Les gens et l’argent : les paradoxes français

De l'argent en cadeau

© arsdigital – Fotolia.com

Devenir riche, mais sans que cela se sache. Epargner pour la retraite, mais pas tout de suite. Miser en priorité sur des placements sécurisés, mais en visant un rendement maximal. Les Français ne sont pas à un paradoxe près lorsqu’il est question d’argent et de patrimoine. Plusieurs études publiées cette semaine ont pointé leurs contradictions.

Se sont-ils concertés ? Ces derniers jours, trois instituts de sondage(1), et les commanditaires de ces études, ont étonnamment publié des enquêtes sur des sujets très proches : « Le rapport des Français à l’argent et aux riches », par l’institut Odoxa, « Argent et entraide familiale, entre devoir et pouvoir », par TNS Sofres, « Les Français, l’épargne et leur retraite », par l’Ifop et le Cecop. Les trois sondages ont été relayés dans les médias, en particulier le premier, qui estime à partir de quel revenu un Français est considéré comme « riche ». Mais ce flot d’études pointe aussi de multiples paradoxes dans la relation des Français à la richesse et à l’épargne, bref, à l’argent en général.

Etre riche, c’est mal perçu

Premier d’entre eux, ce mélange d’attirance et de malaise concernant la richesse. Les trois quarts des personnes interrogées par Odoxa jugent que c’est une « bonne chose » de vouloir être riche, la même proportion de Français s’étant fixés pour « objectif de vie » de « gagner de l’argent et de devenir riche ». Un cap qu’ils valident, selon cette étude, à partir de 5.000 euros de revenu mensuel net ou d’un patrimoine de 500.000 euros.

L’attirance est affichée, mais le tabou perdure : pour 78% des sondés, être riche est « mal perçu ». Le malaise est d’autant plus important lorsqu’il s’agit de parler d’épargne ou de patrimoine : près de sept Français sur dix se disent mal à l’aise pour livrer le montant de leurs avoirs financiers.

Il faut épargner pour la retraite, en théorie

Deuxième paradoxe : épargner pour la retraite apparaît de plus en plus comme une nécessité, cependant, une minorité de Français s’y attèlent sérieusement. Ainsi, 81% des non-retraités pensent que leur pension ne leur permettra pas de « vivre correctement » selon l’Ifop. Mais seulement 29% des mêmes personnes affirment placer « régulièrement » de l’argent en vue de leurs vieux jours.

Même conclusion dans une autre étude récente : les Français épargnent trop tardivement pour préparer une dépendance éventuelle de l’avis des conseillers en gestion de patrimoine. Et ils choisissent des placements qui ne sont pas les plus adaptés pour anticiper la dépendance. Paradoxe, encore, par rapport à la perte d’autonomie des membres de la famille. Un tiers des Français considèrent la fin de vie de leurs proches comme « l’un des événements les plus lourds à supporter financièrement » selon l’étude TNS Sofres sur l’argent et l’entraide familiale. Et pourtant : « ils ne sont que 12% à anticiper cette éventualité ».

Epargne : « le beurre et l’argent du beurre »

Prendre des risques ou assurer ses arrières ? L’étude Ifop-Cecop commandée par le Cercle de l’épargne relève une constante quant à leurs placements : la sécurité avant tout ! Elle est citée comme priorité par 38% des Français, devant la disponibilité (35%) et le rendement (27%).

Mais lorsque le sondeur interroge le même panel sur le niveau de rémunération de l’épargne, elle est jugée insuffisante à 87% ! Ce paradoxe trouve d’ailleurs une illustration concrète dans l’actualité récente. L’assurance-vie, produit d’épargne n°1 en France en termes de montant, enregistre jusqu’à présent en 2015 une collecte nette supérieure sur les fonds risqués (supports en unités de compte) à celle réalisée sur les supports non-risqués (fonds en euros). Dans une étude portant sur les douze principaux assureurs du marché, le régulateur du secteur, l’ACPR, annonçait même 68% de la collecte nette sur les unités de compte au premier trimestre 2015.

Et des clichés sur les produits bancaires

Concernant le Livret A, si souvent présenté comme le produit d’épargne préféré des Français, le paradoxe n’existe pas : sa rémunération reste scotchée à 1% et la collecte nette du Livret A est à nouveau négative en mai 2015, comme lors de onze des douze derniers mois. Depuis plus d’un an, l’idée qu’il ne rapporte plus rien fait son chemin. Une idée reçue lorsque l’on regarde l’évolution du rendement net d’inflation de ce produit d’épargne réglementée. A l’image de ce préjugé, cBanque va s’attaquer, pendant tout l’été, aux clichés sur les produits bancaires.

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