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Le «Blockchainwashing» en passe de remplacer le «greenwashing»?

 

Présentée comme ayant le même potentiel de disruption que le web, la Blockchain est décrite comme «la technologie de suppression du tiers de confiance».

Pour ces raisons, de nombreuses entreprises dont la nature même est d’agir comme tiers de confiance (banques, assurance, notaires, etc.) ont reçu de leur management l’injonction de s’intéresser à la Blockchain. En soi, c’est une excellente nouvelle: les Etats-Unis ont déjà deux ans d’avance sur la France, et le fait d’anticiper cette mutation technologique majeure est une précaution nécessaire.

Là où le bât blesse, c’est que de nombreuses initiatives sont lancées en dépit du bon sens, et on peut parfois se demander si les motivations qui les sous-tendent ne relèvent pas davantage de la communication et du «blockchainwashing» (à l’image du «greenwashing») que de la logique business.

  • Existence de solutions plus simples. La blockchain est parfois implémentée pour résoudre des problématiques qui se satisferaient de solutions beaucoup simples: par exemple, lorsque le problème est avant tout un problème de process qui ne nécessite pas de sécurisation des données. Rappelons que d’excellentes solutions de certifications électronique avec horodatage existent depuis quelques années et ne nécessitent pas d’avoir recours à la complexité d’une blockchain (par exemple Certinomis,- développé par la Poste).
  • L’immuabilité ne convient pas à tous les scénarios business. La logique business est parfois omise par les équipes chargées d’identifier des use case: David Treat, – Directeur chez Accenture sur les problématiques de blockchain insiste dans une tribune récente, sur la nécessité de pouvoir modifier des données dans certains contextes business (fraudes, erreur d’entrée, etc.) Pourquoi se fixer des contraintes tant que le régulateur ne les impose pas…?Accenture a d’ailleurs annoncé la semaine dernière avoir déposé un brevet pour une technique d’édition des blockchains privées par une autorité centrale. Cette annonce a reçu de nombreuses critiques de la communauté qui considère qu’elle revient à qualifier de blockchain une base de donnée partagée mais centralisée…
  • La transparence ne convient pas à tout le monde. De nombreux acteurs rechignent à travailler sur une blockchain publique (Bitcoin, Ethereum, etc.) car ils ne souhaitent pas que leurs données soient visibles publiquement. C’est le cas notamment du secteur bancaire, comme le pointait un récent article du Financial Times, « Banks find blockchain hard to put into practice ». Ils se tournent donc vers des solutions reposant sur des blockchains privées. Or une blockchain privée n’offre de réelle sécurité que si elle compte suffisamment de participants pour que le risque qu’un groupe majoritaire d’entre eux agisse de concert pour falsifier certaines données soit quasi nul.
  • Collaborer avec ses concurrents est long et difficile. Construire une blockchain privée nécessite de s’entendre sur des modalités de fonctionnement avec un nombre suffisamment important d’acteurs, souvent concurrents. La constitution d’un consortium est une tache difficile qui nécessite de vrais talents en diplomatie et en leadership. A ce sujet, saluons l’initiative de la CDC, avec la création de la BChain qui regroupe maintenant une vingtaine d’acteurs et a lancé ses premiers cas d’études. Cependant, tant que le consortium ne partage pas de données privées entre ses participants, le risque est de rester sur du partage d’expérience et de la communication externe.

 

Le vrai enjeu est d’entrer dans une dynamique d’open innovation entre des entreprises concurrentes, ce qui nécessite une volonté managériale très forte.

Rares sont donc les véritables initiatives blockchain en France, et l’on compte beaucoup plus d’effets d’annonce que de véritables «Proof of Concept».

Pour éviter une dérive vers le blockchainwashing, qui donnerait l’illusion de l’innovation alors que le retard de la France sur les Etats-Unis se creuse, un certain nombre d’initiatives doivent être mises en place:

  • Tout d’abord, il est nécessaire d’éduquer les dirigeants dans la durée. En effet, il faut le reconnaître, rares sont les membres au niveau des équipes de management des grands groupes qui ont réellement compris la blockchain. Et c’est bien normal, car le sujet est extrêmement complexe, notamment pour ceux qui n’ont pas de background technique. Il faut du temps et des interactions avec des experts pour pouvoir l’assimiler. De nombreux groupes proposent une demi-journée de formation à leur top management de manière ponctuelle. Cela permet aux participants d’acquérir un vernis superficiel, mais l’éducation doit se faire dans la durée, non pas pour en faire des experts, mais pour que ceux-ci soient réellement en mesure d’appréhender l’impact de la blockchain sur leur métier. De ce point de vue, le lancement de MOOCs est une initiative intéressante. Ces MOOCs ne pourront néanmoins pas remplacer le présentiel, qui permet de tester sa compréhension et de commencer à élaborer des scénarii métiers lors de brainstorms collectifs.
  • En parallèle, les grands groupes doivent se rapprocher des start-ups qui peuvent innover de manière beaucoup plus rapide et radicale qu’eux (cf le fameux dilemme de l’innovation). Aujourd’hui, la plupart des investissements blockchain sont en effet réalisés en interne tandis que les investissements dans les start-ups peinent à atteindre le million d’euros cette année. En comparaison, les investissements dans les start-ups uniquement aux Etats-Unis s’élèvent à un milliard d’euros pour 2015, et certainement davantage en 2016. Comme tout investissement en early stage, ceux-ci sont éminemment risqués, mais ils sont un moyen unique de comprendre les problématiques de l’intérieur, sans se reposer sur des consultants souvent tentés de pousser des cas d’usage artificiels, soit par mécompréhension du métier de leur client, soit par logique business.

Par Virginie Gretz

 

Comment l’État joue son rôle sur le long terme

Après un dégrossissage du rôle d’un État moderne dans l’élaboration de stratégies industrielles, nous allons nous intéresser au détail de ses rôles transversaux, applicables à tout plan industriel.

Je les ai organisés en trois catégories explicitées dans le précédent article : le rôle de mutualisation, celui de la création de conditions favorables à l’entrepreneuriat et enfin, un point spécifique sur l’aide aux exportations.

Ces trois parties sont d’une certaine manière trois étages d’une même fusée :

  • la fonction de mutualisation de l’État, tour à tour formateur, chercheur, actionnaire et acheteur, qui lui confèrent une capacité à agir sur le long terme
  • la création de conditions favorables à l’entrepreneuriat et à la compétitivité avec l’État législateur et régulateur, l’État fiscal, l’État numérique complété par un état des élites et leur état d’esprit
  • la promotion des entreprises à l’étranger avec diverses aides aux exportations, un État diplomate et négociateur de traités internationaux et, dans une moindre mesure, un État espion utilisant des ressources ouvertes et fermées pour le développement de l’intelligence économique.

Nous terminerons ensuite avec quelques études de cas d’actualité dans quelques secteurs émergents illustrant comment ces différents rôle peuvent être mise en musique : Internet des objets, robotique, intelligence artificielle, génomique, voiture automatique, énergies renouvelables et industrie 4.0.

Ce post est consacré au premier étage de la fusée, le rôle de mutualisation de l’État, très centré sur l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche.

L’État formateur et chercheur

L’amélioration du système d’enseignement supérieur et de la recherche en France reste un bien vaste programme dans l’absolu. C’est aussi le cas pour optimiser ses effets de dynamisation de l’industrie.

Le système reproduit fidèlement ses élites, notamment par le biais des grandes écoles, aussi bien d’ingénieurs que de commerce. Les grandes écoles d’ingénieur françaises ont à leur crédit la création des principaux cadres de l’industrie depuis près de deux siècles. Une bonne part des grands noms de l’industrie française en sont sortis, surtout au moment des premières révolutions industrielles.

Au début des années 2000, une forme de modernisation a été déclenchée par la mauvaise position de la France dans les classements de Shanghai. Classements qui favorisent la production en recherche (publications, brevets, prix Nobel) et la masse critique. La politique des gouvernements depuis une grosse décennie a donc été de «clusteriser» l’enseignement supérieur pour tenter de le défragmenter. Cela a notamment aboutit au plan du grand Saclay ou à la fusion des Ecole Centrale Paris et Supelec, d’abord statutaire, puis géographique.  Cette concentration a du sens mais a été menée de manière inconsidérée, notamment du point de vue de l’aménagement du territoire et de l’interdisciplinarité des campus, trop limitée.

Dans le même temps, les grandes écoles ont progressivement intégré l’entrepreneuriat dans leurs cursus de fin d’étude ainsi que des incubateurs et accélérateurs. C’est même le cas à l’École Polytechnique qui a récemment ouvert son incubateur – financé par Patrick Drahi – et dont le directeur encourage maintenant les élèves à devenir entrepreneurs bien avant le choix de voies plus traditionnelles. Les grandes universités s’y mettent aussi, un peu plus lentement.

La réforme de l’Éducation nationale est un puits sans fond tellement il y a de choses à faire. Voici quelques éléments d’amélioration, en général connus de longue date, qui sont liés spécifiquement aux besoins des filières industrielles.

La première priorité pourrait être de commencer par ré-enchanter les jeunes aux sciences et les technologies et, au passage, féminiser ces métiers. Ces filières n’attirent plus autant les jeunes qu’avant. Certaines grandes écoles ont même du mal à recruter leurs élèves et à remplir leurs promotions. Ce n’est pas assez connu des familles qui sont impliquées dans les choix de cursus supérieur pour leurs adolescents à l’orée du Bac : entrer dans une école d’ingénieur est relativement facile quelle qu’en soit la voie choisie – via les classes préparatoires ou les voies latérales, via des formations supérieures courtes.

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1Dans mes pérégrinations dans le monde, je visite souvent les musées des sciences et des techniques pour me faire une idée de la manière dont elles sont vulgarisées pour les jeunes. Dans la plupart des cas observés (à Tokyo au Miraikan, à Vienne, à Berlin, à Lisbonne, à Grenade en Espagne, …), les sciences et technologies semblent mieux valorisées que dans notre Cité des Sciences de la Villette et au Palais de la Découverte de Paris. En Allemagne et en Autriche, les machines de production sont valorisées ce qui n’est quasiment pas le cas en France, sauf peut-être au Musée des Arts et Métiers. La pédagogie française semble se focaliser sur les extrêmes : avec d’un côté les sciences exactes (cf. la salle du nombre Pi au Palais de la Découverte) et de l’autre les produits finis (surtout les moyens de transports) et un trou entre les deux.

Le pays gagnerait au passage à avoir des élites dirigeants s’intéressant plus aux sciences et aux technologies, comme s’y est accoutumé Barack Obama, qui n’a pourtant qu’une formation de juriste en droit constitutionnel, et aussi d’intégrer plus facilement des entrepreneurs. Quelques exemples symboliques suffisent pour changer la donne ! Ainsi, les efforts de Barack Obama pour promouvoir les sciences auprès des jeunes, notamment en les invitant à la Maison Blanche, auraient contribué à attirer plus de jeunes vers les filières scientifiques (cf. l’interview de John Holdren dans Nature, le conseiller scientifique de la Maison-Blanche pendant les deux mandats d’Obama).

Comment l’État peut-il valoriser ces filières scientifiques ? En définissant quelques priorités clés bien visibles et surtout, ambitieuses à même de faire rêver les jeunes. Cela touche notamment à tout ce qui concerne les innovations dans la santé et dans l’environnement. Pour ce qui est de la féminisation des métiers, les initiatives abondent qui se positionnent sur le terrain des parents et des jeunes dont Jeunes Femmes et Numérique, lancé par Social Builder et l’association Quelques Femmes du Numérique ! qui vient de se créer dans la continuité de l’initiative que j’avais lancée en 2012 avec Marie-Anne Magnac. La proportion des femmes dans les écoles d’ingénieurs augmente lentement. Elle est passée de 19,9% en 1990 à 28,4% en 2015 (source). Elle stagne voire régresse dans les écoles d’informatique, à environ 5% des effectifs.

L’enseignement supérieur scientifique et technique a une particularité : il est dominé en France par le secteur public et l’enseignement y est quasiment gratuit. C’est une situation très contrastée avec ce qui se passe aux USA où les étudiants qui démarrent dans l’enseignement supérieur («college») s’endettent lourdement pour financer leurs études. Jusqu’à 150 000 dollars plus des intérêts à taux variable. Le poids de cette dette est énorme : environ 1 000 milliards de dollars. Il s’est alourdi alors que les Etats des USA baissaient leur contribution au fonctionnement des colleges. Les grandes universités ont pour leur part des fonds d’investissement (endowments) dont les intérêts permettent de financer des bourses pour les étudiants issus des classes moyennes et défavorisées. Mais cela ne couvre que les frais d’études, pas la vie étudiante (logement, alimentation).

La partie de la classe moyenne correctement éduquée est surendettée avant même de pouvoir s’acheter un logement. Cela pèse sur sa consommation. Cette dette étudiante est l’une des grandes causes, avec la démographie de l’emploi, de la paupérisation des classes moyennes. Cela explique pourquoi Hillary Clinton a intégré un nouveau plan de financement de ces études dans son programme. Pourquoi les frais de santé sont ils si élevés aux États-Unis ? Entre autre chose, parce que les docteurs doivent rembourser les frais de leurs 10 ans d’études ! La situation américaine, que l’on retrouve dans son système de santé, montre que le passage par le privé pour ces rôles fondamentaux de l’État n’est pas du tout la panacée. C’est un énorme jeu de bonneteau.

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2L’enseignement privé a aussi son rôle à jouer dans l’enseignement secondaire comme supérieur. Les écoles d’ingénieur privées sont cependant bien plus nombreuses et connues dans le domaine du numérique (EPITA, ESIEA, …) que dans les sciences de l’ingénieur en général (SUDRIA, …). Au passage, dans le privé comme dans le public, on gagnerait peut-être à créer des filières «numérique et industrie X» (énergie, santé, transports, etc.) pour s’adapter aux grandes évolutions de ces métiers.

A l’image de la manière dont les grands campus des universités américaines sont organisés, il reste aussi à rapprocher les filières complémentaires dans les campus universitaires et les grandes écoles. C’est l’une des grandes forces d’universités américaines comme le MIT ou Stanford. Le contraire est lancé à Saclay, qui est en train de devenir un énorme ghetto de scientifiques. Quelques bons exemples sont à suivre : le rapprochement de Centrale Lyon et EM Lyon à Ecully près de Lyon et le campus de Telecom SudParis qui rassemble à Evry une école d’ingénieur et de commerce depuis longtemps. A contrario, Polytechnique et HEC sont partenaires mais distants de 12 kilomètres, ou Centrale et l’ESSEC, deux partenaires distants de 48 kilomètres, qui passeront à 53 kilomètres après le déménagement de Centrale près de Supelec à Gif-sur-Yvette.

Il faudrait idéalement aménager les campus universitaires pour les rendre à la fois polyvalents et sectorisés. Comment ? En mélangeant une polyvalence horizontale (droit, marketing, design, numérique) et une spécialisation verticale (santé, transports, environnement, énergie). Les grandes universités – surtout dans les métropoles régionales – sont bien plus diverses dans leurs cursus mais la démarche entrepreneuriale y est pour l’instant moins développée que dans les grandes écoles. Certes, on commence à apprendre à travailler en équipes projets dans l’enseignement supérieur mais pas assez avec des équipes pluridisciplinaires.

Autre grand chantier, celui du rajeunissement du corps enseignant et son rapprochement du terrain. C’est évidemment plus facile à énoncer qu’à mettre en pratique, ne serait-ce que parce qu’une pyramide des âges ne se rééquilibre que dans la durée. Cela passe notamment par une discipline pédagogique consistant à bien équilibrer les interventions d’enseignants à temps plein et de praticiens de l’industrie, en particulier les plus jeunes et dynamiques, tels que les entrepreneurs de start-up et de PME de forte croissance.

Plus généralement, l’enseignement secondaire et supérieur devrait instiller plus de curiosité, de «hacking» des idées, et de fonctionnement en mode projet. Il devrait aussi intégrer encore plus de sciences sociales pour apprendre à se vendre et communiquer. Cela commence dès le secondaire, voir même avant.

Ces efforts dans l’enseignement ne concernent pas que le supérieur. La qualité de l’enseignement et sa performance du primaire au secondaire est à améliorer. La note de France Stratégie déjà citée sur la compétitivité met en évidence le grave déficit français dans les compétences basiques en calcul et en lecture par rapport à la moyenne OCDE ! On retrouve cela dans les enquêtes PISA sur le niveau en mathématique au sortir de l’enseignement secondaire.

La question de la formation continue et de la formation professionnelle reste entière. Le MEDEF rappelle régulièrement son importance et revendique un effort plus important de l’État dans le domaine. La réforme de début 2015 a permis d’exaucer une partie de ses vœux. Reste à identifier avec le plus de clairvoyance possible celles de ces formations qui sont adaptées aux évolutions de la demande dans l’industrie. Très souvent, cette formation est plus adaptée aux métiers de services techniques associés à l’industrie comme dans l’installation, la maintenance, le dépannage et la logistique. Elle peut prendre en compte les évolutions en cours dans les processus de fabrication, dans l’impression 3D, dans le suivi de production ainsi que dans la gestion de la sous-traitance.

Comme l’indique si bien Adam Davidson dans l’excellent Blaming Trade Deficit and Voting Trump in the Rust Belt (juillet 2016), réindustrialiser un territoire demande à former autant les jeunes qui arrivent sur le marché du travail que les moins jeunes qui sont dépassés par les bouleversements technologiques qui impactent aussi bien les métiers de cols blancs de l’industrie que les cols bleus. Cela ne peut fonctionner qu’en étant mis en œuvre en amont et dans la durée.

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3Enfin, évoquons ce serpent de mer qu’est la maîtrise de l’anglais et persiste à être l’un de nos grands talons d’Achille malgré tout ce qui est fait pour exposer les étudiants à l’étranger, notamment via des stages ou des formations complémentaires (source du schéma ci-dessous). En pratique, cela ne concerne qu’une minorité d’élèves de grandes écoles. Le comble est que nous sommes maintenant moins bons que les autres pays latins ! A cause de l’exception culturelle, appliquée dans le domaine des contenus ? Les explications abondent sur les insuffisances de l’enseignement des langues. Comme on compare plus les résultats que les moyens, il est difficile de rationaliser le sujet ! Combien d’heures de cours ont les élèves dans les autres pays ? Quelle est l’origine des enseignants de l’anglais ? Répondons bien à ces questions et agissons ensuite !

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4D’ailleurs, est-ce que les films et séries TV sont diffusés en VO à la télévision ? Le niveau de maîtrise de l’anglais est meilleur dans les petits pays, comme les pays scandinaves. Ils ont l’avantage de leur faible population : il n’est économiquement pas intéressant de doubler les films par rapport au sous-titrage. Il suffirait donc de diffuser les films et séries en VOST par défaut, à commencer par les chaines publiques. Et pousser ceux qui le souhaitent à changer la configuration de leur TV ou de leur box pour avoir la VF. Au lieu d’imposer le contraire. Les personnes âgées râleraient surement mais c’est le prix à payer pour éduquer les oreilles des enfants à comprendre l’anglais. Je l’ai appliqué à mes enfants et c’est plutôt efficace !

On pourrait aussi augmenter la part des cours délivrés en anglais, ce qui  est maintenant possible dans les Universités et les grandes écoles et par le recrutement des meilleurs étudiants et chercheurs venant du monde entier, et pas seulement dans les pays francophones. C’est un choix difficile à faire compte-tenu des impératifs de la défense de l’exception culturelle : plus l’on parlera l’anglais dans les établissements d’enseignement supérieur et de recherche publique, plus on attirera les meilleurs et on s’ouvrira sur le monde.

L’État chercheur

La Loi Pécresse de 2007 ainsi que les initiatives consécutives au lancement des Programmes d’investissement pour l’avenir à partir de 2009 ont resserré les liens entre les laboratoires de recherche publics et les entreprises de toutes tailles. Mais ce n’est pas suffisant et pas forcément bien ciblé. La recherche fondamentale ne fonctionne généralement pas «sur commande». Seule la recherche appliquée et le développement de produits sont adaptés. Or, la part des laboratoires publics qui fait de la recherche appliquée semble faible, sauf peut-être à l’INSERM et à l’INRA.

Dans le domaine du numérique, l’Etat est plutôt un bon financeur. Le budget de l’INRIA avait augmenté il y a quelques années, une rare exception dans un domaine où les vaches maigres sont le régime par défaut. Le rendu de cette recherche fondamentale est toujours sujet à caution. L’INRIA s’est dotée d’instruments de valorisation de sa recherche depuis une quinzaine d’année, avec INRIA Transfert devenu IT Translation, et avec son implication dans le fonds d’investissement I-Source Gestion. A part ILOG, acquis par IBM en 2008, les startups issues de ces laboratoires n’ont malheureusement généralement pas abouti à la création de leaders mondiaux.

La transformation de projets de recherche en produit est complexe. Parfois, un miracle opère, comme ce fut le cas pour Business Object et Kelkoo qui se sont tous les deux (en 1990 et en 2000) appuyés sur des travaux de recherche pour se lancer. Des initiatives de mise en valeur des travaux de recherche à destination des industriels existent comme les Innovation Days du CEA-LETI à Grenoble ou leurs équivalents nombreux dans les sciences de la vie.

Attention cependant à ne pas tout ramener au numérique, qui est très réducteur. Ce n’est pas avec du pivot et des applications mobiles que l’on peut inventer des batteries à haute densité énergétique fabriquées en grande série. Ni que l’on créé des thérapies géniques ou que l’on construit un avion de ligne.

Du côté de la valorisation des travaux de la recherche, tous les dispositifs sont déjà en place avec les SATT et les IRT ainsi que les pôles de compétitivité. Il faut surtout enfin comprendre que R&D n’égale pas innovation. Au centre des cursus devrait se trouver la capacité à identifier, prioriser et traiter les problèmes de clients et dans une logique de «factorisation de besoins». Elle relève à la fois d’une approche projet expérimentale, de l’exploitation d’un vécu aussi riche que possible des parties prenantes (chercheurs, étudiants, entreprises, ONG, Etat) et d’une formation sur la création et la vente de produits.

Le product management est une discipline à introduire dans les cursus universitaires ainsi que dans les grandes écoles tant d’ingénieur que de commerce. Et aussi les cursus de formation au design. Quand l’Etat définit des priorités industrielles comme dans les plans «Nouvelle France industrielle», cela devrait aussi se traduire par une orientation des crédits de recherche et dans l’aménagement du territoire dans l’enseignement supérieur et la formation professionnelle.

Il faudrait mieux rémunérer et motiver les chercheurs, quitte à en réduire le nombre en proportion. Cela peut nécessiter de faire des choix difficiles, notamment vis à vis des recherches en sciences humaines qui sont parfois surdimensionnées par rapport aux besoins comme aux résultats. Au passage, il faudrait continuer d’injecter de la recherche dans le cursus des Grandes écoles scientifiques. Il vaut mieux en élever le niveau de ce point de vue-là que de les paupériser au niveau des universités.

Aux États-Unis, un post-doc gagne couramment 42 000 dollars par an, à comparer aux 24 000 euros bruts d’un post-doc en France. On doit cependant déduire du salaire américain les charges d’assurance maladie et les remboursements d’emprunt des exorbitantes études supérieures pour comparer des choses comparables. Mais ce n’est pas qu’une question de salaire. Les moyens techniques des laboratoires comptent tout autant et ils sont bien plus importants aux États-Unis. La création ou le cofinancement de grands outils de recherche scientifique reste une action majeure des États que ne remplissent pas les entreprises du secteur privé.

L’État actionnaire

L’État a été longtemps un grand interventionniste de l’industrie française avec ses participations dans nombre de grandes entreprises, qu’elles soient dans le giron des services publics (EDF, La Poste, France Telecom, SNCF, Air France) ou pas. L’État français a été et reste l’un des plus interventionnistes au monde dans la politique industrielle. Il n’est dépassé dans ce registre que par les anciens pays communistes ou la Corée du Nord.

Une bonne partie du Meccano industriel des dernières décennies a été piloté par l’État et en particulier les équipes du ministère de l’Économie et/ou de l’Industrie. Des sociétés comme Total, Thalès, Airbus, Alstom, Technicolor ou Areva sont le résultat d’un incroyable jeu de bonneteau témoignant d’une instabilité chronique. Il s’est agit presque à chaque fois de sauver des entreprises qui allaient mal. Dans de nombreuses circonstances comme sur le nucléaire, l’aviation, l’énergie ou l’électronique militaire, l’Etat a joué un rôle positif, regroupant des entités disparates d’un même marché pour tenter de créer des ensembles cohérents et plus compétitifs. Il avait d’ailleurs favorisé ces regroupements dès la seconde moitié du 19ème siècle.

L’État est devenu temporairement beaucoup plus interventionniste pendant les années 1980 après les nationalisations de 1982 et même après les privatisations qui ont suivi, qui étaient souvent partielles, comme celles de France Télécom ou d’EDF, déclenchées par les directives sur la concurrence de l’Union européenne. Même dans le cas où il n’est pas actionnaire, l’État peut être interventionniste en haut lieu – l’Elysée – comme on l’a vu dans le cas du dépeçage récent d’Alstom. Il peut aussi provoquer des acquisitions pour éviter des licenciements à la veille d’une élection comme pour l’acquisition de Photowatt par EDF EN juste avant la présidentielle de 2012.

Depuis 2013, Bpifrance gère la quasi-totalité des outils d’investissement dans les entreprises de l’Etat. Elle a récupéré la gestion du FSI, des PIA, ainsi que des fonds de fonds qui alimentent les fonds d’investissements français. C’en est au point que lorsque l’on cumule tous ces dispositifs plus la fiscalité (ISF et CIR), on se rend compte que l’État finance largement plus des deux tiers de l’innovation en France, tout du moins dans les startups !

Bpifrance gère les aides, les avances remboursables, les prêts ainsi que l’investissement en capital autant dans les start-up que dans les PME. En relation avec la DGE de Bercy, la banque applique directement ou indirectement les stratégies industrielles de l’État. En 2015, elle lançait une initiative de valorisation des innovations de services. Dans l’ensemble, le dispositif fonctionne mieux aujourd’hui que du temps d’Oséo. Bpifrance a investi maintenant des tickets significatifs dépassant les 10 millions d’euros dans des start-up telles que Withings ou Voluntis. Elle arrive même à le faire conjointement avec des investisseurs étrangers. En 2015, elle prenait même 5% du capital de Parrot pour 33 millions d’euros. On est encore loin du niveau de financement des unicorns américaines, à quelques très rares exceptions près comme Blablacar et Sigfox, ou plus récemment Parrot et OVH, deux belles PME qui ont levé respectivement 300 millions d’euros et 250 millions d’euros pour financer leur croissance, une situation plutôt inédite. Bpifrance a été impliqué dans la levée de Parrot mais pas dans celle d’OVH. Cette dernière fait écho aux quelques 150 millions d’euros engloutis dans les vains projets de cloud souverain Cloudwatt et Numergy, absorbés après leur échec par leurs principaux instigateurs, respectivement Orange et SFR.

Via des initiatives telles que le French Tech Pass, l’ensemble des organismes publics tels que Bpifrance savent maintenant se mobiliser pour accompagner dans leur croissance les start-up les plus prometteuses, qui ont dépassé le million d’euros de CA. Cette mobilisation est évidemment différenciée et toutes les start-up passant par ce processus n’arrivent pas forcément à faire des levées de fonds de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Bpifrance et l’État se verraient bien revenir au vieux jeu du Meccano industriel pour recomposer le paysage industriel et en particulier accélérer la consolidation de certains acteurs du numérique pour leur permettre d’atteindre plus rapidement la taille critique. Cette approche est intéressante dans certains cas d’industries qui suivent un mouvement d’intégration verticale, dans le numérique comme dans les autres industries.

Chaque entreprise et chaque marché est particulier et l’État est capable du meilleur comme du pire ! Examinons quelques cas récents d’intervention de l’État comme actionnaire ou influenceur.

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5La branche énergie d’Alstom a été cédée en novembre 2015 à General Electric, préféré à l’allemand Siemens par le gouvernement français, qui n’en était plus actionnaire depuis 2006. 70% des effectifs d’Alstom sont ainsi passés sous contrôle américain et la fabrication comme la maintenance des turbines de nos centrales nucléaires et de nos sous-marins nucléaires. Il subsiste 9 000 collaborateurs dans la branche transport qui reste française et dont le premier actionnaire est le groupe Bouygues. 6 500 suppressions d’emploi ont eu lieu ou sont prévues dans ce qui est devenu GE-Alstom.

Dans cette affaire, le patriotisme économique a été mis à bien rude épreuve et aucun acteur n’a résisté aux sirènes de la vente, du gouvernement à Bouygues SA en passant par les dirigeants d’Alstom comme Patrice Kron. L’affaire est tellement compliquée qu’il est bien difficile de définir ce que l’État aurait dû faire ou pu faire à part bloquer purement et simplement la vente. Le plus ironique dans l’histoire est que l’offre de Siemens n’a pas eu la faveur d’Alstom et du gouvernement français. Siemens a visiblement eu une approche moins «win-win» avec la France que les Américains. Ou ils ont été moins malins et manipulateurs que les Américains. C’est dommage car la création d’un leader européen de l’énergie aurait été préférable.

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6Dailymotion n’est pas à proprement parler d’une société industrielle au sens ancien du terme. Créée en 2005, elle a bénéficié en 2009 d’un investissement de 7,5 millions d’euros du FSI, ce dernier ayant été créé en 2005 sur recommandation du plan Beffa de 2004. Le champion national de la vidéo était alors déjà largement dépassée par YouTube, acquis par Google en septembre 2006. L’idée était d’en faire un investissement stratégique pour créer un champion au minimum européen de la vidéo en ligne. Le FSI a dans la pratique surenchéri contre des VC français prêts à investir dans la société ! Certes, ces derniers auraient été tentés de céder le groupe plus rapidement que l’État français.

La start-up est reprise par Orange entre 2011 et début 2013 pour près de 200 millions d’euros. S’ensuivent les négociations avec Yahoo! qui souhaitait rentrer au capital pour aider au développement aux États-Unis du service vidéo. Le deal est bloqué par Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, qui veut conserver en France ce joyau de l’Internet tricolore. Enfin, la société est reprise par Vivendi en 2015 à hauteur de 80%, pour un montant légèrement supérieur à ce qu’Orange avait déboursé. Comme quoi sa valeur n’avait pas beaucoup bougé. Depuis, la moitié des effectifs ont quitté Dailymotion. Fin juillet 2016, Yahoo! est de son côté acquis par l’opérateur télécom américain Verizon. Autant dire, la fin des fins.

La leçon d’histoire ? Nous avons eu ici un État qui arrive trop tard et a misé trop petit dans un jeu qui était déjà fait. Le numéro 2 occidental de la vidéo en ligne était et est toujours très mal armé pour lutter contre l’hégémonie de YouTube. Dans le numérique, être un tout petit numéro 2, c’est déjà être largement perdant ! Ce ne sont pas les synergies avec le bien mal en point Canal+ qui vont arranger les choses dans le groupe Vivendi. Canal+ n’a pas d’empreinte internationale suffisante pour changer la donne face à YouTube. Il faut savoir se battre dans les batailles où l’on a quelques chances de l’emporter et s’en donner les moyens ! Et passer à autre chose autrement.

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7Le spécialiste de la robotisation de salles d’opérations MedTech a été récemment cédé à l’américain Zimmer. C’est un joyau de plus qui s’en va après Withings et CaptainTrain. Le fondateur de la société, Bertin Nahum, se plaignait de la difficulté à financer sa société. Il a bien eu des investisseurs privés et régionaux, mais arrivés tard et avec une capacité d’investissement trop faible. Et d’évoquer la dure réalité : pour se financer de manière respectable, les startups prometteuses doivent faire appel à des fonds étrangers et petit à petit devenir étrangères.

Deux solutions sont évoquées : orienter plus d’investissement vers les startups comme via les assurances vies ou créer des fonds d’investissement européens. Quoi que l’on fasse en France, dans le public et dans le privé, notre capacité de financement sera au mieux proportionnelle à notre PIB. Et le PIB américain est environ 7 fois plus gros que le PIB français. Qui plus est, le PIB de l’Union européenne dépasse le PIB américain mais son capital risque cumulé y est 5 fois moins important qu’aux États-Unis en volume.

Diam Concept est une société issue d’un laboratoire du CNRS qui fabrique des diamants synthétiques de bonne qualité et de manière bien plus économique que les acteurs américains de ce marché. Les clients potentiels sont les grands joaillers. La société a besoin de plus de 10 millions d’euros pour se développer, notamment pour le financement des machines de production. A la clé, un marché adressable de centaines de millions de dollars. Bien financée et rapidement, cette société pourrait devenir leader de ce marché. Qui va faire un pari pour créer un leader mondial ? Les grands français du luxe comme LVMH ? L’État français ? Ce n’est pas un marché spécialement prioritaire mais un élément stratégique de la supply chain de l’industrie du luxe. LVMH avait un beau stand sur Viva Technology. C’est un bon litmus test des pratiques d’innovation ouverte du secteur qui se prépare ! Mais sauf à ce que Bpifrance y investisse, la part de l’État sera minime dans cette aventure industrielle potentiellement intéressante.

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8L’acquisition en juillet 2016 de l’anglais ARM par le Japonais Softbank pour 32 milliards de dollars est surtout une opération financière car ARM est une société profitable qui n’a pas besoin de nouveaux capitaux pour se développer, étant déjà un quasi-monopole sur son marché.

ARM est une spin-off d’Acorn Computers dans les années 1980, un constructeur de micro-ordinateurs disparu à la fin des années 1990, dépassé par la suprématie des PC. Mais Acorn était très intégré verticalement et avait conçu ses propres processeurs RISC. ARM signifie d’ailleurs dire Acorn RISC Machine. C’est un exemple assez ancien de pivot industriel réussi ! ARM a presque totalement horizontalisé le marché face aux constructeurs de microcontrôleurs et chipsets qui utilisaient leur jeu d’instruction propriétaire comme STMicroelectronics avec son ST40. Les noyaux M dominent le marché des microcontrôleurs et les noyaux A celui des chipsets mobiles. ARM ne fait que vendre de la propriété intellectuelle sous la forme de «blocs d’IP» qui servent à concevoir des chipsets. La société faisait 1,5 milliard de dollars de CA avec une croissance annuelle de 15% en 2015.

Le Royaume-Uni a ainsi perdu le contrôle d’une société stratégique dans la mobilité et les objets connectés. Le fondateur d’ARM, Hermann Hauser, a déploré cette vente. Elle fait d’ailleurs suite à l’acquisition d’un autre Anglais des semi-conducteurs, CSR (Cambridge Silicon Radio), spécialisé dans l’Internet des objets et dans l’automobile, par Qualcomm et pour 4,2 milliards de dollars en août 2015. La vente a cependant été favorablement accueillie par le nouveau gouvernement de Theresa May, positivant la chose en se félicitant que juste après le vote sur le Brexit, un investisseur étranger fasse ainsi confiance au Royaume-Uni. C’est une situation incompréhensible pour le dirigisme français. Aurait-on accepté une telle vente ?

Reste à savoir ce que Softbank pourrait faire d’ARM, s’il va plus loin qu’un acquisition purement financière. Avec quel impact sur l’intégration horizontale et verticale de ce marché ? Est-ce que cela pourrait revigorer l’un des concurrents d’ARM, l’Américain Imagination Technologies qui possède l’architecture MIPS, devenue marginale ?

Et la filière des semi-conducteurs française ? Elle est dominée par le franco-italien STMicroelectronics, lui aussi issu d’un bon gros Meccano industriel pluri-décennal. La société fait environ 7 milliards d’euros de CA annuel. Elle est le numéro 2 mondial des capteurs pour les objets connectés. Ses unités de production de Crolles – que j’avais visitées fin 2014 – sont les plus modernes d’Europe mais sont bien maigres face aux champions asiatiques (TSMC, UMC, Samsung) et américains (Intel), que ce soit en capacité de production ou d’intégration (28 nm chez ST, 10/14/16 nm chez les concurrents). STMicroelectronics a annoncé juste après le CES 2016 abandonner le marché des chipsets pour les set-top-box, supprimant 700 emplois au passage. La société a du mal à se positionner comme «platform vendor». Elle dépend d’ARM pour ses jeux d’instruction. Elle n’est pas présente sur le juteux marché des mobiles au niveau des chipsets et surtout dans celui des capteurs qui génèrent moins de valeur par mobile et ont tendance à devenir des commodités. La société est aussi présente dans l’industrie et notamment l’automobile, très vorace en capteurs et électronique embarquée.

Dans le même temps, le fabricant de semi-conducteurs Altis Semiconductor, s’est mis en redressement judiciaire en aout 2016. La société comprend surtout l’usine de Corbeil-Essonne, qui appartenait il y a longtemps à IBM, cherche un repreneur. La société avait été reprise par Yazid Sabeg, le président de la société de services informatique CS, avec un fonds Qatari et Bpifrance comme autres actionnaires. L’usine produit des composants CMOS en technologie 130 et 180 nm sur des wafers de 200 mm. Autant dire que ce n’est pas le top et que cela permet tout juste de produire des composants industriels pour des marchés spécifiques. Quelle position cette société pouvait-elle avoir dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs ? Pas évident ! Son bureau d’études aurait pu en faire une fabless s’il s’était spécialisé sur un marché porteur. Quand à la capacité de production de l’usine, elle était probablement insuffisante pour générer les économies d’échelle indispensables pour tenir le choc dans ce secteur en pleine consolidation et dont les besoins financiers augmentent à chaque nouveau niveau d’intégration.

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9En 2012, Softbank avait aussi discrètement mis la main sur le Français Aldebaran Robotics alors que la startup avait besoin de financements pour son développement orienté sur le long terme. Pour environ 85 millions d’euros. Aldebaran est devenu Softbank Robotics avec une stratégie assez différente de son fondateur, Bruno Maisonnier, qui a quitté la barque en 2015. On a ici deux joyaux européens qui se font gober par un groupe japonais sans que cela fasse broncher les états des deux côtés de la Manche. Triste. Mais inéluctable ?

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10Prenons une étude de cas fictive, mais pas tant que cela. Supposons qu’un laboratoire de recherche publique français invente un procédé technologique révolutionnaire pour créer des batteries présentant les caractéristiques suivantes : une densité énergétique plusieurs fois plus grande que les batteries classiques au Lithium, un cycle de charge rapide, pas d’échauffement, un usage de matières premières abondantes et la capacité à supporter des milliers de cycles de charge et de décharge. Avec des applications dans les véhicules électriques et dans les logements. Le procédé est breveté en bonne et due forme. C’est un véritable «game-changer». Mais d’autres technologies de batteries concurrentes voient le jour ailleurs dans le monde, aux États-Unis, au Japon et en Allemagne. La technologie française a l’air plus performante et il reste à l’industrialiser à grande échelle pour que sa valeur économique soit très différentiée des technologies nouvelles issues d’autres pays.

Mais comment l’industrialiser ? Va-t-on créer des usines pour le fabriquer en France ? Va-t-on vendre la technologie sous licence sachant qu’Elon Musk a l’air d’être intéressé ? S’il fallait optimiser la rentabilité d’une PME innovante lancée sur ce procédé, la vente de licences serait la meilleure solution. Autre solution : que cela serve  au développement du champion français du secteur : SAFT, dont l’usine américaine avait d’ailleurs été visitée par Barack Obama début 2016 !

Si l’on voulait maîtriser la chaîne de valeur et générer plus d’emplois, la solution de l’industrialisation serait préférable. Elle demanderait des moyens financiers importants, même au niveau de SAFT. Cette société faisait un CA de 759 millions d’euros en 2015, avec une EBITDA d’environ 15%, une dette de 85 millions d’euros, un résultat net d’environ 50 millions d’euros par an. Dans la pratique, la société appartient au groupe Total qui a de larges capacités d’autofinancement.

Supposons… 5 millions d’euros à 20 millions d’euros pour lancer une pré-industrialisation du procédé, 100 millions d’euros pour créer la première usine de production et 2 milliards d’euros pour monter en puissance à l’échelle mondiale. Qui joue ? Comment ? Quels investisseurs privés vont miser sur cette société ? Comment aider les chercheurs à créer une équipe entrepreneuriale correcte ? A part Total/SAFT, il n’y a pas beaucoup d’autre solution.

Ici, Bpifrance peut coordonner l’investissement public dans la société, probablement jusqu’à un ticket de 20 millions d’euros. Après, des industriels français doivent s’impliquer : EDF EN, Bolloré, ou Total si SAFT se lance dans l’aventure ? Mais sous quelle forme ? Actionnaires minoritaires d’une start-up ? En acquérant une licence exclusive d’usage de la technologie et en l’industrialisant de leur côté ? Et quelles alliances européennes bâtir éventuellement sur un tel projet ?

Une stratégie, c’est bien, mais derrière, il y a la capacité d’exécution. Cela consiste à pouvoir répondre à toutes ces questions pratiques. Pas juste produire des rapports ou même des articles du genre de celui-ci !

L’État acheteur

Pendant des années 60 et 70 des grands projets Gaulliens, l’État était son propre client. Les grands projets industriels étaient réalisés par des entreprises publiques sous son contrôle. Ces entreprises tout comme l’État sont des clients naturels pour un tas d’industries et de sous-traitants : dans le BTP, dans l’équipement, dans l’informatique, les télécoms, dans l’énergie, les matières premières, les transports et la santé pour l’équipement des hôpitaux. Ces achats sont assez peu centralisés, les centres de décision étant répartis dans une myriade d’administrations, collectivités locales et établissements ou entreprises publiques.

Le patriotisme économique fonctionnait à plein jusqu’aux années 1990. Au point que l’État faisait appel à des entreprises publiques ou privées qui produisaient quasiment à perte. Depuis les difficultés budgétaires, l’État n’hésite plus à acheter à l’étranger : des véhicules pour la police (Ford) ou même des armes (le prochain remplacement du fusil d’assaut Famas). Il raisonne plus comme acheteur cherchant à optimiser ses investissements.

Quid des start-up ? Cela fait des années que l’on entend parler d’un «Small Business Act» à la française. Des groupes d’influence privés l’ont réclamé, des politiques comme François Bayrou ont relayé la revendication et une disposition sur l’achat public via les PME a même été introduite dans la loi par étapes en 2008. Le code des marchés publics a même été simplifié pour les PME depuis avril 2016 après été modifié plusieurs fois, notamment en 2006, 2011, 2014 et 2015 (source). Manuel Valls a annoncé en 2015 tout un tas de dispositions destinées à faciliter la vie des PME.

Le SBA américain est une loi de 1953 modifiée plusieurs fois par une bonne part des administrations démocrates comme républicaines. Elle alloue une part plus importante de la commande publique nationale aux PME, entre 25% et 40%. La Small Business Administration garantit aussi les prêts pour les PME, un dispositif voisin de la garantie Sofaris, intégrée dans Oséo puis dans Bpifrance à partir de 2013.

Un autre dispositif du SBA américain est moins connu. Créés en 1982 pendant le premier mandat de Ronald Reagan, les Small Business Innovation Research (SBIR) sont des allocations fédérales finançant des projets de PME sous forme d’aides ou de prêts. Les SBIR sont gérés par les diverses agences fédérales telles que la DARPA, la NASA, le DHS (sécurité intéreure), la NIH (équivalent de l’INSERM) et la NSF (National Science Foundation). Cela représente plus de 2 milliards de dollars par an. En appliquant un ratio basé sur le PIB, cela ferait 300 millions de dollars en France.

Dans la pratique, les principaux programmes de financement de l’innovation consolidés chez Bpifrance représentaient le triple en 2015, soit 1 milliard d’euros. L’ANR coordonne pour sa part le financement de projets de recherche. La différence réside dans le mode de fonctionnement. Le SBIR génère une relation client/fournisseur plus saine entre les agences fédérales et les PME innovantes, particulièrement pour la DARPA. Il faudrait aussi mettre cela en regard des 30 milliards de dollars de budget annuel de la seule NIH pour le financement de la recherche dans la santé ! Même en divisant cela par 10, nous sommes largement dépassés, le budget de l’INSERM étant pour 2016 de 904 millions d’euros !

L’autre évolution que l’État et les collectivités locales peuvent mettre en place est de faciliter l’expérimentation. C’est notamment ce que fait Paris&Co au travers de divers appels à projets comme dans l’urbanisation. D’autres grandes villes se sont lancée dans des démarches équivalentes. Le code des marchés public évolue doucement pour faciliter cela. Le point clé pour une start-up est cependant de passer rapidement de l’expérimentation – qui valide une réponse à un besoin – à un déploiement à grande échelle, seul moyen de générer un bénéfice économique. L’industrie, ce n’est pas de l’artisanat !

Par Olivier Ezratty

Crédit d’impôt recherche et Crédit d’impôt innovation: quelles différences ?

CIR

 

Le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) et le Crédit d’Impôt Innovation (CII) sont deux instruments fiscaux destinés à encourager l’innovation des petites et moyennes entreprises en France. Si le CIR est très connu des entrepreneurs, le CII est quant à lui moins médiatisé.

Pourtant, la demande de CII s’effectue via le même formulaire (cerfa 2069-A-SD) et selon les mêmes modalités que la demande de CIR.

Quelles différences entre Crédit d’Impôt Recherche (CIR) et Crédit d’Impôt Innovation (CII) ? Quelles sont les étapes de la demande ? Le blog du dirigeant fait le point.

Votre projet relève-t-il du CIR ou du CII ?

Même si les deux mesures ont le même objectif, elles ne sont pas forcément destinées aux mêmes projets d’entreprise. L’administration fiscale opère les distinctions suivantes.

Différences entre crédit d'impôt recherche (CIR) et crédit d'impôt innovation (CII)Si votre projet d’entreprise est destiné à faire progresser l’état de l’art, c’est-à-dire à faire progresser les connaissances scientifiques et techniques par rapport au début de vos travaux, votre projet relève du CIR. On parle ici de la notion de « recherche et développement ».

Si votre projet d’entreprise se destine à concevoir ou réaliser un prototype ou une installation pilote d’un nouveau produit, votre projet relève du CII. Ici, la finalité est l’innovation (une création technique ou technologique) et non la recherche et développement au sens strict.

Différences entre crédit d'impôt recherche (CIR) et crédit d'impôt innovation (CII)On constate que les deux crédits d’impôt n’ont pas vocation à encourager le même type de projet, même si, in fine, l’objectif est le même (commercialiser un nouveau produit/être compétitif).

Qui peut bénéficier du CIR et/ou du CII

Pour être éligible au CII, vous devez être une PME de moins de 250 salariés, dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50 millions d’euros ou le total du bilan inférieur à 43 millions d’euros. Évidemment, votre projet doit relever du CII comme mentionné ci-dessus.

Pour être éligible au CIR, vous devez être une entreprise imposée à un régime du réel (impôt sur le revenu dans la catégorie des Bénéfices Industriels et Commerciaux ou impôt sur les sociétés) et, évidemment, développer un projet qui relève du CIR.

Les dépenses concernées pour le CIR et le CII

Ce sont grosso modo les mêmes dépenses engagées par l’entreprise qui serviront d’assiette de calcul du CIR et du CII, à savoir :

  • L’achat de matériel et les dotations aux amortissements dédiés au projet d’entreprise relevant du CIR ou du CII
  • Les frais relatifs aux dépôts de brevets
  • Les frais de sous-traitance dédiés au projet relevant du CIR ou du CII
  • Les dépenses de personnel directement affectées aux opérations relevant du CIR ou du CII
  • Un forfait de frais de fonctionnement : pour le CIR : 50 % des dépenses de personnel – Pour le CII : 75 % des dotations aux amortissements concernés ainsi que 50 % % des dépenses de personnel
  • Les dépenses de personnel relatives à l’embauche de jeunes docteurs
  • Les dépenses de veille technologique (dans la limite d’un certain plafond)

Cette liste est non exhaustive et comprend des plafonds de montant.

Attention ! Concernant le CII : le total des dépenses prises en compte est plafonné à 400 000 euros par an, quel que soit le nombre de projets innovants déployés au sein de l’entreprise.

Le montant de l’aide

Le Crédit d’Impôt Recherche est égal à 30 % des dépenses de recherche et développement jusqu’à 100 millions d’euros et à 5 % sur la tranche supérieure.

Notez que pour les entreprises qui bénéficient du CIR pour la première fois ou pour celles qui n’en ont pas bénéficié depuis 5 ans, le CIR est égal à 40 % la première année et 35 % la deuxième année.

Le Crédit d’Impôt Innovation est égal à 20 % des dépenses concernées.

Les étapes de la demande de crédit d’impôt

Que vous soyez éligible au CIR ou au CII, la première étape consiste à demander une prise de position de la part de l’administration, en sollicitant un rescrit. Le document attestera de votre éligibilité future au crédit d’impôt et vous permettra de réaliser vos prévisions financières et vos premiers investissements plus sereinement.

Vous devrez ensuite évaluer le montant de votre crédit d’impôt en calculant vos dépenses éligibles (prévisionnelles ou en cours). Pour ce faire, nous vous recommandons de vous faire accompagner par votre expert-comptable, car il existe de nombreux plafonds et limites. Vous devrez ensuite faire parvenir à l’administration fiscale le dossier de demande de crédit d’impôt cerfa 2069-A-SD.

Les petites entreprises aussi ont droit au CIR et au CII, ne passez pas à côté !

Franchises en Suisse, quels réseaux rejoindre ?

commerce suisse

Un modèle encore peu développé

 

Pas de loi spécifique, pas de statistiques, une fédération sans véritable consistance… La franchise en Suisse est encore peu développée. Il n’empêche que des réseaux s’y installent et prospèrent ! Quels sont ces réseaux ? Tour d’horizon.

Ouvrir une franchise en suisseEst-ce la multiplicité des langues et des cultures ou la frilosité paradoxale des investisseurs ? Un peu des deux semble-t-il ! En tout cas, le moins que l’on puisse dire c’est que la franchise en Suisse est balbutiante, voire secrète. Combien de réseaux opèrent sur le territoire ? Impossible de vraiment le savoir.La Fédération Suisse de la Franchise, qui est membre de la Fédération Européenne de la Franchise et du World Franchise Council, ne tient pas de comptes précis. Et en l’absence de statistiques officielles, le flou reste épais sur le poids du modèle. Mais qu’à cela ne tienne… en cherchant un peu, une poignée de réseaux émerge.

Les réseaux français

De nombreuses marques françaises étendent leurs réseaux au-delà des Alpes en terres suisses parmi lesquels des enseignes liées à la beauté, la forme et les cosmétiques :

  • DépilTech : le spécialiste de l’épilation définitive se développe en franchise en Suisse. Créée en 2011, Dépil Tech est la première grande marque nationale à s’imposer sur le segment de l’épilation définitive en France et à l’étranger (Suisse, Luxembourg, Belgique et Mexique).
  • Les enseignes du Groupe Alesia Minceur que sont Cryo’Svelte ; HyperMinceur ; CelluChic ; LipoPerfect; Happy Sourire ; Biovagues ; Liberty Gym ; Aquavélo ; MinceurHom ; Radical’Epil ; New Lifting ; Stop Tabac ; Diet Success) se développent en Suisse. Certaines y sont déjà implantées, d’autres attendent des candidats !
  • Esthetic Center : le réseau d’institut de beauté, racheté dernièrement par Beauty Success, se déploie en Suisse depuis 2015 via un contrat de master franchise.
  • Franck Provost : le réseau de salons de coiffure Franck Provost (groupe Provalliance également propriétaire de Jean-Louis David, et Saint-Algue) se développe en Suisse depuis quelques années via une master franchise.
  • Yves Rocher : la grande enseigne de distribution de produits cosmétiques bio est présente en Suisse. Son déploiement s’orchestre sur une vingtaine de centres de beauté à Lausanne, Genève, Fribourg, Zurich…
  • Alain Afflelou : Avec une quinzaine de boutiques helvètes (Genève, Montreux, Nyon, etc.), le grand réseau international d’optique offre de vraies opportunités d’installation en Suisse. Challenger face à l’enseigne suisse Visilab et au réseau allemand Fielmann, Afflelou poursuit toutefois sa percée en Suisse en centre-ville, en centre commercial et dans les zones d’activités commerciales situées en périphérie des villes.

Quelques enseignes françaises évoluant dans les secteurs de la communication sont également implantées en Suisse comme :

  • Pano : née à Bordeaux il y a 25 ans, Pano se développe en Suisse depuis 2013. L’enseigne spécialiste de la publicité et de la signalétique adhésive est déjà implantée notamment à Lausanne, Montreux et Genève. Le réseau compte à terme sur un total d’une quarantaine de boutiques en Suisse.
  • Newcom : le réseau spécialiste de la communication au dos des tickets de caisse des hypermarchés et des supermarchés recherche activement un master franchisé pour diffuser sa marque en Suisse.
  • L’invitation : créé en 2009 sur la base d’un concept simple (1 acheté = 1 offert), le réseau l’Invitation est présent en Suisse depuis 2015.

Les réseaux français de lavages écologiques de véhicules commencent également à passer la frontière :

  • Ecolave : l’enseigne spécialiste du nettoyage écologique – sans eau – des véhicules a signé une master franchisé pour la Suisse en 2014. Les candidats débutent avec la création d’une unité mobile à moindre coût et peuvent ensuite créer un point de lavage fixe.
  • CosmétiCar : le réseau de franchise leader en matière de lavages de voitures sans eau en France est présent en Suisse depuis 2015 (Lausanne), via une master franchise. En mai dernier, une deuxième agence s’est ouverte à Neufchâtel.

De même, des réseaux français de restauration viennent faire des incursions en terre helvète :

  • Francesca : la marque de restauration italienne née à Strasbourg se développe en licence de marque en Suisse depuis 2007. Le concept se décline en restaurants de centre-ville, ou en kiosque (10 à 30 m²) dans les zones de passage denses (gares, aéroports, galeries commerciales). Francesca compte actuellement 6 restaurants en Suisse.
  • Matsuri : la marque de sushi bar, première chaîne de restaurants japonais à comptoir tournant en Europe, cherche à se développer en Suisse. L’enseigne est déjà présente à Genève et compte bien ne pas en rester là. Les restaurants de l’enseigne sont tous implantés sur des emplacements n°1 proposant un service à table de 35 à 70 places assises, complété par un espace de vente à emporter et un service de livraison à domicile.
  • Boco : la jeune enseigne de restauration haut de gamme Boco a ouvert sa première franchise en Suisse en avril 2016 (Genève). Une seconde ouverture est d’ores et déjà programmée à Genève pour le mois d’octobre prochain.

Outre ces réseaux aux secteurs ciblés, on peut aussi noter la présence en Suisse de :

  • Intercaves : créé en 1978, le réseau de cavistes Inter Caves qui a rejoint en avril 2011 la Maison Richard, cherche à s’implanter en Suisse.
  • Lézard Créatif : le réseau de boutiques ateliers dédié aux arts créatifs vient de sauter le pas en 2016 d’une première implantation en Suisse à Nyon.
  • Point d’Encre : le spécialiste français de la recharge de cartouche d’encre se développe depuis l’an dernier en Suisse. Un master franchisé y a été formé pour multiplier les agences et les points relais sur place.
  • King Jouet : le spécialiste de la vente de jouets est présent en Suisse depuis 2001. L’enseigne y compte aujourd’hui une dizaine de magasins (Lausanne, Carouge, Fribourg, Bienne…) et y poursuit son développement en succursales et en franchise.
  • Perene : créée en 1938 en Haute-Savoie, la chaîne d’agencement et de décoration d’intérieurs Perene (groupe Fournier Habitat) spécialiste de la cuisine et de la salle de bains, est présente en Suisse depuis quelques années. L’enseigne y compte 7 magasins.

Ainsi que des grandes enseignes comme Accorhôtels, Spar (groupe Casino), etc.

Les marques étrangères

Les grands réseaux internationaux sont nombreux à avoir déjà quelques adresses en Suisse, ou à s’apprêter à en avoir. Parmi ces grandes enseignes, l’on trouve notamment :

  • les grands noms de la restauration rapide comme Mc Do, Subway, KFC, Pizza Hut, etc.
  • mais aussi des enseignes de la remise en forme comme Curves
  • du rééquilibrage alimentaire comme Naturhouse : l’enseigne espagnole de rééquilibrage alimentaire se déploie en Suisse depuis 2014. via la mise en place d’une master franchise. Le concept se déploie aussi bien en ville (Naturhouse City) qu’en zone rurale (Naturhouse Village pour les villes de moins de 10.000 habitants)
  • de la distribution d’alimentation pour chiens et chats comme Pet’s Planet : l’enseigne italienne se développe en master franchise en Suisse depuis quelques années
  • les ténors de l’immobilier comme Century 21, Re/Max, Era Immobilier, etc.
  • les grands du prêt-à-porter comme Esprit
  • les points multiservices de l’entreprise américaine Mail Boxes Etc.

Les marques suisses

Remicom : né en Suisse en 2003, le réseau Remicom se développe en franchise depuis 2008 sur le marché de l’immobilier, avec un modèle d’agences exclusivement dédiées à l’immobilier commercial et d’entreprise. Actuellement à la tête d’une vingtaine d’agences en Suisse, l’enseigne continue de s’y développer tout en débutant son expansion hors des frontières, et notamment en France.

Les Naturelles : née également en Suisse, cette enseigne de distribution de produits de beauté se développe dans son pays d’origine mais aussi au-delà de ses frontières et notamment en France.

BG World : le spécialiste suisse de la création d’événement pour les enfants compte une agence dans son pays d’origine et lui-aussi, cherche à essaimer en France.

Swixim : l’enseigne spécialiste de l’immobilier compte de nombreuses agences sur son sol d’origine et essaime également en France.

Mais aussi :

  • la chaîne de vente d’articles de sport Intersport
  • la chaîne de commerces de détails Avec
  • les chaînes de boulangeries Pain Paillasse ou BackWerk
  • les chaînes d’opticiens Visilab et Kochoptik
  • la chaîne de services aux personnes âgées Home Instead
  • la chaîne de salles de musculation préventive et thérapeutique Kieser Training
  • la chaîne de conseils en nutrition et perte de poids ParaMediForm

etc.

 

Dominique André-Chaigneau, Toute la Franchise

Comment annoncer que sa startup va mal ?

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Problèmes financiers, erreurs stratégiques ou fin de l’aventure, il est parfois difficile pour les entrepreneurs de communiquer sur les faiblesses de leur petite entreprise. Pourtant, la stratégie de la transparence serait plus valorisée qu’on ne pourrait le penser…

Le 26 juillet, Take Eat Easy, startup spécialisée dans la livraison de repas à domicile, annonçait sa mise en redressement judiciaire. Plutôt qu’un banal communiqué de presse, ou un message publié en première page sur le site, les cofondateurs, Chloé et Adrien Roose, ont choisi de s’exprimer surMedium, une plateforme de blogging de plus en plus prisée pour cet exercice. Les deux lettres, qui oscillent entre fierté entrepreneuriale et déception non dissimulée, ont reçu des centaines de “j’aime”, et presque autant de commentaires. Surtout, elles ont été massivement partagées sur les réseaux sociaux, où les réactions négatives, mais aussi de soutien, n’ont pas tardé à affluer.

Expliquer le pourquoi du comment

Sur Twitter, on lit ainsi des “bravo pour la route parcourue”, des “triste !” suivis de petits smileys en pleurs, ou encore des “sniff” d’anciens accros à la jeune pousse. Un “très beau” coup de comm’ selon Victoria Rollin, fondatrice d’une agence spécialisée dans le conseil en communication pour les startups. “Ce qui a été réussi, explique-t-elle, c’est que l’équipe de Take Eat Easy a pris le temps d’expliquer en détails le pourquoi du comment.

Elle raconte que ces précisions données par Adrien Roose sur les réussites et les échecs successifs de l’entreprise de livraison sont un élément nécessaire. “D’abord, parce qu’il y a de toute évidence un aspect moral. Quand on a été dirigeant d’une entreprise, on a évidemment certaines obligations envers les partenaires et les fournisseurs, mais aussi envers les clients. Il y a une sorte de suivi à assurer”, détaille Victoria Rollin.

En second lieu, la directrice de l’agence de communication estime que cette étape des explications doit également être vue sous l’angle du “self-branding”. Les entrepreneurs en difficulté devraient ainsi toujours songer à “préparer l’après”. En général, explique la jeune femme, “ils ont ça dans le sang, la création de startup, et il est fort probable qu’ils recommencent un jour, avec un autre projet”. A ce titre, décrire et assumer ses erreurs ferait office de mea culpa crédible, et “pas du tout dévalorisant”, aux yeux des futurs collaborateurs.

Enfin, Victoria Rollin insiste sur l’aspect “retour d’expérience” qui serait bénéfique aux autres startups. “Dans un petit écosystème comme celui-ci, c’est important de raconter, pour éviter à certains  de se planter eux-aussi. Les échecs des uns peuvent profiter aux autres, c’est une forme de solidarité”, pense-t-elle.

“Notre startup n’a plus d’argent”

Par le passé, un exemple lui est apparu particulièrement  intéressant à ce titre. Il s’agit d’une interview croisée, entre Emilie Gobin, cofondatrice d’un pure-player de décoration, L’Usine  à Design, et Olivier Mathiot, son business angel. Publiée sur Le Journal du Net, elle raconte sous un format pour le moins original pourquoi la startup a fini par sombrer, entre erreurs stratégiques de positionnement et abandon des fonds de capital risque. Pour Victoria Rollin, cet article serait une parfaite illustration de la “transparence” dont “tous” devraient faire preuve.

Certains patrons l’ont d’ailleurs bien compris, à l’image de Damien Morin de Save, de Xavier Zeitoun de Zenchef ou des fondateurs de Moi Chef. En mai dernier, cette petite entreprise de livraison de paniers “prêts-à-cuisiner” imaginés par de grands cuistots, a posté un long message sur Facebook. Son titre, évocateur : “notre startup n’a plus d’argent. Y sont décrites une à une les difficultés de la jeune pousse qui, si elle n’est pas peu fière de ses recettes, chefs et ventes, reconnaît que “la fin de “l’aventure [semble] proche”.

Des difficultés financières à la levée de fonds à succès

Au départ, Tristan Laffontas, cofondateur, admet avoir hésité à publier cette tribune. Ingénieur de formation, il a travaillé dans des “grosses boîtes” dans les domaines de l’aérospatial, du mobile et du conseil. Des firmes dans lesquelles il n’aurait pas été question de communiquer sur les faiblesses économiques.

 “Ce qu’il s’est passé alors, c’est qu’on s’est posé la question, tous ensemble, de savoir : ‘au pire, que se passera-t-il ?’. Notre réponse, c’est qu’un potentiel investisseur aurait pu se rétracter. Mais en disant cela, on s’est aperçus qu’un tel investisseur, s’il ignorait tout des startups au point de ne pouvoir imaginer qu’elles aient des problèmes d’argent, n’était vraiment pas fait pour nous. Du coup, on a foncé”, raconte le jeune homme.

Le temps donnera raison à l’équipe : au départ simple “état des lieux”, “très factuel”, le post Facebook devient très vite viral : il sera partagé à 1800 reprises, et lu plus de 270 000 fois. Tristan Laffontas nous avoue avoir été lui-même très surpris par cet engouement. “On n’avait même pas vraiment de problèmes d’argent en particulier, enfin c’était surtout qu’on n’allait plus recevoir de droits au chômage, et c’est pour cette raison qu’on pensait que Moi Chef devait être arrivé au bout de sa vie à durée réduite. Sauf qu’en fait, dit-il, les gens qui ne travaillent pas dans le milieu des startups, et ne savaient pas forcément que ce sont des difficultés assez classiques, l’ont interprété comme un véritable appel à l’aide.

“Ravis”, les membres de l’équipe décident alors de “jouer” un peu de la situation, de profiter de leur côte de popularité, à son plus haut niveau. Ils lancent sur Ulule une campagne de crowdfunding. Rapidement, l’objectif des 10 000 euros est dépassé, la cagnotte allant jusque 12 600 euros. Et le cofondateur l’assure : cette levée d’argent rapide serait “largement liée” au message de détresse posté sur les réseaux sociaux…

par Perrine Signoret, contributrice

Tout ce que vous devez savoir sur les FinTech en 2016

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Quelles sont les startups FinTech à observer en 2016 ? Quelles sont les plus valorisées ? Quels pays attirent le plus d’investissements FinTech ? Quels sont les plus gros investisseurs ? Autant de questions auxquelles répond écoreuil.fr, dans une infographie sur ce marché à l’origine de nombreuses opportunités de croissance et d’innovation.

On dénombre aujourd’hui près de 1 400 startups FinTech dans le monde avec un investissement moyen de 44 millions de dollars : de quoi faire rêver les entrepreneurs au profil financier ! Ces chiffres justifient le fait d’avoir pour investisseurs les banques elles-mêmes. En effet la CityBank, Barclays et d’autres ont bien compris qu’il valait mieux intégrer dès que possible ces technologies qui rendent le service bancaire traditionnel obsolète. Paiement, transfert d’argent, prêt, crypto monnaie et Big Data font partie des secteurs concernés. 

Encore une fois, les États-Unis dominent en matière d’investissement avec 10 milliards de dollars injectés. C’est juste assez pour créer cinq belles licornes et finir en 2ème position derrière la Chine qui a encore démontré sa puissance avec Lufax, valorisée à elle seule 10 milliards de dollars !

L’infographie d’Écoreuil.fr revient également sur plusieurs enseignements intéressants au sujet du paysage FinTech. En voici quelques-uns :

  • Les plus grands Hubs FinTech sont regroupés entre New-York, Londres, Singapour et Tel Aviv. Ils devraient être rattrapés et même dépassés dans quelques années par Oslo, Amsterdam, Copenhague, Stockholm et Helsinki.
  • Parmi les grandes tendances actuelles de la FinTech, on retrouve les services, la robotique, et le financement participatif.
  • 43,4% des clients choisissent des solutions FinTech pour la facilité à y ouvrir un compte, contre 15,5% pour les taux et frais intéressants et seulement 1,8% pour la confiance qu’ils peuvent y apporter.
  • 49,7 milliards de dollars ont été investis au total dans les FinTech mondiales entre 2010 et 2015, dont 31,6 milliards aux États-Unis et 4,4 milliards en Europe.
  • 19% des investissements FinTech ont été réalisés dans les sociétés de financement et de prêts, tandis que 14% l’ont été dans les services de traitement des paiements, 10% dans les portefeuilles mobiles et 7% dans l’analyse de fraude.
  • Entre 2013 et 2014, les sociétés de financement et de prêts ont ainsi récolté 567 millions de dollars de fonds, soit plus que n’importe quel autre secteur. Elles dépassent de loin les sociétés de paiement qui ont rassemblé 416 millions de dollars, et les sociétés de portefeuille mobile qui ont levé 286 millions de dollars.
  • 40% des banques ont des activités en cours sur les techniques d’innovation. 56% vont les mettre en place dans les deux années à venir.
  • L’acquisition FinTech la plus importante à ce jour a été réalisée par Fidelity National, qui s’est offert Sungard pour 9,1 milliards de dollars.

Il est cependant intéressant de noter que la France, dont le marché FinTech est nettement moins évolué qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni, apparait peu dans les chiffres les plus marquants de cette infographie. Une tendance qui pourrait s’inverser en 2016, si l’on en croit les dernières prédictions du Landscape VB Profiles.

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Crowdfunding : à la croisée des chemins

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Les plateformes de crowdfunding sont plus agiles que les banques traditionnelles, mais leur usage peine à se massifier. Leur appropriation passe par la confiance et par une communication sans faille à la fois auprès des investisseurs et des porteurs de projet. Dans ce contexte, seules les plus crédibles réussiront et se compteront sur les doigts de la main.

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Le récent incident qui a conduit à la démission de Renaud Laplanche, le CEO de Lending Club aux Etats-Unis, ne doit pas être considéré comme les prémisses de la fin des plateformes de financement participatif (crowdfunding ou financement par la foule). Bien au contraire. Le marché est en plein essor et sa croissance devrait continuer à être soutenue, à la fois en France et dans le monde.

Toutefois, après l’euphorie des premières années, l’« industrie » du crowdfunding arrive à un tournant et se voit traverser la Vallée de la mort pour assurer son développement. Les plateformes doivent être à la fois en mesure de gérer la liquidité et d’assurer la transparence, indispensable à leur crédibilité.

Atteindre la taille critique

Dans un secteur fonctionnant sur un modèle peer-to-peer, où des particuliers prêtent ou investissent dans des projets portés par des particuliers ou entreprises, une des problématiques les plus importantes pour les plateformes est de poursuivre une croissance équilibrée, c’est-à-dire trouver des prêteurs-investisseurs au même rythme que les porteurs de projets. Elles doivent, pour pouvoir vivre, assurer une collecte minimale de 100 millions d’euros par an dans le segment du prêt (crowdlending).

Par exemple, Lendix, première plate-forme française de prêt aux entreprises, espère collecter 50 millions d’euros en 2016. Or, selon le Baromètre du crowdfunding 2015 réalisé par Compinnov pour l’association Financement participatif France, le montant total de la collecte en matière de prêts rémunérés s’élève à 31,6 millions d’euros. Sachant qu’il existe 13 plateformes « actives » (source : http://www.crowdlending.fr), c’est-à-dire proposant des projets à financer sur leur site, cela donne une idée de l’écart à combler pour atteindre ce seuil de rentabilité. Et toutes n’y arriveront pas, soit parce qu’elles n’ont pas les fonds propres suffisants, soit parce qu’elles n’arriveront pas à lever un deuxième tour de table pour tenir. C’est la raison pour laquelle certains professionnels du secteur s’attendent à une consolidation dans les 12 à 18 mois à venir.

Assurer la transparence

Avec des modèles d’évaluation du risque de crédit encore en cours d’apprentissage, certaines plateformes de prêt sont confrontées à des taux de défaillance, nécessitant l’ouverture d’une procédure judiciaire (redressement ou liquidation) bien supérieurs à ceux des banques : de 4 à 6 %, contre 1,55 % pour le taux global à un an en 2015 (source Banque de France). Et si la plupart disposent d’un agrément d’Intermédiaire ou de Conseiller en financement participatif leur imposant de communiquer des statistiques sur leur site, leur communication auprès des investisseurs en cas de défaillance s’avère hétérogène d’une plateforme à l’autre. Dans ce contexte, l’engouement des prêteurs/investisseurs de la première heure risque de peiner à se démocratiser, d’où la nécessité pour les plateformes d’élargir leur sourcing aux investisseurs institutionnels (banques, hedge funds, gestionnaires de portefeuilles, etc.), attirés par les taux d’intérêt élevés pratiqués. Ce faisant, elles fragilisent leur business model car ces investisseurs institutionnels prêtent des montants beaucoup plus importants que les particuliers : s’ils décident brutalement d’investir ailleurs, elles seront confrontées à des risques d’assèchement de liquidité, comme l’explique Philippe Gelis à nos confrères de Frenchweb(17 mai 2016).

Ce manque de liquidité concerne aussi bien le crowdlending – un contrat de prêt ne pouvant être cédé à un tiers -, que le crowdequity, car très peu de sorties ont été réalisées jusqu’à présent, les investisseurs restant bloqués au capital. C’est la raison pour laquelle le Gouvernement, désireux d’accompagner le développement de l’industrie, a annoncé de nouvelles mesures moins contraignantes et la création, à compter de juin 2016, d’un guichet unique destiné aux Fintechs (lire encadré). Par ailleurs, les institutions publiques et collectivités territoriales, à l’image de la Caisse des Dépôts, s’impliquent dans le soutien du crowdfunding en France, en co-investissant et en apportant ses projets d’investissement à une sélection de plateformes dans les domaines de la transition énergétique, l’économie sociale et solidaire, l’immobilier local et le tourisme.

L’émergence d’outils-tiers

Qu’il s’agisse du prêt ou de l’investissement en capital, le développement du crowdfunding passe par des outils-tiers. « Aucune plateforme n’ayant mis en ligne suffisamment de projets aujourd’hui, les investisseurs souhaitant minimiser le risque au maximum sont contraints de travailler sur plusieurs d’entre elles (1) et cela devient impossible à gérer sans agrégateur », affirme Mathieu George, créateur de crowdlending.fr, application proposant un accès unifié aux campagnes menées en France et mettant à disposition des outils de suivi des participations. Outre son agrégateur-comparateur, crowdlending.fr offre – via son forum – des informations émanant d’analystes financiers sur les projets des plateformes car, comme il l’indique : « tout un chacun ne sait pas forcément lire un bilan d’entreprise ».

Lancé lors de la fête du crowdfunding le 28 mai dernier, CrowdFundeurs.fr se veut être un agrégateur de flux innovant : réseau social dédié au crowdfunding, il fédère l’ensemble de ses usagers sur un même espace (contributeurs et porteurs de projet) et permet l’organisation d’événements et la création de groupes, tout en facilitant le partage de documents, de photographies, de vidéos et d’annonces. Il propose également un forum, des discussions instantanées et des sondages.

Le site www.comparelend.com, start-up créée en 2015, propose un comparateur des offres publiées en ligne par ses 35 plateformes partenaires situées en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis afin d’aider les internautes à trouver le meilleur taux d’intérêt sur les offres de prêts aux particuliers et aux entreprises.

Certaines plateformes, comme Unilend avec Autolend, offrent aussi une fonctionnalité de gestion automatisée des offres de prêt selon des critères prédéfinis par l’internaute.

En matière d’investissement en capital, une application comme Tendr, accessible actuellement au Royaume-Uni (mais vouée à être développée au niveau européen), permet à l’internaute d’accéder à un maximum de présentations de sociétés via une seule plateforme : un simple « glisser à droite » lui permet d’être dirigé vers le site de crowdequity correspondant.

(1) D’après LendingRobot, l’outil d’automatisation des investissements fourni par Lending Club (prêts aux particuliers) aux Etats-Unis, le meilleur couple rendement/risque est atteint avec 146 prêts ! 

par Anne Bechet

E-santé: les 10 tendances à surveiller

La e-santé a le vent en poupe. En 2015, les entreprises du secteur ont levé 1,5 milliard de dollars, un record pour cette filière en plein développement.

Début 2016, l’écosystème français a vu des acteurs de la MedTech réaliser de spectaculaires levées de fonds, à l’image de MonDocteur qui a levé 12 millions d’euros en février, ou bien de Kyomed qui a levé 3 millions d’euros en janvier.

Quelles sont les tendances à surveiller en matière de e-santé? Eléments de réponse avec l’étude «Healthcare’s Digital Future» de Futurice, société finlandaise spécialisée dans les logiciels.

  • Des patients informés et actifs en ce qui concerne la gestion de leur santé. Pour preuve, au Royaume-Uni, 80% des patients utilisent Internet pour trouver des conseils de santé (selon le European Patients Forum 2015), sans forcément vérifier la validité des informations qu’ils trouvent.
  • Des établissements de santé confrontés à la problématiques de réduction des coûts et de gestion de leurs ressources. Aux Etats-Unis, une étude Accenture de 2015 a par exemple montré que les hôpitaux qui proposent les meilleures «expériences patients» ont des marges 50% supérieures à leurs concurrents.

  • Une offre de prestations de santé en self-service, pour des patients plus autonomes. Un tiers des patients américains admettent en effet être plus honnêtes quant à leurs soucis de santé lorsqu’ils s’adressent à des systèmes automatisés, que face à un médecin, selon une étude Healthy World.

  • A la recherche d’une meilleure expérience. Pour 70,6% des mères américaines, l’aspect pratique est un déterminant essentiel au moment de choisir son prestataire de santé.

  • Vers plus d’innovation ouverte. En favorisant les projets collaboratifs rassemblant professionnels de santé et patients autour d’une problématique, les établissements de santé peuvent améliorer leur compréhension des besoins des patients (notamment ceux atteints de maladies chroniques).

  • La gamification de la prévention. Ludiques et amusants, les jeux permettent de sensibiliser plus efficacement les patients, à l’image du jeu Packy and Marlon destiné aux enfants diabétiques, qui a permis de réduire de 77% les cas d’hospitalisation d’urgence.

  • La collecte de data de santé. Avec un potentiel estimé à 19 millions de dollars en 2018, le marché des wearables est en plein essor. Ces objets connectés permettent de collecter de nombreuses données et donc de prendre des décisions plus avisées en matière de santé.

  • Des outils pratiques, et mobiles. Selon une étude Healthy World, 49% des patients américains sont favorables au fait de recevoir des conseils de santé par mail entre deux visites médicales.

  • Un dossier patient partagé. En considérant que 70% des erreurs de prescriptions pourraient être évitées grâce à un meilleur partage des informations de santé, la question de la mise en place d’un dossier médical partagé est plus que jamais d’actualité.

  • Des interfaces intuitives. La santé étant un domaine sensible et où l’émotionnel est prépondérant, les objets connectés de santé les plus utilisés par les patients sont ceux qui sont simples d’utilisation et intuitifs.

Par Claire Spohr

Brexit: les premières conséquences attendues dans le monde de la Tech

Le verdict est tombé vendredi 24 Juin 2016: le Royaume-Uni doit quitter l’Union Européenne dans les deux ans à venir. Craintes des entrepreneurs et des investisseurs français expatriés, impact sur les marchés: le monde de la tech se trouve lui aussi dans l’incertitude des décisions à venir. Partant de ces doutes, CB Insights a cherché à comprendre comment le Brexit allait impacter l’activité des VC en Europe, interrogeant des investisseurs, ou partners de fonds de capital risque européens afin de connaître leur avis sur la question. La société de recherche spécialisée a identifié au moins quatre conséquences pour le secteur, après le Brexit.

 

Une baisse attendue des investissements dans le capital-risque britannique 

Le Royaume-Uni a une place centrale dans l’écosystème Tech européen. Ces dix-huit derniers mois, près du tiers des levées de fonds concernaient en effet des entreprises britanniques, selon CB Insights. Cette proportion reste équivalente si l’on considère les montants investis à l’échelle européenne.

 

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Première conséquence du Brexit identifiée par les experts interrogés, le risque de voir les investisseurs institutionnels, tels que l’EIF (European Investment Fund, fonds institutionnel qui compte parmi ses actionnaires la Banque Européenne d’Investissement, l’Union Européenne, ainsi que divers banques et institutions financières publiques et privées, ndlr) se détourner des sociétés de capital-risque britanniques. L’EIF a en effet exprimé son «regret» concernant les résultats du vote, et a laissé entendre que sa politique d’investissement pourrait être revue à moyen terme. L’incertitude quant à la manière dont l’économie britanique va réagir à sa sortie de l’Union Européenne pourrait également dissuader certains investisseurs étrangers d’y investir à court-terme. Enfin, au-delà des aspects purement financiers du Brexit, c’est la capacité du Royaume-Uni à attirer des talents européens et à les retenir qui pourrait en pâtir.

Autre conséquence probable du Brexit qui préoccupe les investisseurs, son impact sur l’écosystème Fintech londonnien, aujourd’hui en pleine expansion. Si la capitale du Royaume-Uni était jusque là considérée comme le meilleur endroit pour implanter une Fintech pur attaquer le marché européen, sa sortie de l’Union Européenne pourrait significativement faire bouger les lignes. D’autres villes, à l’image de Berlin ou de Dublin, pourraient émerger et devenir des références en matière de Fintech. Enfin, un autre secteur pourrait être fortement impacté par le Brexit, celui des Biotechs. Ces sociétés recherchent en effet à s’implanter dans des pays partageant des réglementations communes.

Chute des valorisations des géants de la Tech

Sans surprise, les résultats du vote britanique ont eu un impact direct sur les principales bourses mondiales. A titre d’exemple, le CAC 40 a par exemple chuté de 9,4% entre le jeudi 23 juin à 17h30 et le vedredi 24 juin à 9h30. Sur la seule journée de vendredi, les sociétés cotées du Standard&Poor’s 500 ont perdu 657 milliards de dollars de valorisation, selon une étude réalisée par USA Today.

Les grandes entreprises de la Tech mondiale ont été particulièrement impactées par cette chute des cours. Alphabet, la maison-mère de Google, qui réalise 9% de son chiffre d’affaires au Royaume-Uni, a été l’entreprise plus impactée selon le média américain. Elle a en effet vu le cours de son action baisser de 4,2% sur la journée. Cette baisse se traduit par une perte de valorisation de l’ordre de 20,4 milliards de dollars sur une seule journée. Autre entreprise emblématique de la Tech, Microsoft a vu son cours de Bourse chuter de 4%, perdant 16,3 milliards de dollars de valorisation. La société Apple a quant à elle perdu 14,8 milliards de dollars de valorisation (-2,8%), souligne le quotidien américain.

Le secteur de la Tech n’est pas le seul a avoir été fortement impacté par les conséquences du Brexit sur les marchés, le secteur des banques a également été fortement touché. A titre d’exemple, la banque JP Morgan Chase, qui réalise 15% de son activité dans la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique a vu son titre chuter de 6,9%. Cela s’est traduit par une baisse de 16, milliards de dollars de sa valorisation d’après le journal.

Les entrepreneurs de la Tech massivement favorables au maintien dans l’Union Européenne

Près des trois quarts des entrepreneurs de la Tech basés au Royaume-Uni étaient favorables au maintien du pays dans l’Union Européenne, dans un sondage réalisé au mois de mars dernier. Comment réagissent-ils suite aux résultats du vote? The Guardian a interrogé plusieurs entrepreneurs à la tête de sociétés valorisées plusieurs milliards de dollars sur les conséquences que le vote aura pour eux.

Taavet Hinrikus, CEO de TransferWise, Fintech basée au Royaume-Uni, exprime ses doutes concernant sa stratégie d’implantation en Europe.

Les deux principaux avantages à faire partie de l’Union Européenne sont l’accès à des talents, grâce à la libre circulation des personnes, et le fait que l’on peut exporter la régulation, donc si on est agrémenté au Royaume-Uni, on est agrémenté dans toute l’Europe. Nous ne savons pas ce qu’il va advenir de ces deux avantages» confie-t-il au Guardian.

Toby Coppel, cofondateur de Mosaic, une société de capital risque, déclare quant à lui:

Les entrepreneurs sont des gens très résilients, je ne suis pas inquiet concernant leur capacité à s’adapter. Je pense qu’ils sont habitués à évoluer dans des environnements incertains, même si là le brouillard est particulièrement dense». L’entrepreneur se déclare cependant peu confiant dans la capacité de Londres à continuer à attirer les entrepreneurs européens de demain.

The Guardian précise enfin qu’aucun entrepreneur interrogé n’a déclaré que le Brexit aurait un impact positif sur son activité.

Crédit photo: Fotolia, banque d’images, vecteurs et videos libres de droits

Par Claire Spohr

La régulation m’a tué… La FinTech est née

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La nature a horreur du vide. Voilà pourquoi les fintech émergent et améliorent ou remplacent les établissements financiers.

Pourtant chaque jour qui passe, on vous vend un autre histoire, celle d’établissements financiers européens qui souffrent et se plaignent de la régulation actuelle, Bâle 3, et solvency 2, et celle à venir…Bâle 4…et laissent à penser que finalement ces fintechs prennent avantage de cela. C’est vrai, mais c’est l’arbre qui cache la forêt.

Tous affirment, la main sur le cœur, que les exigences prudentielles, en clair de fonds propres, les obligent à fermer ou vendre des activités, à délocaliser, à embaucher des spécialistes de la compliance, par définition non productifs, pour pouvoir faire les économies nécessaires et ainsi maintenir les profits qui leur permettent de faire leur métier. Tous affirment aussi que les établissements financiers américains, qui sont pourtant plus à l’origine de la crise, ne subissent pas les memes contraintes, et que tout cela est prodigieusement injuste et anti-concurrentiel, et les pénalise. Cela est plus discutable, mais en grande partie vrai.

Pourtant, c’est outre atlantique que les « fintechs » ont démarré le plus fort, ce qui montre bien que les problèmes règlementaires des banques ne sont pas la cause essentielle de l’émergence des fintechs.

Le contexte de fond favorable aux fintechs, c’est celui de l’émergence d’une nouvelle génération, la « génération Y « , celle des « digital natives », qui est dans tous les aspects de sa vie en quête de relations directes et de transparence, et qui va d’autant moins se priver d’appliquer ces principes à la gestion financière qu’elle garde en mémoire les errements la crise de 2007/2008. Cette génération n’aime déjà pas les intermédiaires quand ils prennent une marge sans apporter de service significatif ; elle s’en passe encore mieux quand il apparaît que les intermédiations successives, en plus d’empiler les coûts, provoquent des court-circuits systémiques, des complexités illisibles, des catastrophes en chaine, ou plus généralement une asymétrie dans l’analyse des risques ou un aveuglement au risque extreme.

Comme la banque n’est pas un métier comme un autre, ce mouvement inquiète. Uber peut bien troubler le métier des taxis, c’est un problème corporatiste localisé : quelques-uns (les taxis en place) perdent beaucoup, d’autres (ceux qui accèdent à l’emploi) gagnent beaucoup, la majorité gagne un peu (du choix et de la compétition dans les modes de transport).

La banque, c’est plus sérieux : c’est une utilité de base qui permet aux gens d’utiliser la monnaie scripturale et conditionne le financement du commerce, de l’industrie et de nos économies. Les investisseurs peuvent parfois perdre de l’argent, sur un marché qui doit être transparent sur les risques pris. Mais les banques ne doivent pas fermer, et ne doivent plus menacer de fermer sauf à obtenir le soutien du contribuable. C’est pour cela qu’elles doivent être régulées, et limiter leurs prises de risque. Et comme il faut quand même que des investisseurs prennent des risques, et soient rémunérés pour cela si le risque ne se concrétise pas, il faut que ces risques soient pris directement sur des marchés transparents. Les « fintechs » utilisent la technologie pour permettre à ces marchés de risque de fonctionner le plus directement possible, entre les épargnants et les entreprises (ou parfois les particuliers) qui ont besoin de lever de la dette ou du capital.

Ce mouvement, qui va réduire les banques à un rôle d' »utilité de base », très régulée et essentielle au fonctionnement de la vie en société, et qui va déplacer les activités de prise de risque sur des marchés que la technologie rendra de plus en plus en plus transparents, n’est pas près de s’arreter. Les banquiers d’hier ne croient plus trop à leur modèle ancien : quand on les interroge, ils finissent par convenir qu’une banque en vaut bien une autre. Il n’y a plus cet attachement qui a existé dans certains établissements forts d’une culture souvent centenaire, et d’une histoire glorieuse de rachats et autres batailles boursières pour se manger les uns les autres. Pour les jeunes, les métiers de la banque attirent moins. Les plus brillants éléments des meilleures écoles ne vont plus spontanément dans ces banques, un phénomène qui accentue le déclin de l’intérieur. Vis à vis de l’extérieur, des gens qui ont tendance à mettre tout le monde dans le même sac, les nombreux cas de manquements individuels aux règles les plus élémentaires d’éthique ont entamé la fierté d’être banquier. Et pour retrouver un rôle social incontesté, un projet commun, une identité commune, les banques n’ont pas d’autre choix que de redevenir austères, ennuyeuses, et averses au risque. Et aussi longtemps qu’elles gèreront la monnaie et engageront implicitement le crédit des Etats qui les hébergent, on les préfèrera ainsi.

Il faut donc qu’à coté des banques, là ou des épargnants conscients et informés peuvent choisir les projets entrepreneuriaux auxquels ils croient, là où chacun ne peut perdre que son argent et n’engage pas le budget de la collectivité, s’organise de manière transparente et efficace le marché des risques. C’est peut-être là qu’iront les équipes les plus dynamiques des banques, et notamment dans les « fintechs » qui affichent crânement leur indépendance, la liberté d’innover et aussi de se tromper, et qui expriment une autre valeur qui semble perdue dans ces établissements : la prise de risque, corollaire de l’entrepreneuriat et du dynamisme. Elle le feront dans un cadre qui doit aussi etre régulé, de manière spécifique, et dans lequel la technologie permet à chacun d’identifier avec précision le risque qu’il prend : telle entreprise, et pas telle autre ; une entreprise choisie soi-même, et non un panier d’entreprises constitué de manière opaque par de soi-disant professionnels de la gestion d’actifs sur lesquels une recherche académique abondante a montré qu’ils ne battaient jamais les indices en moyenne durablement, ou alors par hasard. C’est ce que permet la technologie, et qui modifie les règles de la prise de risque : le risque devient tracable, et beaucoup plus accessible, même pour des montants moins élevés, par un individu ou un groupe d’individus qui échangent ensemble leurs analyses.

C’est pour nous le vrai moteur de cette « renaissance », bien aidé il est vrai par le contexte, la technologie, et un leadership de ces géants qui tardent à réagir. Ils le feront, les fintechs rentreront dans le rang, mais pour autant, comme l’aurait dit Machiavel, un peuple qui a gouté à la liberté ne peut plus durablement être gouverné dans un autre système. Les banquiers modernes l’ont compris et s’adapteront, les autres…

  • L’auteur

Par Cyril Tramon, Président et co-fondateur de Wesharebonds, une plateforme de crowdfunding en prêt.