Etes-vous frein-moteur ou moteur de la digitalisation de votre entreprise ?

digitalisation

La transformation est partout. Il faut y aller, c’est sûr. Mais un mot n’est jamais prononcé, c’est celui de vitesse de transformation. Ce qui est étrange et laisse planer un doute sur la transformation réelle qui est cours et la volonté réelle d’y arriver. Et la vitesse de l’ensemble n’est pas loin de la somme des vitesses d’horloge individuelles.

Que de longues tirades depuis 2 ans sur la transformation digitale … mais un terme manque à l’appel de toutes les définitions qui ont été données jusque là. Et pourtant le terme est critique pour l’entreprise dans laquelle vous travaillez et même pour toute nos vies. Car l’environnement lui-même est en mutation à son propre rythme. Plutôt soutenu.

C’est la réponse à une question très simple que l’on peut formuler de différentes manières :

Quelle est ma vitesse d’horloge ? Quel est l’horizon de temps pour mes actions ? Quelle est la vitesse réelle de transformation de mon entreprise ?

Mais aussi : quel rythme est-ce que j’impulse autour de moi ? Est-ce que je fais partie des accélérateurs ou des lourdeurs de cette société ? En synthèse, et c’est le titre de ce post : suis-je un moteur ou un frein-moteur ? Etes-vous dans ou hors de l’avion ? (crédit photo : Rodney Smith/Weimar images)

Car cette perception intime de l’importance de la vitesse et du temps rythme le travail quotidien, le « cadençage » des activités, des projets, des réunions… De multiples manifestations permettent de comprendre quelle est la perception du temps de toute personne et l’importance qu’il lui accorde. Avec les conséquences que cela peut avoir tant dans une équipe, au cours d’un recrutement ainsi que … dans sa vie de couple. Goethe parlait d’affinités électives (toute sa vie de physicien qui a été occultée par son œuvre littéraire), on a bien là un élément essentiel tel un catalyseur ou inhibiteur au sens chimique du terme.

Qu’est-ce qu’une année-chien ?

C’est une terminologie qui a fait florès dans les années 2000 à l’occasion de la première vague de l’internet préfigurant l’ère digitale. Tout le monde s’est rendu compte que tout allait soudainement plus vite dès que l’on approchait des .com, des start-ups … Et ce n’était pas seulement la vitesse de mise en place des sociétés, c’était la pensée elle-même qui s’était accélérée et libérée des contraintes de lourdeur que l’on pouvait alors rencontrer. Par exemple la prise de rendez-vous. Traditionnelle, c’était plutôt « dans deux ou trois semaines ». Remplacé en l’espace de 6 mois vers la fin des années 90 par « d’ici la fin de la semaine ». Ou encore « prenez rendez-vous avec mon assistante » remplacé par « je vous plugg un rv dans deux jours ». Cela a amené tous ceux qui participait à cette première accélération, qui sentaient tous les jours les trépidations insensées de la fusée qui était en train de décoller, de définir le vocable d’année-chien basé sur un parallèle très simple : travailler dans le web signifiait travailler 7 à 10 fois plus vite en terme de prise de rendez-vous, levée de fond, réalisation de site internet, longueur de projets, focalisation sur le produit fini, adoption du « do it and fix it » ou du motto d’Apple

« shoot first and aim then »

cher à Steve Jobs à ce moment-là. Un graphique permet de résumer le calcul de l’âge d’un chien en équivalent humain (si vous n’êtes pas familier avec la gente canine 😉 :

Avec une surprise (au moins pour moi : ), plus le chien est gros plus le multiple est fort car sa durée de vie est moindre. Prime au petit ? Etrange et contre-intuitif par rapport à ce que l’on peut observer dans le monde animal (pensez éléphant ou tortue par exemple). Mais ce n’est pas le propos ici de discourir sur la durée de vie du « gros » sur le « petit ». Quoique pour les entreprises qui se veulent agiles … et qui auraient une prime de longévité …

D’où la question posée de temps à autre au cours d’un échange quand le projet qui est proposé s’étale sur trop de temps : « et en dog-years, cela fait combien ? ».

Accélération digitale : de l’année-chien à l’année-moustique

Et depuis ce temps, ces années 90 berceau de l’internet, ce millénaire précédent, la tendance n’a fait que s’accentuer. Un peu comme les puces d’Intel qui sont passées du MHz au GHz, le cycle d’horloge du business et des affaires est en train de s’accélérer. Depuis 15 ans les choses ont beaucoup beaucoup changé.

La start-up qui se créait et allait mettre un an à se mettre en place se fait maintenant en un mois avec une méthodologie très rodée suivant les étapes love money, investisseurs privés, vc, fonds … Le site internet qui supposait du 100% de développement car repartant de zéro à chaque fois peut maintenant s’appuyer sur des développements Open Source ou bien des Indiens qui ont eu l’intelligence de repérer des business models intéressants comme Uber et de dupliquer sur Magento les développements pour pouvoir lancer une plateforme identique en moins de 15 jours versus les 6 à 12 mois de développements « from scratch ».

Les transactions boursières avec le HST et son dix millième de seconde sont un autre exemple de l’accélération démesurée de la valeur du temps. L’analyse Big Data en temps réel (cf le produit Kinesis d’AWS lancé il y a … 5 ans) de tous les tickets de caisse pour redéfinir un micro-merchandising et un planogramme différent pour le jour suivant.

C’est cela qui est en train de nous faire glisser de l’année-chien à l’année-moustique, cette perception qu’une semaine (la durée de vie moyenne d’un moustique adulte mâle, la femelle durant deux plus longtemps – no comment) peut contenir ou représenter une vie. Et le paradoxe est que ces mosquito-years sont déjà à l’oeuvre sur internet quand on y réfléchit un tout petit peu. Quand certaines entreprises changent leur site internet tous les deux ou trois ans, d’autres font un changement tous les deux jours. Je l’ai mis en oeuvre chez Lastminute.com en 2003. Imaginez 100 sites différents au bout d’un an. La multiplication des ventes par deux en deux ans a été une conséquence de cette perception et opportunité de mosquito-year. En 2000, Amazon avait déjà une page par utilisateur de son site (le fameux, « ceux qui ont regardé cette page on aussi regardé … »). Bien avant Facebook et son nano-marketing (une pensée pour le milliard de pages individuelles remises à jour chaque seconde SVP ; ). J’ai trouvé un très beau graphique (pardon pour la source que j’ai perdue mais que je pressens être le mensuel Entreprendre) qui résume cette maturité relative pour tous les secteurs, cette adaptation collective qui s’est faite ou pas pendant les années passées :

Le digital est une ressource et pas une fin en soi.

C’est une erreur que l’on constate et qui se répète dans les discours : le digital semble être une fin en soi. Ben non. Prenez un peu de recul avec le téléphone ou le début de l’internet. Il n’y a pas eu de Chief Téléphone Officer que je me souvienne (c’est un avantage de plus des décennies d’années professionnelles ; ) et pourtant tout le monde si est mis plus ou moins vite. Et j’ai un regret que ce téléphone n’ai pas été compté comme une révolution par les têtes bien pensantes de Davos … le téléphone, comme la TV d’ailleurs, a bien plus changé les mentalités et la marche du monde – 7 milliards de personnes – que ne l’a fait pour l’instant internet. En cela, le digital n’est pas un nouveau monde mais bien plus une ressource que l’on exploite à son profit. Et laissons l’avenir le confirmer : )

Même lecture pour le fameux Cloud : il est multifonction et joue surtout son rôle de banquier pour fournir ce dont vous avez besoin en puissance et stockage informatique sans avoir besoin de lever et d’immobiliser les fonds propres de l’entreprise. Division par 30 des besoins initiaux d’infrastructure pour une start-up digitale. Hélas pas encore le cas pour les projets de nature plus industrielles nécessitant un proto et des tests de fonctionnement. Tout cela rend aussi l’aventure start-up bien moins risquée qu’auparavant par une mise de fond bien moindre et donc pour le même montant et dans le même temps de tester de multiples idées. Et c’est une ressource nouvelle que tout entreprise doit comprendre et utiliser. Et pas simplement se contenter à porter ses infra sur le Cloud …

Du réseau social au « média » ou à l’inter »média »teur

Mais quel est le carburant ou la matière ou le facilitateur de ce glissement ? Je pense que le fait que vous soyez en train de lire ce post actuellement sur ce site très précis qu’est LinkedIn témoigne du mouvement en cours. En cela vous contribuer à être moteur de digitalisation, sans trop vous en rendre compte … explorons cela.

Le changement de cette perception temporelle en cours est porté et « boosté » par la transformation de réseau sociaux comme LinkedIn, jusque-là environnement reproduisant peu ou prou la configuration relationnelle de la vie réelle (c’est l’erreur de fond de Viadeo), en un accélérateur de mise en relation pour lancer de nouvelles initiatives. Pour être encore plus précis, LinkedIn n’est pas devenu un média au sens classique en plus de réseau social professionnel, avec le partage et la création d’infos que cela suppose, mais un intermédiateur ainsi qu’un transformateur de chacun d’entre nous en médiateur au sens émetteur spécifique. Pour approfondir le point, je recommande les écrits de Jacques Derrida centrés sur cette partie « nous sommes tous médiateurs ».

Et de fait, la prise de rendez-vous, la mise en relation, l’échange d’information, le test d’une idée ou de l’intérêt pour un projet … n’ont jamais été aussi faciles. Le réseau joue le rôle d’incubateur ou plus exactement d’excubateur (je reviendrais dans un autre post sur ce beau nouveau mot) et encore plus précisément de percubateur.

Et c’est, ajouté à la vitesse, ce qui va vous transformer en moteur dans vos projets et votre entreprise. Vous êtes rapide et vous propagez cette rapidité. Et de moteur vous pouvez même devenir agent mutagène si vous vous attachez à sélectionner et partager les idées les plus neuves, décapantes, disruptives … et belles.

Si l’on pousse la réflexion encore un peu plus loin, l’objectif n’est plus de construire un réseau ou de faire partie d’une communauté mais vraiment d’avancer sur un chemin de vie en aidant et s’appuyant sur ses multiples contacts. C’est une sorte de retournement où la communauté virtuelle est une conséquence ou un sous-produit du chemin parcouru. Et fuyons les professionnels du networking pour le networking, avec en tache de fond l’égo qui se sécurise : « je ne suis pas seul », « cela va me servir en cas de coup dur » … Non, on peut comparer aujourd’hui le network ou réseau à la culture qui n’est pas une fin en soi mais bien le résultat d’une curiosité ou un indice de chemin parcouru ou d’espaces explorés. Une manière de résumer le glissement et de rendre compte du changement opéré est de remplacer le « Que-sais je ? » de Montaigne part un « Qui sommes-nous ? » permis par des médiateurs sociaux comme LinkedIn. Regardez les posts proposés avec un oeil un peu plus anthropologique ou ethnologique (je n’ose le éthologique : ), c’est édifiant.

Une conséquence de cette généralisation possible des mosquito-year c’est l’apparition de plus d’authenticité et d’utilisation de l’intuition dans les rapports individuels. Plus le temps quand on fait une réponse à la volée à un commentaire ou une invitation de réfléchir sauf à limiter fortement la bande passante d’interactions riches possibles. Et peu à peu on quitte son statut, son armure, cette image cible transmise par l’éducation et quelques expérience … pour « être » et ne plus « faire comme », tout simplement.

Et on sent bien que :

Comme le poisson pourrit par la tête, c’est bien le CEO qui fait l’entreprise digitale ou ne la fait pas. Et s’il l’a fait, c’est vite !

Et quand on vous a souhaité il y a quelque temps « Bonne année », vous pouvez maintenant vous poser sereinement une question très centrale : « De quelle année parlait-on ? » ; )

Par Pierre PAPERON

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