L’ Afrique un continent d’avenir

Qui l’eût cru? En l’espace de trois décennies, la perception négative que les investisseurs avaient de l’Afrique est en train de changer radicalement. Dans le rapport 2012 d’Ernst & Young sur l’attractivité du continent en termes d’investissements directs étrangers (IDE), 86 % des répondants d’une enquête d’opinion (sur un échantillon de plus de 500 chefs d’entreprise) classent l’Afrique comme seconde destination d’investissement la plus attractive après l’Asie. Ce changement de perception s’accompagne d’un intérêt croissant pour cette partie du monde. Ainsi, la part africaine des IDE mondiaux a augmenté au cours des cinq dernières années, passant de 3,2% en 2007 à 5,6% en 2012. Certes, cette part reste très faible par rapport aux autres régions, mais la bonne nouvelle, c’est qu’elle est en progression.

Selon le même rapport, le profil des investisseurs est en pleine mutation. Si, hier, l’investissement venait surtout des pays développés, aujourd’hui, on constate un renversement de tendance avec l’apport des marchés émergents qui est en forte hausse. Les plus grands contributeurs de ces marchés émergents sont l’Inde (237 projets d’IDE), l’Afrique du Sud (235), les Émirats arabes unis (210), la Chine (152), le Kenya (113), le Nigeria (78), l’Arabie saoudite (56) et la Corée du Sud (57). Il est intéressant de noter, sur cette liste, la présence des pays africains comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria qui, en investissant en Afrique, augmentent la part de l’investissement intra-africain, dont le taux de croissance cumulé, pour la période 2007-2012, est de 33%. On prévoit d’ailleurs que d’autres pays africains, à l’instar de l’Angola, avec un fonds souverain de 5 milliards de dollars, deviendront des investisseurs de plus en plus présents sur le continent au cours des prochaines années.

Les pays africains qui attirent le plus de projets d’IDE sont le Ghana, le Nigeria, le Kenya, la Tanzanie, la Tanzanie, la Zambie, le Mozambique, l’île Maurice et l’Afrique du Sud. Ces projets ne sont plus systématiquement orientés vers le secteur des ressources naturelles, comme c’était le cas il y a quelques années. Aujourd’hui, les services, le secteur manufacturier et les activités liées aux infrastructures intéressent aussi les investisseurs. Ainsi, en 2012, les services comptaient pour 70% des projets et les activités de fabrication, 43% du capital investi. Par contre, les industries extractives qui représentaient 8% des projets d’IDE en 2007, ne sont plus qu’à 2% des projets. Incontestablement, il y a une tendance à la diversification, qui touche d’ailleurs d’autres secteurs comme les technologies de l’information et de la communication, et l’éducation.

Qu’est-ce qui justifie donc cette attractivité de l’Afrique? D’abord, le climat politique. On est loin des régimes autoritaires qui faisaient la pluie et le beau temps en Afrique dans les années 60, 70 et 80. On ne peut le nier, un processus de démocratisation s’enracine aujourd’hui dans la plus grande partie du continent. Cela a pour effet de créer une situation stable qui rassure de nombreux investisseurs. Ensuite, des améliorations constantes apportées à l’environnement des affaires. Ainsi, selon le rapport Doing Business de 2012 publié par la société financière internationale et la Banque mondiale, un nombre record de 36 économies sur 46 en Afrique subsaharienne ont amélioré leurs réglementations des affaires. De plus, parmi les 12 économies dans le monde qui ont le plus amélioré la facilité de faire des affaires dans plusieurs domaines de réglementation, l’Afrique compte pas moins de 5 pays (Maroc, São Tomé et Principe, Cap Vert, Sierra Leone et Burundi).

Par ailleurs, l’Afrique affiche un taux de croissance économique solide depuis plus d’une décennie (5% en moyenne par an). Selon les experts,  cette croissance devrait se maintenir et dépasser les  5%  sur la période 2013-2015. Autre atout : l’Afrique est le continent qui possède le taux de retour sur investissement le plus élevé au monde. En effet, en 2010, la Banque mondiale a évalué le taux de retour sur investissement en Afrique, entre 24 et 30%, contre 16 et 18% pour les pays développés. Enfin, l’émergence rapide de la classe moyenne en Afrique constitue un atout considérable  pour les investisseurs, car elle est synonyme d’une hausse de pouvoir d’achat et d’une consommation accrue en particulier sur le marché des biens. Évaluée à 300 millions de personnes, cette classe moyenne stimule les dépenses des ménages qui sont censées passer de 860 milliards de dollars aujourd’hui à 1400 milliards de dollars en 2020.

Voilà donc autant de facteurs qui rendent l’Afrique de plus en plus irrésistible comme destination d’investissement. Et le meilleur est à venir, si l’Afrique lève certains obstacles qui constituent un frein à l’investissement. Parmi ceux-ci, il y a le manque criant d’infrastructures. Selon la Banque africaine de développement, « les besoins de l’Afrique en financement des infrastructures – 390 milliards de dollars EU environ à moyen terme, surtout pour l’énergie – s’élèvent à des milliers de milliards de dollars EU sur le plus long terme». Des efforts sont néanmoins faits pour réduire ce déficit, il faut le reconnaître. Ainsi, en 2012, il y a eu plus de 800 projets d’infrastructure actifs dans différents secteurs en Afrique avec une valeur combinée dépassant les 700 milliards de dollars (Rapport Ernst &Young 2012). La grande majorité des projets d’infrastructure sont liés à l’électricité (37%) et aux transports (41%).

L’autre gros obstacle reste la corruption. Quand on regarde les classements annuels de Transparency International, l’Afrique n’y fait pas bonne figure. Les ¾ des pays de ce continent obtiennent depuis 2005 une note inférieure à 5 (10 étant un haut niveau d’intégrité). De plus, sur les 30 derniers pays du classement, la moitié vient d’Afrique. Or, comme le disait le président américain Barack Obama au Ghana en 2009, « aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l’autorité portuaire est corrompu. » Là également, l’Afrique a pris conscience du problème et une lutte sans merci est menée contre ce fléau. C’est le cas au Cameroun où la redoutable opération Épervier a réussi à susciter la « peur du gendarme » ou au Sénégal, où le directeur de l’Agence nationale pour la promotion des Investissements (Apix) s’est réjoui récemment de la « lutte implacable contre la corruption et la traque des biens mal acquis » qui a permis de doubler le volume des investissements à 710 millions d’euros. La bataille est cependant loin d’être gagnée et le chemin, encore long.

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