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Le cloud et l’impression 3D bouleversent les codes de la productivité

Frenchweb publie les bonnes feuilles de l’ouvrage «Oser l’improductivité», de Davy Rey. Il y démontre que l’innovation dans son ensemble permettra l’émergence de l’entreprise improductive. Dans cet extrait, le cloud et l’impression 3D transforment la structure de l’entreprise.

 

«Avec deux milliards d’utilisateurs dès 2015, les smartphones et les tablettes représentent déjà le sésame du tout / partout / tout de suite. Les capacités des réseaux et technologies sans fil, en constante évolution, permettront bientôt de fournir à toute la planète un accès illimité et ubiquitaire à Internet… et aux entreprises d’atteindre quatre ou cinq fois plus de consommateurs. Mais Internet, c’est un peu comme un grille-pain : cela ne sert à rien sans électricité. Les capacités nouvelles de stockage de l’énergie permettront d’alimenter les régions les plus reculées du monde et de fiabiliser les réseaux électriques. (…)

Le cloud computing est à la mobilité ce que les protocoles Wi-Fi et Bluetooth sont à la connectivité : une rampe de lancement. Ce nuage, qui grossit de jour en jour, permet à l’organisation qui y stocke ses informations et ses applicatifs, d’y avoir accès partout où Internet est accessible (…) Le cloud remplace des logiciels, dont l’installation nécessite un investissement significatif, par des applications accessibles via navigateur web. Bien que des travaux d’intégration peuvent rester nécessaires au démarrage, l’entreprise qui opte pour une solution en SaaS (Software as a Service) s’épargne le coût d’achat de la solution et des licences. A la place, elle paie un abonnement par utilisateur, qu’elle peut moduler en fonction de ses besoins. (…) Plus besoin de prendre le risque d’acheter des extensions, dont on ne saura qu’à l’utilisation si elles satisfont le besoin des opérations. Plus l’organisation se déleste de ses applicatifs, plus elle se débarrasse de son matériel informatique et moins elle consomme d’énergie et de prestations de maintenance. Ce virage, nécessaire, vers le cloud transforme des coûts fixes élevés en charges variables plus faibles. Il participe à réduire le besoin de financement de l’entreprise et ce sera de circonstance, car le coût du capital obligera la plupart des entreprises à ralentir leurs investissements.

La mobilité, alliée à la connectivité, ouvre donc des perspectives nouvelles pour nos entreprises. Ces deux évolutions combinées font émerger un gisement de valeur client inexploité, un recentrage de certaines fonctions autour de leurs activités cœur, tout en allégeant considérablement la structure.»

Sur l’émergence de la prosommation et ses impacts sur la chaîne d’approvisionnement

«Certains modèles d’imprimantes 3D valent maintenant moins de mille euros et, si votre entreprise n’en possède pas encore, cela ne devrait plus tarder. En effet, elles sont aujourd’hui largement employées pour le prototypage rapide. Elles permettent aux équipes qui les utilisent de matérialiser rapidement, en quelques clics et quelques heures, des maquettes ou des prototypes fonctionnels. Par exemple, l’enveloppe plus ou moins vide d’un appareil électronique est lancée en impression, pendant que les interfaces sont développées et simulées sur des écrans tactiles. Le concept, assemblé matériellement, est testable auprès du client ou d’un panel de consommateurs. Autrefois réservée au développement informatique, la validation itérative des produits physiques est rendue possible par l’impression 3D, dès les phases amont de leur développement. Elle apporte une base solide pour la diffusion des techniques de développement agile issues du monde numérique (…) Les technologies additives permettent, dès aujourd’hui, de largement accélérer la mise en marché des nouvelles offres. (…)

Si les premières techniques produisent arêtes et bavures à reprendre en finition, certains modèles sont désormais capables d’imprimer directement des mécanismes complexes, c’est-à-dire des assemblages fonctionnels de plusieurs pièces. Ces technologies permettent ainsi de supprimer toutes ou partie des opérations de finition. Moins de chute et moins d’opérations : les gains sont immédiats sur les rendements. La vitesse d’impression reste, pour tous les modèles, une limite à leur emploi à l’échelle industrielle. Les délais d’impression ne rivalisent pas encore avec les temps de cycle de l’industrie traditionnelle, l’impression 3D n’est pas encore compétitive pour la production. Cependant, des modèles en cours de développement, vingt-cinq à cent fois plus rapides, pourraient bien arriver sur le marché dès 2016 et constituer une rupture dans la rupture. (…)

Lorsque la barrière de la vitesse sera tombée (…) ne resteront que les opérations d’assemblage, lorsque les sous-ensembles ne seront pas imprimés directement (…). Encore que… Stratasys, l’un des principaux fabricants d’imprimantes 3D, développe une technologie d’impression auto-formante, en collaboration avec le MIT. Cette technique focalise moins sur l’étape d’impression que sur l’utilisation de matériaux, dont les propriétés d’absorption de l’eau permettent d’activer une opération d’auto-assemblage. (…) Il est aisé de comprendre ce que cela signifie pour l’entreprise qui emploie cette technologie : imprimer des objets plats, en laissant le soin au client de les former lui-même sans les assembler, avec le gain de place que cela génère en stock et pour le transport. (…)

Et pourtant, c’est sur la chaîne d’approvisionnement que l’impression 3D pourrait bien avoir le plus d’impact à moyen terme. En effet, une grande partie des biens de consommation pourra être imprimée en local à la commande, c’est-à-dire à quelques mètres ou kilomètres du consommateur. Fini les transits maritimes de plusieurs semaines, car les économies d’échelle et de main-d’œuvre ne compenseront plus les coûts logistiques. (…)

A l’achat d’un article, deux possibilités coexisteront pour le consommateur. Il pourra imprimer lui-même le produit si celui-ci est aussi «simple» qu’un jouet ou qu’une paire de baskets. Et il pourra retirer un produit plus complexe dans le fab-lab le plus proche. Un fab-lab est un atelier avec des capacités d’impression et de production plus larges qu’une imprimante personnelle. Il s’agit d’un centre de mise en commun ou de mise à disposition de moyens de fabrication comprenant des imprimantes 3D professionnelles, des composants électroniques de base et l’accès à des bases de données open-source. (…)

La prosommation s’appuie sur l’impression 3D pour réaliser ce que la digitalisation a permis pour les produits numériques, en libérant les canaux de distribution et en démocratisant la production. Que cette dernière soit réalisée à domicile ou en fab-lab, l’impression 3D rendra accessible à tous des produits de niche ultra-personnalisés, tels que des prothèses ou du mobilier sur-mesure, tout en restant rentable pour les entreprises qui les commercialiseront, malgré des volumes faibles. Autrement dit, la véritable révolution de la prosommation, c’est qu’elle abroge le paradigme de l’économie d’échelle et contribue à remettre en cause les fondements de la productivité. (…)»

Oser l'improductivitéLe livre «Oser l’improductivité» de Davy Rey (Lulu.com). Il s’agit d’une remise en cause des mécanismes productivistes de nos entreprises et d’un nouveau modèle recentré sur l’innovation, pour améliorer leur performance.Davy Rey est manager chez STEP Consulting, un cabinet de conseil en amélioration des performances. Il accompagne de grands groupes, ainsi que des PME et des ETI, depuis près de 10 ans. Mais il maintient aussi un lien fort avec le monde des start-up et décrypte les grands changements économiques et technologiques de notre époque. Depuis deux ans, il tente d’en faire la synthèse sur le blog professionnel qu’il anime : Perspectives.

 

Salarié ou entrepreneur, qui a le plus d’avantages ?

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Qui de l’entrepreneur ou du salarié a le plus d’avantages ?

Quels sont les avantages et les inconvénients des salariés et des entrepreneurs ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre le groupe Hiscox dans une infographie, réalisée à l’aide de l’INSEE et de travail-gouv.fr.

Depuis plusieurs mois, l’entrepreneuriat semble avoir le vent en poupe en France. Plusieurs études annoncent ainsi un véritable intérêt des Français pour le statut d’indépendant, dont la liberté semble faire rêver.

Mais la vie d’un entrepreneur est-elle aussi simple qu’en apparence ? Si Emmanuel Macron déclarait en janvier dernier qu’elle était “plus dure” que celle d’un salarié, s’attirant les foudres des internautes, le groupe international Hiscox s’est de son côté également penché sur le sujet, en évaluant les différences entre le statut d’entrepreneur et celui de salarié. Protection, salaires, durée de travail… Découvrez les chiffres obtenus avec le concours de l’INSEE.

Des difficultés quotidiennes pour les entrepreneurs

La première différence mise en lumière par cette infographie est l’écart dans la durée du travail. Un salarié travaille en moyenne 37,5 heures contre 47 heures pour un entrepreneur. Hiscox met également en avant l’absence de proportionnalité des congés et de la durée de travail. Ainsi, un entrepreneur disposera de six jours de congés de moins par an qu’un salarié, et ne sera pas rémunéré durant cette période de repos.

Quant à la protection sociale, l’équilibre n’est toujours pas au rendez-vous.  En effet, le statut d’entrepreneur ampute tout droit au chômage et au minimum retraite. L’indépendant paye également plus de cotisations sociales, à hauteur de 48,54% contre 34,18% pour un salarié moyen. Sur ce point, les auto-entrepreneurs s’entendent pour appeler à la réforme : 81% d’entre eux souhaitent une convergence des protections sociales des salariés et des indépendants.

Des inconvénients pour les entrepreneurs qui semblent contre-balancés par un salaire en moyenne plus avantageux que celui d’un salarié, avec près de 500 euros mensuels supplémentaires, mais également par un optimiste concernant leur avenir. Ainsi, plus de 40% d’entre eux disent avoir confiance en l’avenir alors que seulement 5% des salariés français se sentent pleinement satisfaits de leur entreprise.

L’entrepreneuriat, d’abord pour la liberté

Pour 66% des français l’avenir de l’emploi est dans l’entrepreneuriat. Parmi ceux qui ont décidé de créer leur entreprise, 61% déclarent l’avoir fait avant tout pour devenir plus indépendant. Malgré une différence de salaire en faveur des indépendants, moins de 30% ont eu cette considération financière en tête lors de la création de leur société. C’est, à 44%, le goût d’entreprendre qui fut un moteur.

Cette infographie traduit aussi une tendance à l’évolution du travail. On compte ainsi désormais16% de slashers, ces actifs qui exercent deux métiers.

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Et si nous supprimions le Crédit d’impôt recherche?

Tout le monde s’accorde à dire que le Crédit d’impôt recherche (CIR) a été bénéfique à la compétitivité des entreprises françaises mais il est désormais insuffisant. Dans cet article, je vais vous expliquer les raisons pour lesquelles il me semble important d’agir rapidement.

Un petit rappel

Créé dans les années 1980, le CIR a subi de nombreuses modifications. La version actuelle date globalement de 2008 et intègre 30% des dépenses de R&D lorsque celles-ci sont inférieures ou égales à 100 millions d’euros, et 5% au-delà. Avec un budget estimé à 5,5 milliards d’euros pour 2016, le CIR est la seconde dépense fiscale de l’Etat, derrière le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).

L’enjeu

Le Crédit d’impôt recherche a été créé pour stimuler la croissance économique via un soutien de la recherche et développement (et donc de l’innovation). Il peut être décliné en de multiples sous-objectifs, avec des impacts structurants variés :

  • développer les dépenses de R&D des entreprises
  • conforter les filières d’avenir en France
  • renforcer l’attractivité internationale de la France pour les activités de R&D
  • favoriser la R&D dans toutes les catégories d’entreprise (PME, ETI, grandes entreprises)
  • accroître les collaborations public-privé
  • développer l’emploi des chercheurs en France.

 

Qui sont les bénéficiaires ?

Le dispositif s’applique à toute entreprise engageant des efforts de recherche et de développement, quel que soit son secteur d’activité, sa taille et son organisation. Un peu plus de 20 000 entreprises utilisent ce dispositif. 32% du CIR concernent les sociétés de plus de 5 000 salariés, 37% les ETI et 30% les PME.

Il faut souligner que le dispositif actuel génère un effet anti-crise permettant aux entreprises françaises de maintenir leurs investissements de R&D malgré une baisse des carnets de commandes. En pourcentage de PIB, le niveau d’investissement français en matière de R&D se situe à la 8ème place dans l’Europe des 28.

Mais certains pays ont repris ce dispositif !

Mauvaise nouvelle : la Belgique, le Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Portugal, la Pologne ont tous copié notre fameux dispositif et notre avantage compétitif vis-à-vis de tous ces pays a ainsi disparu. Il faut oser voir la vérité.

Et même les pays émergents comme la Chine, le Brésil et l’Inde ont mis en place des dispositifs d’incitations fiscales dans le but de stimuler les dépenses de R&D des entreprises. Cette action traduit la compétition toujours plus forte que se livrent ces pays visant/aspirant/cherchant à attirer les investissements de R&D et l’implantation d’activités à forte valeur ajoutée technologique. PwC a confirmé, dans sa publication «Global Innovation 1000», qu’en 2015, le continent asiatique est devenu le terrain privilégié des investissements en recherche et développement. L’Asie pèse désormais 35% des dépenses d’innovation, devant les Etats-Unis (33%) et l’Europe (28%). Le dernier baromètre d’attractivité 2016 d’Ernst & Young a également souligné le décrochage de la France et il est ainsi urgent d’agir !

Malgré 5 milliards par an… la recherche recule en France !

Selon la Cour des comptes, les dépenses en R&D des entreprises n’ont pas progressé et l’emploi dans la recherche privée a même diminué de 11% entre 2008 et 2013. Au même moment, le montant du CIR est passé de 1,8 à 5,8 milliards d’euros par an. Ces chiffres jettent un très grand doute sur l’efficacité du dispositif. «Dépenser 4 milliards supplémentaires afin d’obtenir moins d’emplois» ressemble plus à un slogan politique qu’à une réalité économique.

Est-ce vraiment la bonne formule ? 

Il faut se rappeler que les crédits d’impôts sont des mécanismes ayant pour objectif de corriger des situations de marché non-satisfaisantes. Il s’agit d’un équilibrage a posteriori qui peut perdre de son intérêt à cause de son décalage.

L’ANRT a publié en juillet 2014 un rapport indiquant que la France serait, sans le dispositif du CIR, le pays européen le plus cher en termes de coût moyen du chercheur en entreprise. Heureusement, le CIR corrige ceci favorablement en descendant dans la fourchette moyenne européenne, mais est-ce suffisant ? Pourquoi ne pas agir directement sur la cause même (les salaires et les investissements) et oublier les corrections qui génèrent des surcouches de gestion ? De plus, si nous gardons la R&D en France, il n’y n’existerait plus aucun frein à l’externalisation et la commercialisation des produits dans des pays voisins.

Dirigeant de terrain, j’ai vu mes confrères délocaliser leur R&D. Un ingénieur en France coûte en moyenne 5 000 euros par mois (salaire, frais, dépenses…) alors qu’il ne coûte que 400 euros en Inde et de 2 000 à 2 500 euros dans les pays de l’Europe de l’Est. Même en récupérant 30% du salaire via le CIR, la différence reste énorme et l’écart se creuse d’autant plus que certains pays de l’Est (comme la Pologne) ont des dispositifs similaires au CIR. Quand un dirigeant est déjà forcé pour des raisons de compétitivité à produire à l’étranger, il a aussi intérêt à rapprocher sa R&D des unités de production, comme la R&D doit se développer avec les experts de la production. Le fait d’avoir en France des ingénieurs mieux formés joue encore un peu mais pour combien de temps encore ? Il est évident que la formule actuelle du CIR ne nous permet plus d’avoir cet avantage concurrentiel.

Un dispositif inadapté pour nos PME

Le délai de versement du CIR pose problème à nos PME. Si une PME lance aujourd’hui son projet innovant (juin 2016), les dépenses courent dès le premier jour mais l’avantage monétaire du dispositif CIR n’arrive que beaucoup plus tard. Pour ceux qui clôturent leur exercice fin décembre, le versement ne sera probablement pas effectué avant fin 2017. L’avantage fiscal du CIR se concrétise ainsi 18 mois, et parfois même 24 mois, après le démarrage des dépenses, ce qui provoque un décalage en trésorerie trop important pour les PME. Comptablement parlant, délocaliser sa R&D donne à une PME un retour 3 fois plus rapide. Inacceptable.

Autre problème pour les filiales qui voient le montant de leur CIR collecté par le siège. Le fait de séparer «investir dans un projet au sein d’une filiale» et «récupérer l’aide financière au siège» est une mauvaise chose car l’innovation se détache du terrain ; sans parler du fait que l’argent d’un projet investi par une filiale peut aller vers une autre filiale, ce qui n’arrange pas la lisibilité.

L’importance des montants récupérables a également incité les fiscalistes à s’organiser autour de projets non-stratégiques mais éligibles au CIR. Travailler sur certains programmes ou mettre en place certaines infrastructures peut ainsi rapporter de l’argent sans prendre le moindre risque.

En conclusion, il faut casser le principe du traitement fiscal et arriver à un mode de financement focalisé sur les projets d’innovation même.

Une gestion trop coûteuse

Chaque système a ses inconvénients et ses détournements. Beaucoup d’entreprises sous-traitent le montage des dossiers CIR à des cabinets spécialisés qui s’octroient tous une part du gâteau. Avec un taux moyen de 15% du montant obtenu, nous arrivons à un montant cumulé de 240 millions d’euros. En intégrant les coûts internes de traitement des ministères de la Finance et de la Recherche, nous arrivons autour de 290 millions d’euros, en comptant seulement les traitements administratifs qui sont totalement exclus du périmètre de l’innovation. Avec 20 000 sociétés bénéficiant du CIR, c’est en moyenne 14 500 euros par société pour la gestion fiscale. Parlant de compétitivité de nos entreprises, nous sommes contraints de mieux faire et donc de réduire les coûts de gestion inutiles.

Que faire ?

Le renforcement de l’innovation et de la compétitivité des entreprises françaises passe effectivement par la phase «Recherche et Développement» mais doit également intégrer certaines dépenses de la commercialisation et de l’excellence d’exploitation. Certains pays vont déjà dans cette direction via des taux réduits à l’exploitation directe sur le territoire national des résultats de la recherche.

Soyons clairs : que vaut notre R&D dans un contexte de désindustrialisation ? Faut-il continuer de sponsoriser des programmes R&D quand la majorité des emplois seront créés à l’étranger ? En en fabriquant de moins en moins, il ne nous reste que notre savoir à exporter mais pour combien de temps encore dans la mesure où plusieurs pays nous rattrapent scientifiquement ? Et les chiffres confirment que l’Asie a déjà dépassé l’Europe.

Il faut aussi que nos porte-paroles de l’innovation, de la recherche, de la libération de l’économie prennent position. Nous ne pouvons pas construire une nouvelle économie sur des fondations qui s’écroulent.

Notre «formule magique du CIR» est rattrapée par d’autres pays et le dispositif est en fin de vie. Il faut trouver rapidement une solution forte, fiable, rapide et simple à mettre en œuvre afin de rétablir la compétitivité de nos entreprises françaises. Cette solution miracle doit se concentrer sur les projets mêmes et non-plus vers la fiscalité des entreprises. Elle doit avoir un impact rapide sur la trésorerie et couvrir l’intégralité du processus d’innovation afin de ralentir la désindustrialisation de la France. Le nouveau dispositif doit également faciliter l’achat de l’innovation telles que l’achat de licences d’exploitations, le rachat de brevets, des coopérations avec des laboratoires ou même le rachat d’entreprises innovantes. Et naturellement, tout ceci avec une exploitation restreinte au sol français.

Afin de rétablir notre compétitivité, il faut aussi que ces règles soient simples et rapides à contrôler (pour éviter de passer par des cabinets externes).

Pourquoi garder une formule qui ne satisfait plus les PME, ETI, filiales, grands groupes… et même plus la Cour des comptes ? 

Si la France veut regagner sa compétitivité, il faut oser le changement et il faut le faire rapidement.

Nous perdons du terrain tous les jours et il faut ouvrir le débat pour l’inclure dans la loi de finances 2017. Et pourquoi ne pas demander aux candidats à l’élection présidentielle de 2017 de faire leurs propositions ? Tout le monde veut créer de la croissance et il est temps de faire des propositions convaincantes. Moi, je suis prêt à contribuer à la recherche de ce nouveau dispositif miracle visant à regagner notre compétitivité d’antan.

Erik Van Rompay
Alliant une formation d’ingénieur à l’Insead, un esprit entrepreneur et des expériences en France et à l’International, Erik Van Rompay est un expert référent sur l’innovation en Europe.Avec cinq années chez Walt Disney Imagineering à son actif, il a travaillé à la réalisation de plusieurs projets industriels pour Ford Motors, Volvo, Daf Trucks et Rolls Royce, ainsi qu’à la création de 5 start-up. Cette expérience lui a permis de maîtriser toute la problématique de la start-up jusqu’au grand groupe industriel.

 

Brexit: les premières conséquences attendues dans le monde de la Tech

Le verdict est tombé vendredi 24 Juin 2016: le Royaume-Uni doit quitter l’Union Européenne dans les deux ans à venir. Craintes des entrepreneurs et des investisseurs français expatriés, impact sur les marchés: le monde de la tech se trouve lui aussi dans l’incertitude des décisions à venir. Partant de ces doutes, CB Insights a cherché à comprendre comment le Brexit allait impacter l’activité des VC en Europe, interrogeant des investisseurs, ou partners de fonds de capital risque européens afin de connaître leur avis sur la question. La société de recherche spécialisée a identifié au moins quatre conséquences pour le secteur, après le Brexit.

 

Une baisse attendue des investissements dans le capital-risque britannique 

Le Royaume-Uni a une place centrale dans l’écosystème Tech européen. Ces dix-huit derniers mois, près du tiers des levées de fonds concernaient en effet des entreprises britanniques, selon CB Insights. Cette proportion reste équivalente si l’on considère les montants investis à l’échelle européenne.

 

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Première conséquence du Brexit identifiée par les experts interrogés, le risque de voir les investisseurs institutionnels, tels que l’EIF (European Investment Fund, fonds institutionnel qui compte parmi ses actionnaires la Banque Européenne d’Investissement, l’Union Européenne, ainsi que divers banques et institutions financières publiques et privées, ndlr) se détourner des sociétés de capital-risque britanniques. L’EIF a en effet exprimé son «regret» concernant les résultats du vote, et a laissé entendre que sa politique d’investissement pourrait être revue à moyen terme. L’incertitude quant à la manière dont l’économie britanique va réagir à sa sortie de l’Union Européenne pourrait également dissuader certains investisseurs étrangers d’y investir à court-terme. Enfin, au-delà des aspects purement financiers du Brexit, c’est la capacité du Royaume-Uni à attirer des talents européens et à les retenir qui pourrait en pâtir.

Autre conséquence probable du Brexit qui préoccupe les investisseurs, son impact sur l’écosystème Fintech londonnien, aujourd’hui en pleine expansion. Si la capitale du Royaume-Uni était jusque là considérée comme le meilleur endroit pour implanter une Fintech pur attaquer le marché européen, sa sortie de l’Union Européenne pourrait significativement faire bouger les lignes. D’autres villes, à l’image de Berlin ou de Dublin, pourraient émerger et devenir des références en matière de Fintech. Enfin, un autre secteur pourrait être fortement impacté par le Brexit, celui des Biotechs. Ces sociétés recherchent en effet à s’implanter dans des pays partageant des réglementations communes.

Chute des valorisations des géants de la Tech

Sans surprise, les résultats du vote britanique ont eu un impact direct sur les principales bourses mondiales. A titre d’exemple, le CAC 40 a par exemple chuté de 9,4% entre le jeudi 23 juin à 17h30 et le vedredi 24 juin à 9h30. Sur la seule journée de vendredi, les sociétés cotées du Standard&Poor’s 500 ont perdu 657 milliards de dollars de valorisation, selon une étude réalisée par USA Today.

Les grandes entreprises de la Tech mondiale ont été particulièrement impactées par cette chute des cours. Alphabet, la maison-mère de Google, qui réalise 9% de son chiffre d’affaires au Royaume-Uni, a été l’entreprise plus impactée selon le média américain. Elle a en effet vu le cours de son action baisser de 4,2% sur la journée. Cette baisse se traduit par une perte de valorisation de l’ordre de 20,4 milliards de dollars sur une seule journée. Autre entreprise emblématique de la Tech, Microsoft a vu son cours de Bourse chuter de 4%, perdant 16,3 milliards de dollars de valorisation. La société Apple a quant à elle perdu 14,8 milliards de dollars de valorisation (-2,8%), souligne le quotidien américain.

Le secteur de la Tech n’est pas le seul a avoir été fortement impacté par les conséquences du Brexit sur les marchés, le secteur des banques a également été fortement touché. A titre d’exemple, la banque JP Morgan Chase, qui réalise 15% de son activité dans la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique a vu son titre chuter de 6,9%. Cela s’est traduit par une baisse de 16, milliards de dollars de sa valorisation d’après le journal.

Les entrepreneurs de la Tech massivement favorables au maintien dans l’Union Européenne

Près des trois quarts des entrepreneurs de la Tech basés au Royaume-Uni étaient favorables au maintien du pays dans l’Union Européenne, dans un sondage réalisé au mois de mars dernier. Comment réagissent-ils suite aux résultats du vote? The Guardian a interrogé plusieurs entrepreneurs à la tête de sociétés valorisées plusieurs milliards de dollars sur les conséquences que le vote aura pour eux.

Taavet Hinrikus, CEO de TransferWise, Fintech basée au Royaume-Uni, exprime ses doutes concernant sa stratégie d’implantation en Europe.

Les deux principaux avantages à faire partie de l’Union Européenne sont l’accès à des talents, grâce à la libre circulation des personnes, et le fait que l’on peut exporter la régulation, donc si on est agrémenté au Royaume-Uni, on est agrémenté dans toute l’Europe. Nous ne savons pas ce qu’il va advenir de ces deux avantages» confie-t-il au Guardian.

Toby Coppel, cofondateur de Mosaic, une société de capital risque, déclare quant à lui:

Les entrepreneurs sont des gens très résilients, je ne suis pas inquiet concernant leur capacité à s’adapter. Je pense qu’ils sont habitués à évoluer dans des environnements incertains, même si là le brouillard est particulièrement dense». L’entrepreneur se déclare cependant peu confiant dans la capacité de Londres à continuer à attirer les entrepreneurs européens de demain.

The Guardian précise enfin qu’aucun entrepreneur interrogé n’a déclaré que le Brexit aurait un impact positif sur son activité.

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Par Claire Spohr

La régulation m’a tué… La FinTech est née

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La nature a horreur du vide. Voilà pourquoi les fintech émergent et améliorent ou remplacent les établissements financiers.

Pourtant chaque jour qui passe, on vous vend un autre histoire, celle d’établissements financiers européens qui souffrent et se plaignent de la régulation actuelle, Bâle 3, et solvency 2, et celle à venir…Bâle 4…et laissent à penser que finalement ces fintechs prennent avantage de cela. C’est vrai, mais c’est l’arbre qui cache la forêt.

Tous affirment, la main sur le cœur, que les exigences prudentielles, en clair de fonds propres, les obligent à fermer ou vendre des activités, à délocaliser, à embaucher des spécialistes de la compliance, par définition non productifs, pour pouvoir faire les économies nécessaires et ainsi maintenir les profits qui leur permettent de faire leur métier. Tous affirment aussi que les établissements financiers américains, qui sont pourtant plus à l’origine de la crise, ne subissent pas les memes contraintes, et que tout cela est prodigieusement injuste et anti-concurrentiel, et les pénalise. Cela est plus discutable, mais en grande partie vrai.

Pourtant, c’est outre atlantique que les « fintechs » ont démarré le plus fort, ce qui montre bien que les problèmes règlementaires des banques ne sont pas la cause essentielle de l’émergence des fintechs.

Le contexte de fond favorable aux fintechs, c’est celui de l’émergence d’une nouvelle génération, la « génération Y « , celle des « digital natives », qui est dans tous les aspects de sa vie en quête de relations directes et de transparence, et qui va d’autant moins se priver d’appliquer ces principes à la gestion financière qu’elle garde en mémoire les errements la crise de 2007/2008. Cette génération n’aime déjà pas les intermédiaires quand ils prennent une marge sans apporter de service significatif ; elle s’en passe encore mieux quand il apparaît que les intermédiations successives, en plus d’empiler les coûts, provoquent des court-circuits systémiques, des complexités illisibles, des catastrophes en chaine, ou plus généralement une asymétrie dans l’analyse des risques ou un aveuglement au risque extreme.

Comme la banque n’est pas un métier comme un autre, ce mouvement inquiète. Uber peut bien troubler le métier des taxis, c’est un problème corporatiste localisé : quelques-uns (les taxis en place) perdent beaucoup, d’autres (ceux qui accèdent à l’emploi) gagnent beaucoup, la majorité gagne un peu (du choix et de la compétition dans les modes de transport).

La banque, c’est plus sérieux : c’est une utilité de base qui permet aux gens d’utiliser la monnaie scripturale et conditionne le financement du commerce, de l’industrie et de nos économies. Les investisseurs peuvent parfois perdre de l’argent, sur un marché qui doit être transparent sur les risques pris. Mais les banques ne doivent pas fermer, et ne doivent plus menacer de fermer sauf à obtenir le soutien du contribuable. C’est pour cela qu’elles doivent être régulées, et limiter leurs prises de risque. Et comme il faut quand même que des investisseurs prennent des risques, et soient rémunérés pour cela si le risque ne se concrétise pas, il faut que ces risques soient pris directement sur des marchés transparents. Les « fintechs » utilisent la technologie pour permettre à ces marchés de risque de fonctionner le plus directement possible, entre les épargnants et les entreprises (ou parfois les particuliers) qui ont besoin de lever de la dette ou du capital.

Ce mouvement, qui va réduire les banques à un rôle d' »utilité de base », très régulée et essentielle au fonctionnement de la vie en société, et qui va déplacer les activités de prise de risque sur des marchés que la technologie rendra de plus en plus en plus transparents, n’est pas près de s’arreter. Les banquiers d’hier ne croient plus trop à leur modèle ancien : quand on les interroge, ils finissent par convenir qu’une banque en vaut bien une autre. Il n’y a plus cet attachement qui a existé dans certains établissements forts d’une culture souvent centenaire, et d’une histoire glorieuse de rachats et autres batailles boursières pour se manger les uns les autres. Pour les jeunes, les métiers de la banque attirent moins. Les plus brillants éléments des meilleures écoles ne vont plus spontanément dans ces banques, un phénomène qui accentue le déclin de l’intérieur. Vis à vis de l’extérieur, des gens qui ont tendance à mettre tout le monde dans le même sac, les nombreux cas de manquements individuels aux règles les plus élémentaires d’éthique ont entamé la fierté d’être banquier. Et pour retrouver un rôle social incontesté, un projet commun, une identité commune, les banques n’ont pas d’autre choix que de redevenir austères, ennuyeuses, et averses au risque. Et aussi longtemps qu’elles gèreront la monnaie et engageront implicitement le crédit des Etats qui les hébergent, on les préfèrera ainsi.

Il faut donc qu’à coté des banques, là ou des épargnants conscients et informés peuvent choisir les projets entrepreneuriaux auxquels ils croient, là où chacun ne peut perdre que son argent et n’engage pas le budget de la collectivité, s’organise de manière transparente et efficace le marché des risques. C’est peut-être là qu’iront les équipes les plus dynamiques des banques, et notamment dans les « fintechs » qui affichent crânement leur indépendance, la liberté d’innover et aussi de se tromper, et qui expriment une autre valeur qui semble perdue dans ces établissements : la prise de risque, corollaire de l’entrepreneuriat et du dynamisme. Elle le feront dans un cadre qui doit aussi etre régulé, de manière spécifique, et dans lequel la technologie permet à chacun d’identifier avec précision le risque qu’il prend : telle entreprise, et pas telle autre ; une entreprise choisie soi-même, et non un panier d’entreprises constitué de manière opaque par de soi-disant professionnels de la gestion d’actifs sur lesquels une recherche académique abondante a montré qu’ils ne battaient jamais les indices en moyenne durablement, ou alors par hasard. C’est ce que permet la technologie, et qui modifie les règles de la prise de risque : le risque devient tracable, et beaucoup plus accessible, même pour des montants moins élevés, par un individu ou un groupe d’individus qui échangent ensemble leurs analyses.

C’est pour nous le vrai moteur de cette « renaissance », bien aidé il est vrai par le contexte, la technologie, et un leadership de ces géants qui tardent à réagir. Ils le feront, les fintechs rentreront dans le rang, mais pour autant, comme l’aurait dit Machiavel, un peuple qui a gouté à la liberté ne peut plus durablement être gouverné dans un autre système. Les banquiers modernes l’ont compris et s’adapteront, les autres…

  • L’auteur

Par Cyril Tramon, Président et co-fondateur de Wesharebonds, une plateforme de crowdfunding en prêt.

 

 

Ces patrons trop frileux face aux réseaux sociaux

45 millions d'internautes en France, 36 millions d'acheteurs sur Internet. Il faudra bien qu'un jour l'entreprise parle le même langage qu'eux.

45 millions d’internautes en France, 36 millions d’acheteurs sur Internet. Il faudra bien qu’un jour l’entreprise parle le même langage qu’eux.

Avant-gardistes et leader sur leur marché, certaines entreprise ne voient pas toujours l’intérêt d’investir dans les médias sociaux. A tort?

« J’ai une aversion profonde pour Facebook et Twitter. Je ne leur trouve aucune utilité et leur intrusion me gêne beaucoup. Ni l’un ni l’autre ne sont des outils de développement pour nous. Je ne crois d’ailleurs pas qu’ils vont durer. C’est une mode, les gens vont s’en lasser. » Loïc Bessin est catégorique. Ce co-fondateur de Eco-Dex, une TPE sarthoise de 20 personnes préfère de loin le concret au virtuel. « Notre philosophie est avant tout industrielle et proche du terrain. » Et cela lui convient très bien ainsi.

Facebook, Twitter… pour quoi faire?

Sa société conçoit et fabrique depuis 2012 des automates capables de conditionner et de délivrer des médicaments unidosés et tracés. Ses machines, uniques sur le marché national, équipent à ce jour 12 établissements médicalisés et délivrent des pilules tous les jours à plus de 4000 patients. Eco-Dex affiche un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros et Loïc Bessin avoue que son entreprise est dimensionnée pour atteindre les 10 millions. Mais rien n’y fait. « Notre site internet est largement suffisant pour nous faire connaître », estime-t-il.

 

Des patrons aussi réfractaires au digital, Fabienne Billat en rencontre régulièrement. Cette experte en stratégie numérique brandit toujours les mêmes arguments. « Il existe 45 millions d’internautes en France et 36 millions d’acheteurs sur Internet. Même si l’entreprise n’est pas connectée, ses clients, ses prospects, ses fournisseurs, ses concurrents et ses collaborateurs le sont. Il faudra bien qu’un jour elle parle le même langage qu’eux. »

Il faut qu’on s’y intéresse davantage

Clextral s’est emparé du sujet il y a un an. Cette ETI ligérienne de 57,6 millions d’euros et 277 salariés est l’inventeur et le leader mondial de l’extrusion bivis, un procédé révolutionnaire adopté par les géants de l’agroalimentaire pour fabriquer des céréales, des gâteaux apéritifs, des pains croustillants, des croquettes pour animaux. Elle est aussi numéro un mondial dans la vente de lignes de production de couscous et lancera cette année une nouvelle génération de poudres poreuses. L’entreprise réalise plus de 90% de son chiffre d’affaires dans 92 pays. « Jusqu’en 2015, notre principal vecteur de communication était notre site internet multilingue, indique le président Guillaume Pasquier. Puis, nous avons créé un poste de webmarketing pour développer notre présence sur les réseaux sociaux où nous diffusons de l’information business. »

A y regarder de plus près, les comptes Twitter et Facebook de l’entreprise sont peu alimentés, le nombre d’abonnés cumulés plafonnent à 600 et sa page LinkedIn se réveille tous les dix jours. « J’ai conscience qu’il faut qu’on s’y intéresse davantage », admet ce dirigeant. Quitte à twitter lui-même? « Je ne suis pas sûr d’y arriver et d’ailleurs, je ne sais pas trop ce que je pourrais dire », avoue-t-il en riant. « Le principal, c’est que l’entreprise y soit, pour nos clients et pour attirer de futures recrues. Nous sommes en croissance et nous avons besoin de montrer une image moderne de l’entreprise. » D’autant plus que Clextral soufflera ses 60 bougies en octobre prochain…

Pas question de nous précipiter

Autre approche chez Velum à Bischoffsheim (Bas-Rhin) où la communication digitale se déploiera « petit à petit », selon les voeux de la présidente Anne Vetter-Tifrit. Cette ingénieure Supélec, fille du fondateur, a repris les rênes de la PME familiale en 2011 avec son mari. L’entreprise de 110 personnes fabrique depuis plus de 40 ans des luminaires « 100% alsaciens » pour les professionnels. Labellisée « Usine du futur » en 2015, elle réalise 30% de ses 19 millions de chiffre d’affaires à l’export et vient d’investir 2 millions dans une unité de thermolaquage qui sera inaugurée fin juin.

« C’est important d’être présent sur les médias sociaux, mais pas question de nous précipiter. Nous maîtriserons chaque outil l’un après l’autre pour bien structurer notre communication. » La page Facebook de la société sera réanimée d’ici peu, un profil LinkedIn puis un compte Twitter verront le jour. Anne Vetter-Tifrit va même gazouiller à titre personnel. « Je relayerai de l’information qui ne concernera pas forcément Velum car j’occupe d’autres responsabilités: je suis conseillère technique à la CCI de Strasbourg, conseillère du commerce extérieur et je milite pour la place des jeunes et des femmes dans l’industrie. » La jeune femme postera ses 140 caractères toutes les… six semaines.

Une question de nature

« S’afficher sur les réseaux sociaux relève surtout d’une nature curieuse et relationnelle,commente Fabienne Billat. Certains patrons sont gênés ou disent ne pas avoir le temps, d’autres ont peur parce qu’ils méconnaissent les outils, beaucoup ne sont intéressés que par le retour sur investissement que cela va leur procurer. En fait, il faut y aller avec la curiosité d’entrer en contact avec d’autres personnes, avec ses collaborateurs,les marchés, les médias, voire des concurrents. Ceux qui restent sur leur réserve courent le risque de se couper d’autres communautés, et c’est bien dommage… »

Par Corinne Dillenseger

LA FONCTION RH, C’EST TROP DE « R » ET TROP PEU DE « H »…

A quoi ressemblera le DRH de demain ? Quelles seront ses missions et à quels nouveaux défis devra-t-il faire face ? L’éditeur de logiciels SAP SuccessFactors et le cabinet de conseil The Boson Project ont présenté ce jeudi 9 juin une étude d’envergure menée auprès de 1300 répondants, dont 40% de la fonction RH.

 Intitulée « Le magicien de l’humain : turbulences et renaissances de la fonction RH », celle-ci a pour objectif de dresser un état des lieux et d’esquisser le portrait du DRH de demain.

D’un côté, un Comex duquel le DRH est encore souvent exclu. De l’autre, des  évolutions sociétales  qui poussent les organisations à se transformer en profondeur. Entre les deux, un DRH censé piloter le changement, mais dont la fonction reste souvent cantonnée à la gestion de la paie et aux relations sociales… Enfin, au centre, le capital humain, ce « premier actif » ou « or noir » dont Emmanuelle Duez, fondatrice du Boson Project, tient à souligner l’importance lors de la présentation de l’enquête, dont voici les principaux enseignements.

La RH : une fonction en mutation

Insuffisamment valorisée : 73% des personnes interrogées ont la sensation que la fonction RH n’est pas  reconnue à sa  juste valeur.  Parmi les explications figure l’éclatement de la fonction, qui nuit à sa visibilité : 36 % pensent des DRH qu’ils sont plutôt « des négociateurs du CE au CHSCT qui passent leur vie à polémiquer » et 19% les considèrent plutôt comme « des avocats le nez plongé dans le Code du travail ».

Un sous-marin au service de la direction : Fantômette, Narcisse ou Robin des Bois ? Entre ces trois héros, 64% des répondants identifient volontiers le DRH à une « Fantômette au service de la direction générale », voire un Narcisse autocentré (12%) ou, pour les plus bienveillants, un Robin des Bois (11%). « La fonction RH aujourd’hui, c’est trop de R et trop peu de H » analyse Laurent Choain, Chief People et Communication Officer de Mazars, qui a contribué en tant que grand témoin à cette enquête. Bonne nouvelle : la fonction RH, consciente de ses limites, est en train de se réinventer : 74% des sondés pensent qu’elle se trouve dans une phase de transition.

Se recentrer sur le cœur de métier

Replacer l’humain au centre, « être humaniste mais pas naïf » selon les termes d’Olivier Lajous, ancien DRH de la Marine nationale. Le DRH doit se concentrer sur son cœur de métier : les hommes. Et du cœur à l’amour, il  n’y a qu’un pas que Marianne Urmès, responsable des enquêtes chez Boson Project, n’hésite pas à franchir lorsqu’elle dépeint un « DRH jardinier dont le rôle est de faire grandir ses plantes, avec amour et bienveillance ». Un besoin de revenir aux fondamentaux identifié dans l’étude, qu’Emmanuelle Duez résume ainsi : « L’idée est de recréer du lien et de passer d’un système de la contrainte à un système de la confiance ». Reste que le DRH se heurte à trois écueils : le manque de pouvoir (42% des sondés), le manque de temps (33%) mais aussi, plus grave car difficile à décréter, le manque d’empathie (31%).

Et demain ?

A la question « Quel est le futur plus grand défi RH à vos yeux ? », les réponses sont assez diverses mais 26% des personnes estiment que l’engagement des collaborateurs est le principal enjeu. Viennent ensuite la transformation digitale (15%), la diversité (13%), la cohabitation des générations (12%). Lorsque l’on entre dans le détail, trois préoccupations concrètes arrivent en tête : l’obsolescence des compétences (« La fin du « HEC for life », précise Emmanuelle Duez), la création de lien entre collaborateurs de tous âges,  de toutes cultures, éparpillés (internationalisation, télétravail …) mais aussi plus  individualistes, et enfin la question du sens. « Sens, transparence, reconnaissance et confiance sont les moteurs de la génération Z » précise Marianne Urmès. Une génération qui, selon Laurent Choain, « n’attendra pas qu’on lui transmette, mais qu’on lui permette ». Les arrières grands-parents qui ont fait mai 68 apprécieront.

Blockchain : la fin du Big data ?

Bitcoins on padlock

Si la production des données numériques dans le monde a le vent en poupe, 90% de ces données ont été produites dans les deux dernières années, Facebook y est bien pour quelque chose. Le plus grand réseau social en ligne a récolté 300 petabytes de données personnelles depuis son commencement, cent fois la quantité que la Bibliothèque du Congrès a pu collecter en deux siècles !

Dans l’ère du big data, les données sont avidement rassemblées et analysées : les entreprises et les organisations les utilisent pour personnaliser des services, optimiser les processus de prise de décisions, prévoir des tendances futures et plus encore. Aujourd’hui, les données sont un actif de valeur de l’économie mondiale.

La préoccupation est croissante, concernant la vie privée des utilisateurs. Des grandes quantités d’informations personnelles parfois sensibles sont stockées sur les serveurs de grands groupes. Les individus ont peu ou pas de contrôle sur ces données et craignent de ne pas maîtriser jusqu’au bout la manière dont elles sont utilisées. Ces dernières années, les médias ont à plusieurs reprises couvert des incidents controversés liés à la vie privée. Parmi les exemples les mieux connus, il y a la surveillance gouvernementale et l’expérience scientifique à grande échelle de Facebook qui a été apparemment conduite sans explicitement informer les participants.

Les chercheurs ont développé des techniques diverses visant à sécuriser la vie privée et les données personnelles. L’arrivée du Bitcoin en 2009 et de la blockchain sous jacente a fourni aux chercheurs une plateforme naturellement orientée vers la protection des données. Par exemple, paradoxalement, alors que Facebook possède au nominatif la plus anodine des interventions sur sa plateforme, le Bitcoin se permet de bypasser même la règle NYC (Know Your Customer), un must en droit bancaire et financier.

On connaît l’adage : «Lorsqu’un service est gratuit sur le web, le client c’est vous.»

Prenons le cas d’une App Mobile quelconque. Elle souffre typiquement de trois failles dans la privacy :

  1. propriété des données. Très souvent en acceptant les termes de l’installation, les données deviennent par contrat une propriété de l’application.
  2. transparence des données et contrôle de l’utilisation qui en est faite. L’utilisateur perd la trace de ses données.
  3. contrôle d’accès détaillé. Au moment de l’installation, l’utilisateur doit accorder un ensemble de permissions à l’appli. On octroie ces permissions indéfiniment et la seule façon de les changer est de désinstaller en bloc l’application.

La même application mobile bâtie sur une blockchain aurait la même interface mais une politique d’accès/contrôle des données privées complètement différente.

  1. propriété des données. L’appli blockchain peut garantir que les utilisateurs possèdent et contrôlent à 100% leurs données personnelles. Le système peut reconnaître les utilisateurs comme les propriétaires des données et les services comme des invités avec des permissions déléguées.
  2. transparence des données et contrôle. Chaque utilisateur voit en toute transparence comment les données sont rassemblées et qui y a accès.
  3. contrôle d’accès détaillé. A tout moment l’utilisateur peut changer l’ensemble des permissions et révoquer l’accès aux données précédemment récoltées, même de manière rétroactive. Ceci en dynamique, sans désinstaller l’application.

Imaginons maintenant d’avoir une application Facebook-like sur blockchain. Elle nous permettrait :

  • de posséder véritablement nos données
  • de décider quel post, image, link nous voulons exposer dans le domaine public, visible à quiconque
  • de limiter l’accès de nos contenus à certains amis exclusivement
  • de savoir à vie qui a accès à nos données publiques et à quel moment.

 

Et pourtant, si on réfléchit un instant on comprend aisément qu’après tout, la philosophie de la blockchain est bien celle du traçage.

Les blockchains changent les règles du jeu : moins de centralisation, moins d’autorité, plus de partages. Il n’y a plus de données sensibles sur des serveurs centralisés mais on a forcément et toujours du traçage.

La question est donc : le traçage devient-il plus acceptable si le contrôle de la surveillance s’opère par les surveillés ? Alors que l’on sort à peine d’un débat passionné sur le droit à l’oubli, voici que la blockchain émerge appuyée sur un système qui ne peut fonctionner que dans la mesure où il n’oublie absolument rien.

Dans une blockchain, le recueil massif de données s’opère selon une suite logique strictement horodatée, un enchaînement des blocs qui reste indélébile à vie.

Pourquoi donc figer à vie des données dans une blockchain serait mieux pour la privacy que de les laisser sur un serveur propriétaire ?

Parce que dans une blockchain on peut protéger les données de l’utilisateur moyennant un développement software complexe mais faisable. Dans leur design actuel, les blockchains ne peuvent pas traiter du tout la privacy. A cause de leur nature publique, des données éventuellement privées passeraient en clair par chaque full node de le blockchain, entièrement exposées. En plus, les blockchains ne tolèrent pas de lourds calculs, ce qui réduit les nombre d’implémentations concevables.

Malgré ces obstacles, les chercheurs on déjà plusieurs idées sur la manière d’ajouter la privacy au sein d’une blockchain. Ces solutions visent à rendre n’importe quelle app aussi robuste que le Bitcoin. Le bitcoin existe depuis 2009 et en 6 ans, personne n’a jamais pu voler un millième d’euro alors que tout est public. Pour la même raison, il sera un jour impossible de lire un post/commentaire qui aurait été classé comme privé au moment du paramétrage.

Il faut mettre ici un bémol : on dit que le bitcoin n’est pas 100% anonyme. En effet, tant qu’on est connecté par exemple à Google avec un compte qui nous identifie, on laisse sans cesse des traces. Google peut lancer un algo de data mining sur notre profil et arriver à déduire notre identité Bitcoin en fonction des aller-retour qu’on fait vers des sites/portefeuilles Bitcoin.

Revenons donc à la question de l’article : est-ce que la blockchain a la possibilité de signer la fin du big data ? Rappelons d’abord que dans cet article nous parlons de données nominatives que le big data exploite pour classer les utilisateurs en catégories : clients potentiels, orientation politique, goûts, habitudes…  et non pas de données anonymes comme ceux de certains capteurs IoT.

La réponse est oui, à condition dès que les chercheurs aient une solution assez stable et que les internautes adhèrent en masse aux prochaines applications blockchain-based.

 

Block AppsSachant que les identités sont de toute façon toujours protégées par clé privée, reste à savoir comment on stocke les données de l’utilisateur. Pour des raisons d’efficacité, certaines applications pourraient vouloir éviter la lourdeur du cryptage/décryptage.

Il faut distinguer deux cas de figure :

  1. les données sont en clair sur des serveurs centralisés et la blockchain garde juste des références. Dans ce cas, la blockchain garantit que les données ne seront jamais nominatives. Toutefois, les propriétaires des applis et des serveurs y auront toujours accès ainsi que, potentiellement, les pirates. Le big data sera donc toujours possible, de manière anonyme.
  2. les données sont cryptées, puis stockées, soit sur des serveurs centralisés, soit sur des systèmes comme IPFS, Swarm, Enigma… Dans ce cas, les données sont inatteignables et le big data inconcevable.

Dans le deuxième cas, il serait impossible d’accéder au contenu marqué partout comme privé. Tellement impossible que dans le cas de la blockchain c’est plutôt le problème inverse qui pourrait inquiéter : un groupe pédophile ou terroriste qui se cacherait derrière la blockchain serait inaccessible même par les plus hautes autorités de contrôle d’un Etat.

La privacy des données dans la blockchain est un point charnière de leur succès. Certes, aujourd’hui le développment pour privatiser les données d’une application style Ethereum est assez complexe (on en sais quelque chose…) mais des solutions clés-en-main vont sans doute arriver.

Vous pouvez par exemple jeter un coup d’oeil à ce projet du MIT.

Reste ensuite la question de la traçabilité : si dans 30 ans un ordinateur quantique permet de forcer les clés privées aujourd’hui inviolables, il sera possible d’accéder globalement au contenu pour lire rétroactivement l’historique de n’importe quel utilisateur.

  • A propos

 

David TeruzziDavid Teruzzi est consultant blockchain. Il est co-fondateur de Blockchain Conseil et blogeur sur Blockchain Café. Toujours dans la blockchain, il est developpeur affilié du projet Decred, une nouvelle monnaie s’inspirant du Bitcoin. En outre, il est également programmeur expert en mathématiques appliquées.

 

 

Par David Teruzzi, consultant Blockchain

Création d’entreprise : 8 formes d’ intelligence pour réussir

intelligence

De nombreuses personnes pensent qu’un QI élevé permet de réussir dans la vie et aussi lorsque l’on décide de créer une entreprise. Pourtant aucune étude ne l’a démontré. Au contraire, certains entrepreneurs ont abandonné leurs études tôt, ont misé sur la « débrouillardise » et leurs entreprises ont fonctionné et sont devenues prospères. Ils ont développé plusieurs formes d’ intelligence. Un entrepreneur doit posséder un large éventail de toutes ces intelligences. Mais quelles sont les intelligences qui peuvent contribuer à la réussite d’un entrepreneur ?

L’ intelligence logico-mathématique

L’ intelligence logico-mathématiqueElle démontre une capacité à calculer, analyser, observer et réfléchir de manière logique. L’entrepreneur qui dispose de cette forme d’intelligence aime résoudre des problèmes et travailler avec les chiffres. Il explore des modèles différents et des possibilités, fait des hypothèses et sait quantifier.
Grâce à sa manière d’analyser et de structurer, il peut élaborer et apporter des solutions précises selon le marché et les moyens de l’entreprise.

L’ intelligence verbale

Elle démontre une facilité à utiliser le langage et différentes langues. Elle permet à un entrepreneur de lire, écrire et s’exprimer plus aisément. Il sait aussi comment transmettre ses idées et comprendre ceux qui l’entourent.
Ces facultés lui permettent de convaincre des clients ou des financeurs, diriger une équiper ou écrire un business plan attrayant et convaincant.

L’intelligence intra personnelle

C’est l’aptitude à faire de l’introspection. L’entrepreneur doté de cette intelligence est capabled’identifier et de comprendre avec de plus grandes facilités ses forces et ses faiblesses ainsi que ses motivations, ses rêves et ses désirs.
Grâce à ces capacités, il peut optimiser la stratégie et la mise en œuvre de ses projets. Il est également capable de s’entourer de personnes ayant des compétences complémentaires et qui compensent ses faiblesses et ses zones d’inconfort.

L’intelligence sociale

L’intelligence socialeElle permet l’empathie, la tolérance et la coopération. Une grande intelligence sociale permet à l’entrepreneur de savoir comment réagir avec ceux qui l’entourent de manière efficace et d‘être capable de deviner les tempéraments, les caractères et les motivations de ses interlocuteurs.
Il est ainsi un bon négociateur et peut apporter des solutions aux divers problèmes de ses collaborateurs. L’intelligence sociale est caractéristique des leaders.

L’intelligence spatiale

Elle comprend la faculté de visualiser le monde mentalement et penser en trois dimensions. L’entrepreneur qui possède cette forme d’intelligence est capable de traiter l’information sous forme de graphiques et de schémas et imaginer des produits par exemple.
En marketing, cela permet d’inventer l’image de marque d’une entreprise ou d’un produit.

L’intelligence kinesthésique

C’est la capacité d’utiliser son corps pour communiquer ou s’exprimer. L’entrepreneur qui dispose de cette intelligence préfère plus s’exprimer par action que par les mots et a le sens du timing. Il possède une bonne coordination de ses gestes et aime la mise en scène.
Grâce à cet atout, il peut créer des campagnes pour de nouveaux produits et devenir un leader en combinant une théâtralité et une facilité à parler en public.

L’intelligence naturaliste

Elle permet une compréhension de l’environnement, de ses complexités et de tout ce que cela implique. L’entrepreneur ayant une intelligence naturaliste peut ainsi identifier de nouveaux marchés, anticiper les tendances et classifier les éléments d’une situation.
Il comprend l’environnement dans lequel il vit et est sensible aux évolutions qui l’entourent.

L’intelligence musicale

C’est la capacité de reconnaitre des musiques et d’être sensible à la musicalité des mots et des phrases. Cela permet à l’entrepreneur détenant cette intelligence de ressentir le rythme des événements et d’apprécier les sons ou le timbre de voix venant d’une personne. Il se fie à ce qu’il ressent.
Ces facultés peuvent lui permettre de bien écouter les personnes qui l’entourent et de mettre en place des événements.

Conclusion

intelligenceL’intelligence logico-mathématiques et l’intelligence verbale sont utilisées pour calculer le QI. Pourtant il ne faut pas négliger les autres formes d’intelligence qui sont autant utiles. Il est important également d’être prêt à relever des défis, à apprendre de ses échecs et à surmonter les obstacles grâce au travail et à la persévérance. Un bel état d’esprit, une motivation et le plus large éventail des formes d’intelligence vous donneront les clés pour être un bon entrepreneur.
N’oubliez pas de vous entourer de personnes ayant des capacités complémentaires aux vôtres. Vous disposez de plusieurs intelligences mais pas de toutes. Alors embauchez un salarié ou prenez un associé ayant des intelligences complémentaires, vos chances de réussir seront d’autant plus grandes.

Innovation : où est passé notre esprit pionnier ?

Pasteur

La bienveillance avec laquelle la Singularity University a été accueillie en France n’est pas sans nous interroger sur notre esprit pionnier. Cette université, qui n’en porte que le nom (pas d’étudiants mais des auditeurs, pas de professeurs mais des intervenants, pas de programmes mais des conférences) est connue pour au moins deux choses : son but, promouvoir le transhumanisme, et son financement, largement pris en charge par Alphabet (Google).

Autrement dit, nous accueillons à bras ouverts une organisation dont l’essence est d’encourager les recherches sur l’instant de rupture où l’intelligence artificielle dépassera l’intelligence humaine, de contrôler l’ensemble des informations sur notre planète, de contrôler notre ADN (23andMe), de contrôler le futur de nos déplacements (Google Car).

Les ambitions d’Alphabet, bien que démesurées, ne sont pas condamnables : le désir transhumaniste est aussi vieux que notre monde, toutes les entreprises veillent à trouver sans cesse des relais de croissance, le Big Data est au cœur de toutes les stratégies. Ce n’est pas là que le bât blesse. Le problème est notre attitude face à ce géant qui vient, comme le cheval de Troie, s’infiltrer pour nous montrer comment il faut penser, avec quels outils il faut travailler, grâce à quelle méthode il faut agir.

S’il ne fait plus de doute que l’avenir de l’humanité se dessine avec l’intégration de la pensée et des techniques transhumanistes, est-ce pour autant le bon choix que de s’en référer à un acteur aussi puissant et partial que Google ? Avons-nous, en Europe, une recherche sur le développement de l’homme et de l’humanité si faible qu’elle doit nous venir d’ailleurs ? N’avons-nous pas, par le passé, eu des attitudes plus volontaristes que celles d’aujourd’hui ?

La France ou la Silicon Valley du passé

Il y a un siècle, la France était l’équivalent de la Silicon Valley et regardée comme telle. C’était l’époque de grands scientifiques, Pasteur, Pierre et Marie Curie, Poincaré ; de grands inventeurs comme Adler ou les frères Lumière ; de grands entrepreneurs, Michelin, Renault ou Citroën.

La France était le terrain d’avancées politiques inédites, notamment avec la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. La pensée intellectuelle n’est pas en reste, puisque c’est l’époque de Bergson, de Wahl, d’Alain ou encore de Bachelard. Toutes ces personnalités concentrent une trentaine d’années de toute la richesse française. Et, à l’échelle de l’Europe, la puissance intellectuelle et scientifique est d’autant plus importante si l’on y associe Einstein, Freud ou Nietzsche parmi tant d’autres.

À l’heure d’une Europe où les pays sont censés mieux travailler ensemble, qu’en est-il de l’audace qui semblait nous caractériser ? N’avons-nous plus d’entrepreneurs ? D’inventeurs ? De philosophes qui marqueraient cet esprit pionnier ? Tout laisse à penser le contraire. Dans l’ensemble des domaines, nous avons en France comme en Europe un grand nombre d’écoles, d’universités, d’instituts peuplés des plus grands chercheurs. Non, ce n’était pas mieux avant. Il n’y a aucune raison pour que notre créativité, notre imagination et notre soif d’entreprendre aient disparu.

La fin de notre esprit pionnier

L’audace et l’esprit pionnier qui nous caractérisaient semblent cependant s’être soumis à un impérialisme américain, à une puissance asiatique en devenir. Et l’exemple de la Singularity University n’est qu’un symptôme de notre attitude. La volonté de puissance nietzschéenne qui, d’une certaine manière, reflétait l’esprit européen de son peuple, voilà ce qui semble nous avoir quittés. La technocratie des gouvernements, la prudence législative, mais également tous ceux qui ne s’engagent pas à refuser le monde bipolaire qui est en train de se construire ont leur part de responsabilité.

Nous avons encore le choix d’exister, encore l’opportunité, non pas de refuser ni de résister, car il ne s’agit pas d’agir contre, mais d’offrir une pensée alternative : nous développer par nous-mêmes sans être dépendant d’une autre façon de penser, d’une autre façon d’être que la nôtre. Il nous faut redevenir cet incontournable continent de savoirs et de propositions que nous étions si l’on veut encore espérer rester libre.

 

Par Xavier Pavie.