“La France souffre d’un déficit de culture entrepreneuriale”

  • « L’avenir à portée de main », le livre de Philippe Hayat, est sorti le 4 avril 2015.

Entrepreneur dans l’âme, Philippe Hayat a fondé Entrepreneurs Demain !. Cet organisme fédère 40.000 entrepreneurs qui interviennent auprès d’élèves, de la sixième jusqu’à bac+8. Dans son livre “L’avenir à portée de main”, il s’adresse à la nouvelle génération. Sa vision de la relève entrepreneuriale de demain.

Dans ce livre, vous parlez de vos interventions auprès de la jeune génération, notamment dans les écoles. Comment définiriez-vous les jeunes d’aujourd’hui ?
Je les trouve très anxieux, plongés dans l’incertitude de leur avenir : un jeune actif sur quatre est au chomâge et un sur deux occupe un emploi précaire. Ils ont conscience que rien n’est jamais définitivement acquis et qu’il leur faudra certainement changer plusieurs fois de métier dans leur vie. Ils ont perdu leur insouciance et leur capacité à rêver. Mais ils ont aussi beaucoup d’énergie à revendre et ont envie de l’utiliser pour mieux s’épanouir.

Quel regard portent-ils sur l’entrepreneuriat ?
Mis à part dans les écoles de commerce, peu d’élèves connaissent l’entrepreneuriat. Il existe encore beaucoup d’idées reçues sur les patrons en France. Ils sont donc d’abord surpris lors qu’un entrepreneur vient leur raconter son expérience. Au début, ils sont très impressionnés, mais nos intervenants sont formés pour rendre l’échange interactif et ils posent très vite beaucoup de questions. Ils découvrent qu’entreprendre, c’est avant tout porter un projet à partir de ses envies, que cela permet de s’exprimer et de s’accomplir pleinement. En somme, de prendre sa vie en main !

Comment présentez-vous l’entrepreneuriat ?
Nous l’abordons au sens large : notre but est d’encourager les jeunes d’avoir l’ambition de porter un projet, que ce soit en créant ou reprenant une entreprise, ou en portant un projet au sein d’un groupe, en tant qu’intrapreneur. Nous leur expliquons bien sûr aussi les risques que l’entrepreneuriat comporte, ce dont ils n’ont pas toujours conscience.

Comment l’école peut-elle encourager l’entrepreneuriat ?
Les écoles de commerce et d’ingénieurs ont beaucoup progressé sur le sujet depuis cinq ou six ans. Il existe à présent beaucoup d’incubateurs et le statut d’étudiant entrepreneur a été créé. Les universités sont encore à la traîne sur le sujet, même s’il existe une vingtaine de “pépites”, ces infrastructures qui permettent aux étudiants d’entreprendre, elles sont encore peu développées. En France, seuls 2 à 3% des étudiants de l’enseignement supérieur montent leur entreprise, alors qu’ils représentent 30 à 40% aux Etats-Unis. Nous souffrons encore d’un fort déficit de culture entrepreneuriale. Les programmes officiels du secondaire n’intègrent pas le sujet. D’ailleurs, les enseignants et chefs d’établissements avec lesquels nous sommes en contact et qui acceptent de nous recevoir le font sur une initiative personnelle. Pour moi, rien ne remplace la force d’un témoignage.

Dans l’idéal, que faudrait-il changer en France ?
Sur les 550.000 entreprises créées chaque année, seules 1.000 dépasseront les 50 salariés à terme. La plus grande difficulté à lever est d’origine politique : il faudrait qu’un gouvernement ait le courage de prendre des mesures qui permettent aux PME de grandir.
Cela passe par une plus grande flexibilité du droit du travail et une meilleure revalorisation de la recherche, seule source pérenne d’innovation. Il faut récompenser ceux qui prennent des risques et investissent dans leur entreprise en n’alignant pas la fiscalité du capital avec la fiscalité du travail. Enfin, nous avons besoin d’une nouvelle donne entre patrons et salariés, en privilégiant la montée en compétences par la formation, et la motivation par l’accès au capital.

Laisser un commentaire