le concret et certains signes aujourd’hui témoignent du besoin d’un symbolique plus concret.

Dans un éditorial récent l’éditorialiste « Business » de The Economist[1] s’interrogeait sur la persistance, à l’heure du digital et des réseaux sociaux, de l’antédiluvienne carte de visite. La technique permet d’échanger entre smartphones, sans fil ni manipulation, les coordonnées de leur propriétaire mais ceux-ci continuent imperturbablement d’échanger cérémonieusement des morceaux de carton : l’éditorialiste voyait là le besoin de continuer de marquer le rite de la relation par l’échange d’un objet matériel, comme dans la plus belle tradition des cadeaux.

Les critiques de François Dupuy[2] contre certaines formes organisationnelles actuelles rencontrent un large écho. Elles montrent les limites de structures transversales, matricielles ou par projet, où on essaie de gommer les hiérarchies et les postes trop formellement établis en promouvant une apparente autonomie, voire la modernité revendiquée de structures modernes qui s’exonéreraient de hiérarchies vieillottes. Les hiérarchies et les structures formelles peuvent être difficiles à supporter, cela ne signifie pas qu’elles soient inefficaces : à voir les risques de burn-out de ceux que l’on a mis dans des positions organisationnelles où ils ne disposaient ni des compétences, ni des réseaux ou simplement de la bonne organisation environnante, on se dit qu’un peu de formalisme peut aussi créer de l’efficacité. Le formalisme concret d’un organigramme n’est pas toujours flamboyant mais il peut aider les acteurs à évoluer dans une organisation et à développer le pouvoir nécessaire pour mener leur action.

Cette remarque sur les organisations et les leurres de la transversalité, du matriciel ou des structures informelles pourrait être comprise comme une critique des formes nouvelles d’organisation de la collaboration, sans considération pour toutes les innovations managériales populaires aujourd’hui qui semblent prouver le contraire. Il n’en est rien ; ce n’est là que l’affirmation que les personnes ont besoin de partager quelque chose pour collaborer et vivre ensemble : les structures et les organisations peuvent l’incarner mais ce n’est pas le seul moyen.

Ainsi, dans une entreprise totalement ancrée dans le digital/numérique et les business models aléatoires qui émergent autour, son président présentait à une audience avide d’innovations, le bouleversement en cours de certains business, des modes de collaboration et même du fonctionnement de la société en voie de digitalisation. Un auditeur lui demanda alors quelle avait été sa première mesure managériale à son arrivée à la présidence de l’entreprise. La réponse fut immédiate : il avait mis en place des « rites symboliques »[3] consistant à obliger l’ensemble de son personnel à se rencontrer physiquement régulièrement. Devant la virtualisation du travail, il lui apparaissait déterminant de recréer (de forcer) la relation humaine, non pour générer ou retrouver un quelconque plaisir perdu mais parce que la relation de face à face était le seul moyen de maintenir un savoir vivre et travailler ensemble, un sens commun nécessaire au bon fonctionnement de l’entreprise : la rapidité et la pertinence technique des relations virtuelles n’étaient donc pas suffisantes.

Etymologiquement, le contraire de « sym-bole » est évidemment « dia-bole », ce qui sépare : n’est-ce pas la fonction du diable ? A oublier le concret symbolique, à négliger le fait que le sens ne se transmet et se partage que dans la réalité concrète des choses, on risque de tomber dans le diabolique. Afin que des chercheurs fassent des organisations diaboliques un nouveau buzz managérial, voici quelques pistes pour introduire le sujet.

Ce pourrait être diabolique – et empêcher le sens commun – de rester dans la virtualité et la distance en imaginant s’exonérer de la relation, du rite et du rythme. On devrait se le rappeler quand on imagine des organisations qui se réduisent à la seule programmation optimale des actions individuelles, imitant dorénavant l’ordinateur après avoir abandonné l’horloge[4], comme le suggère A. Supiot dans son dernier ouvrage. Evidemment, des formes nouvelles apparaîtront pour construire du sens dans un monde virtuel et distant mais encore faut-il les laisser émerger et ne pas les considérer a priori comme inappropriées.

Tout autant diabolique pourraient être des organisations totalement floues, informelles et indifférenciées si rien d’autre n’est venu attester d’un sens commun. Beaucoup d’entreprises innovent managérialement en rompant avec les chaînes traditionnelles de commandement et de contrôle mais c’est parce qu’elles disposent d’un ciment d’un autre ordre : le sot voit l’absence de structures traditionnelles et le sage la forte culture commune pas forcément visible sur les organigrammes.

Enfin, le diable pourrait se situer dans une approche trop individualiste des organisations, qui en oublierait la dimension collective et donc ce qui est partagé par cette communauté. Le symbolique consiste à s’interroger en permanence sur ce qui relie et ce qui doit relier. Plutôt que d’imaginer donner du sens, on ferait mieux de renforcer ce que les personnes partagent, même si elles semblent très bien s’accommoder d’un singularisme confortable tant que l’on a rien goûté d’autre.