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Le graphe qui me préoccupe beaucoup: mise à jour

Avatar de Philippe WAECHTERLe Blog de Philippe Waechter

Dans une série de posts récente (voir ici, ici et ici) je m’inquiétais du profil de l’économie mondiale.
Le point que j’y développais était le suivant:
Le commerce mondial a une évolution trop lente et atypique par rapport à ce qui était observé par le passé. La raison principale était l’absence de moteur de croissance susceptible de tirer à la hausse l’économie globale. Les Etats-Unis et plus récemment la Chine avaient joué, dans le passé, ce rôle d’impulsion de l’activité capable de caler la trajectoire de l’économie mondiale sur un niveau élevé.
Actuellement, les Etats-Unis et la Chine n’ont plus les moyens ni les capacités de tenir ce rôle. L’Europe, qui est en phase de reprise modérée, n’est pas spontanément susceptible de créer ce type d’impulsion.
De la sorte, même si les échanges restent à un haut niveau, il n’y a pas d’impulsion génératrice d’une croissance durable des…

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Pas de vraie reprise économique mais un chômage se transformant en emplois « low cost »

L’avenir ne laisse pas apparaître une vraie reprise économique mais plutôt une tendance du chômage à transformer les emplois en emplois « low cost »

La consommation des ménages est stable en France depuis 4 ans. Ce sont 4 années de croissance 0. Les Français ont cessé de consommer, ils ont fait le dos rond. L’augmentation de la consommation annoncée s’explique uniquement par l’augmentation du nombre de Français qui consomment (+0.5% par an). Les Français seront donc plus nombreux à consommer mais la consommation individuelle diminue.

Un Français consomme moins aujourd’hui qu’en 2011

Le problème est ainsi posé pour une entreprise qui aspire à voir ses carnets de commande se remplir dans un climat de consommation réduite. D’autant plus qu’entre 2011 et 2014, la consommation de produits français a baissé, et a été remplacée par des produits étrangers importés. Sur cette même période la France a perdu en compétitivité en dehors de la zone Euro malgré la conjoncture favorable, et le phénomène a été accentué par la baisse des salaires dans les pays du sud de la zone Euro.

Ce qui nous est annoncé comme une reprise économique à 1.4% n’est en réalité qu’un effet de rattrapage de la consommation des ménages. La croissance est donc artificiellement tirée vers le haut car les consommateurs ne peuvent plus faire autrement et qu’ils sont eux même en difficulté. Cette consommation sera essentiellement énergétique en raison de la baisse des prix du pétrole (20 milliards de transferts qui représentent 1 point de PIB). Se dessine donc avant tout une nouvelle croissance des inégalités reposant sur une politique de l’offre financée par les ménages français.

En économie, la croissance ne réside en la seule consommation

La croissance dépend de deux autres facteurs: l’investissement des entreprises et le commerce extérieur. On ne note aucune reprise au regard des chiffres pour l’investissement et des résultats désastreux pour le commerce extérieur malgré la baisse de l’Euro. Comment croire en une reprise économique alors que les éléments chiffrés annoncent une dégradation dans un environnement économique pourtant idéal? Un Euro à la baisse, un prix du pétrole bas des taux d’intérêts à 0%… Et cependant la machine économique française reste et restera bloquée.

Les Français ne verront vraiment leur avenir s’améliorer que lorsque le chômage diminuera

Les annonces des chiffres dits de croissance ne sont plus crédibles, ils attendent les chiffres de l’emploi. Malheureusement, ces derniers ne s’inverseront pas sans une augmentation des inégalités sociales. Des jours maigres s’annoncent à nous.

L’explication réside dans l’augmentation des salaires plus rapide que les gains de productivité. Ce phénomène entraîne mécaniquement une augmentation du chômage. En économie théorique cela se contrôle, mais un nouveau modèle commercial est un changement central aux effets humainement dramatiques. La digitalisation de l’économie ne créera pas d’emplois mais elle en détruira en grande quantité. Il devient donc urgent et impératif de réexaminer les fondamentaux sociaux. La France de demain va vers un monde dans lequel moins d’emplois seront proposés.

Le rôle de l’Etat est d’anticiper, d’organiser cet avenir

Les questions posées sont les suivantes:

Peut-on produire de la croissance?
Distribuera-t-on moins de travail?
Est-il urgent de revoir la question du temps de travail?
A ces trois questions la réponse est oui.

La problématique de la répartition du temps du travail est fondamentale pour l’emploi

En effet, comment faut-il rétribuer le salarié qui surveille une machine qui s’auto surveille électroniquement? L’intérêt économique n’est plus là. On peut par contre employer cette même personne à un poste plus valorisé. Le logiciel du temps de travail légal en France est à revoir en profondeur pour préparer la société de demain, la nôtre et celle de nos enfants.

Les projections chiffrées nous permettent déjà d’annoncer que la moitié des emplois intermédiaires seront touchés par l’usage de la digitalisation d’ici 10 à 20 ans.

Les emplois les plus touchés par cette transformation seront essentiellement les emplois d’encadrement dit intermédiaires. Les salariés ne peuvent qu’avoir que beaucoup de difficultés à accepter cette évolution La seule issue pour réduire le chômage sera humainement dramatique et il repose sur une transformation de la société en profondeur.

Cette méthode a déjà été mise en place aux Etats-Unis, en Angleterre et en Allemagne. Ces pays ont fortement réduit leur chômage en créant une base d’emplois « low cost »/ »prix bas », répondant à la nécessité de répondre à un besoin d’occuper des emplois à petits et très petits salaires. Les emplois intermédiaires sont amenés à disparaître d’ici 10 à 20 ans et dramatiquement ce sont des emplois « prix promotionnels », des emplois à tarifs très bas qui les remplaceront.

Aujourd’hui le taux de chômage réel est à 20% de la population. Les découragés en fin de droit qui ne s’inscrivent plus à Pôle Emploi sont intégrés à ce chiffre. Est-il mieux d’avoir un travail plutôt que d’être au chômage et créer ainsi le plein emploi et produire une vraie croissance?

On sait maintenant que la création d’emplois attendue se fera, ou ne se fera pas, qu’au travers des emplois « petits prix ».

D’un point de vue social, cet horizon est désarmant. Sommes-nous tous prêts à cela?

3 scénarii de la reprise économique en France en 2015

Selon une récente étude de l’INSEE, des éléments militent pour l’apparition d’une reprise en France en 2015. Tout le monde ne peut que le souhaiter mais une relative euphorie ne doit pas masquer la réalité technique du constat.
Cette reprise ne vient pas de la vigueur de la demande des ménages ( au contraire les contraintes de pouvoir d’achat s’alourdissent chaque mois contrairement à certains discours ) ou du dynamisme de l’offre: l’investissement étant toujours en berne faute de visibilité des carnets de commande à venir.
2015 ne permettra pas l’inversion de la courbe du chômage et les difficultés sociales, humaines et financières liées à un sous-emploi de masse.
D’où vient alors la future reprise estimée à 0,7% pour le premier semestre 2015? De deux variables dites exogènes à savoir le fort tassement des prix du pétrole (qui représente selon une étude Rexecode largement autant que l’effet d’aubaine du CICE sur les trésoreries industrielles) et le recul sensible de l’euro qui facilite nos exportations. Autrement dit, la reprise nous est extérieure et relève de l’impact de la politique de la BCE et de la nouvelle donne énergétique et politique planétaire.
Selon notre analyse, trois scénarios peuvent émerger de la situation nouvelle: celui d’une reprise asphyxiée, celui d’une reprise saccadée et enfin celui d’une reprise victime de Spoutnik.

Une reprise asphyxiée?

Avec moins de 1,6% de croissance de son PIB par an, la France continue de détruire des emplois et de présenter un solde net négatif. Autant dire que 2015 ne permettra pas l’inversion de la courbe du chômage et les difficultés sociales, humaines et financières liées à un sous-emploi de masse.
Un taux d’épargne significatif, dit de précaution, continuera de sévir au détriment d’une relance de la consommation même si une certaine pause fiscale commencera à faire sentir un flux positif. A consommateurs méfiants, producteurs prudents. Ainsi, le taux d’investissement ne sera pas assez stimulé par une reprise qui ne trouvera pas, au sein de la maison France, les moteurs requis à son affermissement. Sans demande crédible des ménages et sans FBCF ( formation brute de capital fixe ) consolidée, il est probable que la reprise issue de variables exogènes soit asphyxiée par le caractère insuffisant des variables motrices endogènes, des relais internes indispensables.

Une reprise saccadée?

Différents tableaux de bord convergent pour souligner l’érosion des parts de marchés françaises à l’exportation. Dès lors, si la reprise intervient de manière affirmée, notre offre à l’export demeurera inégale et fournira des profils très variés de carnets de commande. Autrement dit, l’importance des situations sectorielles relevées actuellement induira une reprise saccadée et dispersée au point de n’être que peu cohérente au plan des différentes branches d’activité. C’est le scénario qu’il convient probablement de privilégier: une reprise assez molle et surtout disparate qui ne facilite pas la mise en mouvement de l’appareil productif du pays. De plus, un point un peu technique mérite d’être ici rappelé: la crise a été longue et les trésoreries sont dégradées. Or, en cas de reprise, les firmes ont besoin de passer commande à leurs sous-traitants pour honorer leurs marchés. Ce besoin en fonds de roulement ne sera pas toujours aisé à satisfaire d’où une hypothèse sérieuse de compression, par anneaux, des circuits de diffusion de la reprise. D’autant que le crédit inter-entreprises ( les délais de paiements ) demeurent un défi spécifique à la France.
Espérons que l’INSEE ait vu juste et même minoré un éventuel rebond de la croissance. Les chômeurs de France l’escomptent à raison. Les consommateurs l’espèrent. Quant à l’Etat et les entrepreneurs, ils scrutent l’horizon avec une fébrilité bien compréhensible.

Une reprise victime de Spoutnik?

L’Union européenne s’est précipitée sur un régime de sanctions économiques au regard de la Russie sans évaluer finement l’effet-boomerang, notamment sur l’économie allemande. Jacques Attali fait sourire certains en indiquant que l’Allemagne a «beaucoup à perdre «de la situation russe: pour notre part, nous estimons que ces craintes sont fondées. Quand votre monnaie a perdu plus de 35% de sa valeur, vous n’êtes pas dans une logique d’expansion économique mais – si vous en avez les possibilités – de fuite des capitaux en zone dollar. L’économie n’aime pas le vent de la guerre froide et la reprise entrevue à l’INSEE pourrait s’estomper car mise sur orbite, tel un Spoutnik, par les évolutions géopolitiques continentales. Certaines décotes de valeurs boursières démontrent déjà que ce paramètre doit être pris avec componction et non repoussé à la périphérie de nos préoccupations.
En synthèse, espérons que l’INSEE ait vu juste et même minoré un éventuel rebond de la croissance. Les chômeurs de France l’escomptent à raison. Les consommateurs l’espèrent. Quant à l’Etat et les entrepreneurs, ils scrutent l’horizon avec une fébrilité bien compréhensible au regard de la situation générale du pays.