De nouvelles données sur l’expérience subjective du temps
Si le temps passe, il se passe de manière subjective selon les individus et les circonstances.Le temps se mesure avec de l’espace, que ce soit avec le déplacement du sable dans un sablier, la combustion lente d’un bâton d’encens dans la chine ancienne, le déplacement de l’ombre sur le cadran solaire ou celui des aiguilles d’une montre.
Espace et temps sont donc indissociables dans nos esprits et dans notre corps. L’espace- temps à une architecture incarnée. L’étude de 2009 de Lynden K. Miles et Coll (1) montre que le temps peut être représenté dans le système sensitivo-sensoriel qui régule le mouvement humain. Les personnes à qui on demandait d’évoquer des événements du passé (Visuel et Auditif remémoré) se penchaient inconsciemment vers l’arrière, tandis que celles à qui on demandait d’évoquer le futur (Visuel et Auditif construit) se penchaient vers l’avant ! Puis les travaux d’Eugene M. Caruso et Coll (2) publiés en 2010 ont cherché à explorer l’analogie temps-espace en vérifiant si le biais cognitif de l’évaluation des distances se retrouvait dans l’évaluation des durées. A distance égale, les objets vers lesquels on se déplace semblent plus proches que ceux dont on s’éloigne. Puisque l’homme s’avance inéluctablement vers le futur en s’éloignant de son passé qu’il laisse derrière lui, la question était de savoir si le futur est perçu comme plus proche que le passé?
La première expérience a consisté à demander à plusieurs groupes d’évaluer sur une échèle de 1 à 10 (1 pour le temps court et 10 pour le temps long) la même longueur de temps (un mois et une année), soit dans le passé pour le premier groupe, soit dans le futur pour un second groupe. Avec en moyenne plus d’un échelon d’écart entre les deux groupes, les résultats montrent qu’à durée équivalente, le passé semblait nettement plus lointain que le futur.
La seconde expérience a cherché à confirmer les résultats avec une expérience basée sur un événement précis. Une semaine avant puis après la Saint-Valentin, on a demandé à deux groupes d’internautes de noter ce qu’ils comptaient faire pour célébrer l’événement puis de préciser si la date leur semblait proche ou lointaine. A nouveau, le futur est apparu significativement plus proche que le passé dans l’esprit des personnes interrogées.
Peut-on contracter le passé comme le futur ?
La troisième expérience a cherché à savoir si en retournant vers le passé le phénomène s’inversait comme on pouvait le penser. Les chercheurs ont fait porter aux volontaires un casque de réalité virtuelle qui les transportaient sur une route bordée d’arbres ou d’immeubles et qui, soit les rapprochaient d’une fontaine (plus on s’en rapprochait, plus la fontaine devenait grande et le bruit de l’eau devenait fort), soit les éloignaient en marche arrière (la fontaine devenant de plus en plus petite et de moins en moins bruyante). Pour le groupe « marche en avant « , le futur a semblé plus proche que le passé, confirmant l’asymétrie temporelle. Pour le groupe « marche en arrière », l’asymétrie temporelle a complètement disparu, le passé paraissant même (résultats statistiquement non significatifs) un peu plus proche que l’avenir. Ces travaux confirment qu’il y a bien dans nos esprits une intrication entre la perception des écarts temporels et la perception des écarts spatiaux.
Cherchant à éviter des biais possibles, par exemple ceux en lien avec une asymétrie causée par la différence existant entre un des souvenirs réellement vécus et un futur imaginé, les chercheurs ont réalisé des évaluations sur la perception spatiale de deux événements fictifs du passé (un mois avant) ou du futur (dans un mois). Avec des bornes temporelles de nature fictive on retrouve la même asymétrie.
Comment expliquer que le futur soit perçu comme plus proche que le passé ?
Peut-être par le fait que les intervalles de temps du passé ou futurs ne sont pas occupés de la même manière. L’intervalle entre le passé et le présent pouvant être « rempli » par de nombreux détails des souvenirs, tandis que l’intervalle entre le présent et le futur est sensé être plus vide ou plein de points d’interrogation. Pour vérifier cette hypothèse on a demandé aux participants de « remplir » leur futur en dressant une liste détaillée de ce qu’ils allaient faire au cours des trois semaines suivantes. Les résultats montrent que le futur ne s’est pas du tout éloigné. Au contraire, la distance entre le présent et la réalisation de l’événement du futur s’est réduite. Comme si l’anticipation d’un agenda très occupé avait pour effet de contracter le temps.
Commentaires
Les PNListes ne seront pas trop surpris par les données de ces recherches mais y trouveront plutôt une belle confirmation de leur expérience. La notion d’un futur plus proche que du passé explique certainement le sentiment qu’il est plus difficile d’impacter ce passé. Et le fait de faire comme si on pouvait séquencer finement le temps entre l’état présent et l’état désiré, renforce bien son attractivité. Détailler les étapes d’un futur redouté ne doit que rapprocher ce futur et accroître l’anxiété. je suis également curieux de connaître les limites culturelles de ce couple espace-temps.
