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Dans la mythologie grecque, Cassandre avait le don de prophétie mais était condamnée à ne jamais pouvoir convaincre personne. Entre 2002 et 2008, lorsqu’il expliquait inlassablement les raisons pour lesquelles nous allions connaître l’une des crises économiques les plus dramatiques de notre histoire économique, Peter Schiff devait certainement éprouver le même sentiment d’impuissance et de frustration.
L’échange entre Peter Schiff et ses contradicteurs économiques est particulièrement savoureux et je ne saurais que trop vous conseiller de regarder la vidéo (vous la trouverez ici) qui témoigne de la justesse et de la pertinence de ses interventions.
Peter Schiff est un économiste de l’école dite autrichienne (fondée par Carl Menger et Eugen von Böhm-Bawerk. Von Böhm Bawerk démontra à Karl Marx que la base de sa théorie était fausse parce qu’elle amenait à des conclusions contradictoires, ce que ce dernier accepta en promettant d’apporter une réponse, ce qu’il ne fit jamais).
Cette école a établi que les interventions des pouvoirs publics dans la sphère économique, notamment dans la politique monétaire, produisaient des effets désastreux.
C’est naturellement une théorie économique que l’on ne retrouve pas et que, assez logiquement, on ne peut pas retrouver dans l’offre des hommes politiques actuels, puisque l’admettre serait reconnaître une incompétence certaine et leur inutilité totale face à des phénomènes qui les dépassent. Un homme politique qui se respecte se doit d’étendre ses pouvoirs et non de les réduire. D’où le théorème politique bien connu : « si notre politique économique ne fonctionne pas (ou ne porte pas ses fruits), c’est bien la preuve qu’il nous faille aller encore plus loin (entendez ici : augmenter les impôts, démultiplier le nombre de réglementations et créer des comités/commissions qui serviront à rémunérer des amis, ou mieux, des concurrents politiques, etc.) Quod erat demonstrandum.
Pourquoi l’intervention étatique dans l’économie est-elle néfaste ?
Les politiques économiques actuelles partent fondamentalement de bonnes et nobles intentions : réduire les inégalités, relancer la croissance, instaurer une société plus juste. Qui pourrait être contre ?
De même lorsqu’une Banque Centrale décide imperturbablement de réduire les taux d’intérêts pour accroître la capacité des ménages à avoir accès au crédit, cela part également de bons sentiments.
Prenez l’exemple d’une taxe sur les hauts revenus : l’esprit d’une telle mesure est de réduire les inégalités. La réalité est que ceux qui sont touchés ont tout intérêt à s’expatrier ou produire moins pour ne plus être éligibles. C’est la société toute entière qui s’appauvrit (ou ne s’enrichit pas aussi vite qu’elle le pourrait ce qui est moins visible et donc plus grave).
Les hommes politiques ont une vision mécaniciste de l’économie (prêtez attention à leur vocabulaire et vous retrouverez des expressions comme « levier de la croissance », « moteurs économiques “, “redémarrage”, “relance”), comme s’il suffisait d’appuyer sur un bouton (ou une loi) pour que les effets attendus se produisent. Ils se focalisent sur ce qui se voit (les bonnes intentions) et ignorent ce qui ne se voit pas (les dommages collatéraux).
L’intervention étatique fausse les règles de l’établissement des prix en créant une référence factice. Cela peut s’exprimer ainsi : si le prix n’est pas déterminé par l’ensemble des acteurs (vendeurs + acheteurs), vous faites alors confiance à la prescience d’une autorité publique pour deviner le juste prix (un peu comme si un salarié espérait le gain de son revenu en devinant les bonnes combinaisons du loto).
La crise des supprimes illustre cela à merveille puisque, comme leur nom l’indique, les prêts “sub”prime étaient des prêts que les autorités publiques (sous couverts de bonnes intentions) forçaient les banques à accorder aux ménages américains les plus pauvres afin de leur permettre d’accéder à la propriété. Ajoutons à cela l’intervention incessante de la banque centrale qui a modifié huit fois le prix de l’argent (le taux directeur de la Banque Centrale) en huit ans. Lorsque l’ajustement se produit, c’est la crise, c’est-à-dire l’ajustement des prix à la valeur du marché.
Einstien donne cette définition particulièrement à propos de la folie “c’est de faire la même chose en s’attendant à un résultat différent”.
Qu’ont fait les Banques Centrales depuis 2008 ? Elles ont mis en œuvre des politiques monétaires accommodantes par la fixation artificielle du prix de l’argent (taux directeur à 0 ou presque, impression massive de billets de banques [assouplissement quantitatif]), par la restriction de la possibilité des banques de prêter aux particuliers pour mieux prêter aux gouvernements (Accord de Bâle III).
C’est-à-dire d’autant plus d’interventions de fixations artificielles de prix. Toutes les belles histoires ont nécessairement une fin tragique : un jour ou l’autre survient l’ajustement nécessaire ajustement. Cela se produira dès lors que Janet Yellen (Présidente de la FED) annoncera la fin de cette politique accommodante.
Et là les investisseurs pourront s’attendre à :
– une chute des devises émergentes
– une dépréciation de la valeur des actifs papiers (krach obligataire)
– une inflation de la valeur des actifs tangibles
Toute politique économique supportée par des keynésiens à ses disciples politiques, mais c’est toujours Judas qui écrit la biographie.
